Netanyahu renforce ses appels à stopper l’accord sur le nucléaire iranien
Rechercher

Netanyahu renforce ses appels à stopper l’accord sur le nucléaire iranien

Tentant de rassembler l'opposition à l'accord en amont du délai fixé par Trump, Israël a partagé les renseignements sur l'ancien programme atomique "robuste" de Téhéran

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 11 avril 2018 (Crédit : Yoav Ari Dudkevitch / Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 11 avril 2018 (Crédit : Yoav Ari Dudkevitch / Flash90)

Le Premier ministre israélien a renforcé ses appels en direction des puissances mondiales à mettre un terme à l’accord sur le nucléaire adopté en 2015 avec l’Iran, alors que le président américain Donald Trump doit décider de son éventuel retrait du pacte la semaine prochaine.

Dans un point-presse avec les journalistes étrangers, Benjamin Netanyahu a expliqué que le monde se porterait mieux sans accord qu’avec celui qu’il a qualifié « d’irrémédiablement défectueux », signé en 2015.

Netanyahu a ajouté qu’Israël partageait l’ensemble des documents confisqués sur le nucléaire iranien avec les six grandes puissances signataires du pacte ainsi qu’avec d’autres pays dans l’espoir de rassembler davantage d’opposition. Il se rendra cette semaine à Moscou pour une rencontre avec le président Vladimir Poutine où les discussions devraient se concentrer sur le programme nucléaire iranien et sur l’implication de la république islamique dans la Syrie voisine.

« Je l’ai dit depuis le début, l’accord doit être soit pleinement corrigé, soit pleinement annulé », a expliqué Netanyahu. « Mais si on ne fait rien, si on le conserve tel qu’il est, on finira avec un pays, l’Iran, qui sera doté d’un arsenal nucléaire en très peu de temps ».

Netanyahu avait été un opposant fervent de cette convention lorsqu’elle avait conclue sous l’administration Obama. Le pacte visait à alléger des sanctions économiques douloureuses contre Téhéran en échange de la réduction de son programme nucléaire.

Netanyahu a affirmé de manière répétée que l’accord n’empêcherait pas l’Iran d’acquérir des capacités d’armement nucléaire après l’expiration de ses clauses de restriction au cours de la prochaine décennie à peu-près. Trump a exprimé des inquiétudes similaires et il a laissé entendre qu’il se retirerait du pacte à moins que ce dernier ne soit renégocié.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu présente les dossiers obtenus par Israël, qui prouvent que l’Iran a menti sur son programme nucléaire, au ministère de la Défense à Tel Aviv, le 30 avril 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Netanyahu n’a pas accusé l’Iran d’avoir contrevenu au pacte. Il a plutôt indiqué que l’accord, réalisé par l’administration Obama, était si défectueux que l’Iran n’avait même pas besoin d’en violer les termes. Il a ajouté que les failles contiennent la permission donnée à l’Iran de continuer un enrichissement de bas niveau d’uranium et autorisent un développement continu de missiles à longue portée, capables de transporter une ogive nucléaire. Il a dit que les documents nucléaires dévoilés la semaine dernière par Israël prouvaient que l’Iran avait également poursuivi ses travaux sur le développement et l’activation de bombes.

« Je dis qu’un accord qui permet à l’Iran de conserver et de dissimuler tout son savoir-faire sur les armes nucléaires est un accord horrible », a-t-il commenté.

Netanyahu a dévoilé, la semaine dernière, ce qu’il a indiqué être « une demi-tonne » de documents iraniens consacrés au nucléaire qui remontent à 2013.

Un haut-responsable des renseignements israéliens a fait savoir qu’il y avait plus de 100 000 pages de documents qui offraient à l’Etat juif un nouvel aperçu sur l’ampleur des progrès réalisés par le programme nucléaire iranien. Ce responsable a ajouté que ce volume d’informations montrait que le programme était « plus détaillé et plus robuste » qu’on avait pu l’estimer dans le passé.

Les critiques de l’accord formulées par Trump ont offert à Netanyahu une chance rare de rouvrir des négociations qui semblaient s’être conclues en 2015. Jusqu’à présent, l’Europe, la Chine et la Russie n’ont montré aucun intérêt à se pencher à nouveau sur le sujet.

Les pays européens, qui pressent Trump de s’en tenir à l’accord, ont déclaré que la présentation de Netanyahu n’avait fait que renforcer l’importance de cette convention qui prescrit des inspections.

Ce qu’il se passerait en cas de retrait des Etats-Unis mais de maintien des autres pays reste indéterminé.

Le président américain Donald Trump prend la parole lors d’une table ronde sur le gang MS-13 dans la salle du Cabinet de la Maison-Blanche le 6 février 2018 à Washington, DC. (MANDEL NGAN/AFP)

Netanyahu semble parier que la pression de sanctions renouvelées par les Etats-Unis pourrait être suffisante pour persuader les entreprises de cesser de faire des affaires avec l’Iran. Il semble également avoir l’espoir que la menace d’une action militaire, qu’elle soit américaine ou israélienne, saurait dissuader l’Iran de reprendre ses activités nucléaires.

Yoel Guzansky, analyste à l’Institut des études stratégiques nationales, un think-tank israélien, a estimé que Trump utilisait une « tactique d’intimidation » avec l’Iran, espérant renégocier un meilleur accord.

« Ils espèrent qu’en menaçant de quitter l’accord, ils pourront obtenir cela. Je ne suis pas aussi sûr, pas aussi sûr, les Européens ne sont pas d’accord et bien sûr, les Russes et les Chinois ne sont pas d’accord », a-t-il dit. Se retirer du pacte, a-t-il ajouté, pourrait entraîner des conséquences difficiles à prédire.

Israël considère l’Iran comme son ennemi juré, citant les appels répétés à la destruction de l’Etat juif, le soutien apporté par la République islamique aux groupes terroristes et la région et ses activités militaires croissantes dans la Syrie voisine. Israël a averti que le pays ne permettra pas à Téhéran, dont les soldats soutiennent le président Bashar el-Assad, d’établir une présence militaire permanente en Syrie.

Israël serait à l’origine de frappes aériennes récentes sur des bases militaires syriennes qui ont tué des soldats iraniens, ce qui a amené la république islamique à promettre des ripostes en réponse. Israël n’a ni confirmé, ni démenti son implication dans ces attaques.

La possibilité d’un effondrement de l’accord sur le nucléaire a fait naître l’inquiétude de ce que l’Iran ne s’enhardisse et en vienne à frapper des cibles israéliennes.

Netanyahu a déclaré dimanche devant son cabinet que la république islamique avait livré des armes avancées en Syrie « pour nous frapper sur le champ de bataille et chez nous ».

« Nous sommes déterminés à bloquer les agressions iraniennes à notre encontre, même si cela signifie un conflit. Mieux vaut maintenant que plus tard », a-t-il dit. « Nous ne voulons pas l’escalade mais nous sommes prêts pour tous les scénarios ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...