Netanyahu veut un vote direct pour élire un Premier ministre
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Netanyahu veut un vote direct pour élire un Premier ministre

Le "moment de vérité" est arrivé pour Naftali Bennett, dont les ambitions sont "absurdes", a noté le chef de gouvernement, ajoutant que la "majorité du public" soutient un vote

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, au centre, arrive pour sa réunion de faction à la Knesset de Jérusalem, le 19 avril 2021. (Crédit :  Olivier Fitoussi/Flash90)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, au centre, arrive pour sa réunion de faction à la Knesset de Jérusalem, le 19 avril 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fait part lundi de son soutien à un scrutin direct particulier pour désigner le nouveau Premier ministre. Il s’en est aussi vivement pris au leader du parti Yamina, Naftali Bennett, l’accusant de « manœuvres politiques » absurdes qui, a-t-il affirmé, entraîneront à terme la formation d’un gouvernement de gauche.

Plus tôt, le parti ultra-orthodoxe Shas avait présenté un projet de loi concernant l’organisation d’un vote spécial, le mois prochain, qui pourrait désigner le nouveau chef de gouvernement israélien – un moyen de sortir de l’impasse politique après quatre élections non-concluantes en l’espace de deux ans. Même si Netanyahu a, depuis, été chargé de rassembler une coalition, il se heurte à des difficultés pour mener à bien cette mission.

Bennett veut devenir Premier ministre lui-même – bien que son parti n’ait remporté que sept sièges à la Knesset. Il courtise pour l’instant à la fois Netanyahu et le bloc qui s’oppose à l’actuel Premier ministre, un bloc dirigé par le leader de Yesh Atid, Yair Lapid.

« Une élection directe est nécessaire. Il est absurde que Bennett devienne Premier ministre », a déclaré Netanyahu lors du lancement de sa réunion hebdomadaire de faction à la Knesset, quelques minutes après une rencontre d’une heure et demi avec le dirigeant de Yamina.

« Ce problème politique n’est pas sans solution et cette solution est soutenue par une majorité écrasante », a ajouté Netanyahu. « Au lieu d’établir un gouvernement absurde – par exemple, avec à sa tête un Premier ministre qui, lors du scrutin, n’a remporté que sept sièges – il peut y avoir des élections directes pour désigner le chef du gouvernement israélien. Le public choisira directement le Premier ministre au cours d’élections rapides et sans pour cela dissoudre la Knesset ».

Si la loi du Shas devait être adoptée, elle empêcherait Lapid d’avoir l’opportunité de tenter de rassembler une coalition, et ce même si Netanyahu est dans l’incapacité de le faire de son côté – et elle mettrait également un terme à la tentative de Bennett de devenir Premier ministre. De plus, elle empêcherait aussi Benny Gantz de devenir Premier ministre au mois de novembre conformément à ce que stipule l’accord qui avait été conclu dans le cadre du gouvernement d’unité, dont les règles pourraient continuer à s’appliquer si aucune coalition n’est formée d’ici là.

La proposition faite par le Shas concernant un scrutin direct précise qu’un candidat devra recueillir 40 % des suffrages pour être élu Premier ministre.

Une majorité comprenant au moins 61 membres de la Knesset est nécessaire pour approuver la proposition, ce qui en fait une perspective improbable. Immédiatement après la soumission du projet de loi, le leader de Yesh Atid, Lapid, avait exprimé son opposition au texte.

« Nous n’avons pas besoin de nouvelles élections. Nous avons eu un vote, qui débouche sur l’échec de Netanyahu à former un gouvernement pour la quatrième fois », avait estimé Lapid.

Le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, pendant une conférence de presse, le 18 avril 2021. (Autorisation)

« Ce n’est pas une élection personnelle, c’est une cinquième élection », a-t-il dit. « Si Netanyahu échoue à former un gouvernement, nous demanderons au président le mandat nécessaire pour former un gouvernement d’unité ».

A la tête du deuxième parti le plus important à la Knesset, c’est Lapid qui est le mieux placé pour être choisi pour tenter de mettre en place un gouvernement après Netanyahu, qui dispose encore de quinze jours supplémentaires pour rassembler une coalition avant la fin de son mandat.

Le député Gideon Saar, qui a fait scission du Likud pour créer, avant les élections du mois de mars, Tikva Hadasha, avec l’intention déclarée de faire partir Netanyahu, a lui aussi indiqué être défavorable à ce projet de loi.

« Ce n’est pas le moment d’organiser de nouvelles élections en Israël et ce serait une mauvaise chose de changer le système du gouvernement au beau milieu d’une procédure parlementaire en cours », a déclaré Saar.

« Cela reviendrait à changer les règles du jeu pendant la partie », a-t-il ajouté.

Le parlementaire Mansour Abbas, à la tête de Raam, un parti islamiste, a expliqué qu’il pourrait apporter son soutien au texte.

« Nous étudions actuellement la loi et ses conséquences et notre positionnement sera déterminé par ce qui sera le mieux pour la société arabe et pour Raam », a-t-il indiqué lors de la réunion de faction de sa formation.

Le chef du parti Raam, Mansour Abbas, prend la parole lors d’une conférence de presse à Nazareth, le 1er avril 2021.(Crédit : David Cohen / Flash90)

Le leader du Parti sioniste religieux, Bezalel Smotrich, a appelé de son côté Saar et Bennett à intégrer un gouvernement de droite placé sous l’autorité de Netanyahu.

S’adressant à Saar, le parlementaire d’extrême-droite a dit que « je promets de vous soutenir et je vous jure que nous travaillerons ensemble dans l’intérêt des citoyens d’Israël ».

Il a accusé Bennett, son ancien allié au sein de Yamina, de « rester à ne rien faire en attendant que Netanyahu échoue à former un gouvernement dans le but d’établir une coalition avec Lapid, le parti Travailliste et le Meretz ».

Lors de la rencontre de son groupe parlementaire à la Knesset, Benny Gantz, à la tête de Kakhol lavan, a annoncé qu’il s’opposerait à ce vote direct.

Il a aussi mis en garde Bennett et le chef de Raam, Abbas, leur disant de ne pas rejoindre un gouvernement qui serait dirigé par Netanyahu – un ralliement « piégé », a-t-il affirmé.

S’adressant à Bennett, Gantz a indiqué que « Netanyahu ne négocie pas avec vous – il veut votre faillite morale et politique. Ce n’est pas une négociation sur la création d’un gouvernement – c’est encore une fraude supplémentaire ».

Les leaders du Meretz et du parti Travailliste de gauche se sont aussi opposés au projet de loi.

La proposition du Shas précise que si aucun candidat ne remporte 40 % des votes ou que deux candidats se retrouvent à égalité, il y aura un second tour sous la forme d’élections nationales pleines et entières dans les deux semaines qui suivent.

Seuls les électeurs ayant pris part au scrutin du mois de mars, le plus récent, seront autorisés à placer un bulletin dans l’urne.

Le texte propose la publication des résultats électoraux dans les huit jours. Il précise qu’immédiatement après l’annonce des résultats, tous les pouvoirs relevant du Premier ministre et du Premier ministre d’alternance (Gantz) seront transférés au candidat gagnant.

Une fois le candidat élu, il devra former un gouvernement dans les 90 jours et informer le président de la Knesset de l’identité de ses membres. Le président Reuven Rivlin, qui est habituellement chargé de désigner les candidats qui auront la mission de former un gouvernement, ne sera pas impliqué.

Le leader de Yamina Naftali Bennett pendant une réunion de faction à la Knesset, le 6 avril 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le leader du Shas, Aryeh Deri, a vivement recommandé aux députés d’apporter leur soutien à cette législation pour sortir de l’impasse politique qui bloque le pays depuis deux ans.

« Cette proposition simple vise à sortir enfin Israël de la crise », a-t-il dit.

Tandis qu’un vote direct pour désigner le Premier ministre déterminerait automatiquement la personnalité en charge de former le gouvernement, elle ne changerait pas pour autant l’arithmétique de la coalition et le vainqueur devrait encore s’adjoindre une majorité à partir des mêmes partis qui ont été élus au mois de mars.

Le projet de loi se veut temporaire et ponctuel. Il a été soumis par deux députés du Shas, Michael Malkieli et Moshe Arbel.

« Au vu de la crise politique en cours – qui s’accompagne de défis très lourds en termes de santé, de sécurité, de politique et d’économie – il faut prendre une décision dans les meilleurs délais », a confié Malkieli au site d’information Walla.

Netanyahu est favori dans les sondages au poste de Premier ministre, même si les pourcentages en sa faveur se trouvent bien en-deçà des 50 %.

La semaine dernière, la Douzième chaîne a fait savoir que Netanyahu espère qu’avec le soutien de Bennett, il parviendra à avoir la majorité indispensable qui permettra de faire adopter la loi à la Knesset.

Les partis qui soutiennent Netanyahu ont obtenu 52 sièges. Avec l’appui de Yamina, le projet de loi pourrait réunir 59 voix « pour », ce qui n’est pas encore la majorité à la Knesset, forte de 120 sièges – ce qui nécessiterait le soutien de Raam.

Israël avait brièvement connu des élections directes qui avaient élu le Premier ministre dans les années 1990 : cela avait été le premier vote qui avait porté Netanyahu au poste de chef de gouvernement, quand il l’avait emporté face à Shimon Peres en 1996.

Toutefois, le pays était ensuite revenu au mode de scrutin traditionnel de désignation des partis, cinq années plus tard, parce qu’il avait été trop difficile de former une coalition sur la base des résultats des élections directes suite au vote nommant le Premier ministre.

Le dernier vote direct de ce type avait eu lieu en 2001.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), avec le président du parti Shas, le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, le 4 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

La proposition d’organisation d’élections directes pour nommer un Premier ministre pourrait probablement être défiée devant la Haute cour de justice dans la mesure où elle incarne une réforme d’ampleur de la législation dans le cadre d’un gouvernement qui n’est que transitoire.

Au début du mois de décembre 2019, suite au second vote non-concluant de l’année, Netanyahu avait déclaré qu’il soutiendrait une proposition de scrutin direct pour désigner le nouveau chef de gouvernement, une tentative d’éviter un troisième tour national.

A l’époque, Yamina avait soutenu cette proposition qui n’avait pas obtenu suffisamment de soutiens. La Knesset s’était dissous le 11 décembre 2019 et un nouveau scrutin avait été organisé au mois de mars 2020.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

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