Netanyahu : Washington va financer des projets scientifiques des implantations
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Netanyahu : Washington va financer des projets scientifiques des implantations

Dans un geste laissant présager une future annexion de la Cisjordanie, Washington supprime les restrictions géographiques de 3 accords de coopération scientifique des années 1970

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'ambassadeur des États-Unis en Israël, David M. Friedman, (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu signent des accords visant à renforcer la coopération scientifique et technologique binationale lors d'une cérémonie spéciale organisée à l'université d'Ariel, le 28 octobre 2020. (Matty Stern/ambassade des États-Unis à Jérusalem)
L'ambassadeur des États-Unis en Israël, David M. Friedman, (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu signent des accords visant à renforcer la coopération scientifique et technologique binationale lors d'une cérémonie spéciale organisée à l'université d'Ariel, le 28 octobre 2020. (Matty Stern/ambassade des États-Unis à Jérusalem)

Israël et les Etats-Unis ont signé mercredi un accord qui supprime toutes les restrictions géographiques précédentes de leur coopération scientifique, une démarche considérée par certains comme un premier pas vers la reconnaissance américaine de la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman ont signé un protocole modifiant trois accords des années 1970 qui constituent la base de la coopération scientifique bilatérale.

Ces accords stipulaient que les projets de coopération « ne peuvent être menés dans les zones géographiques qui ont été placées sous l’administration de l’État d’Israël après le 5 juin 1967, et ne peuvent porter sur des sujets concernant principalement ces zones ».

Les amendements de mercredi, signés lors d’une cérémonie festive à l’université d’Ariel, au cœur de la Cisjordanie, ont supprimé cette clause.

« Elle ouvre la Judée et la Samarie à un partenariat universitaire, commercial et scientifique avec les États-Unis », a déclaré M. Netanyahu, en utilisant les noms bibliques de la Cisjordanie.

« C’est une victoire importante contre tous ceux qui cherchent à délégitimer tout ce qui est israélien au-delà des lignes de 1967. Et à ces boycotteurs malveillants, j’ai un message simple pour vous aujourd’hui : Vous avez tort, et vous échouerez. Vous avez tort parce que vous niez ce qui ne peut être nié – le lien millénaire entre le peuple d’Israël et la terre d’Israël ; il a plus de 3 000 ans », a-t-il déclaré.

« Et vous échouerez parce que nous sommes résolus à continuer à construire notre vie dans notre patrie ancestrale et à ne plus jamais être déracinés d’ici. »

Passant de l’anglais à l’hébreu, le Premier ministre a déclaré : « Aujourd’hui, nous appliquons l’accord scientifique entre Israël et les États-Unis à la Judée, à la Samarie et au Golan [le plateau]. C’est un changement énorme. C’est une victoire sur toutes les organisations et tous les pays qui boycottent la Judée et la Samarie ».

Le Premier ministre Netanyahu, (à droite), et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman signent un accord bilatéral à l’université d’Ariel, le 28 octobre 2020. (Amos Ben Gershom/GPO)

Depuis leur création dans les années 1970, la Fondation binationale pour la recherche et le développement industriels (BIRD), la Fondation binationale pour la science (BSF) et la Fondation binationale pour la recherche et le développement agricoles (BARD) ont toutes limité leur coopération aux frontières d’Israël d’avant 1967 et n’accordaient pas de financement aux projets de recherche et de développement en Cisjordanie, à Jérusalem-Est ou dans le Golan.

« Maintenant, pour être clair, ces accords ont été conclus avec de merveilleuses intentions et ils ont donné des résultats exceptionnels », a déclaré M. Friedman lors de la cérémonie. « Mais néanmoins, j’ai été déçu que ces accords consacrés au développement académique et scientifique soient soumis à des limitations politiques qui ne servent pas les objectifs recherchés. Ces restrictions géographiques ne sont plus conformes à notre politique étrangère ».

Sous le président Donald Trump, les États-Unis ont reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël et la souveraineté israélienne sur le Golan. Ils ont également inversé la position de longue date de Washington sur les implantations en Cisjordanie, arguant qu’elles ne violent pas nécessairement le droit international.

« Il est évident que cette restriction géographique dans le cadre de ces trois accords était un anachronisme », a déclaré l’ambassadeur américain. « Nous corrigeons un vieux tort, et nous renforçons une fois de plus le lien indissoluble entre nos deux pays ».

Friedman a rappelé qu’il avait initié le retrait de la « clause incriminée » de l’accord il y a un an et que cela impliquait un processus inter-agences compliqué. Bien qu’il ait fallu beaucoup de temps pour obtenir toutes les approbations nécessaires à la modification de l’accord, « il n’y a eu aucun retour de politique de la part de quelque source que ce soit », a-t-il déclaré.

L’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, s’exprimant lors d’un événement à l’université d’Ariel en Samarie, le 28 octobre 2020. (Capture d’écran GPO)

L’ambassadeur a souligné que les États-Unis et Israël continueront à financer des projets basés sur la qualité mais ne refuseront plus de soutenir les chercheurs en raison de leur code postal. « Nous dépolitisons un processus qui n’aurait jamais dû être politisé en premier lieu », a-t-il déclaré.

Certains observateurs ont interprété différemment la cérémonie de signature de mercredi. Le ministre de l’Enseignement supérieur et des Ressources en eau, Zeev Elkin, a par exemple fait l’éloge de Netanyahu pour « sa grande réussite dans l’avancement de la souveraineté [israélienne] en Judée et en Samarie ».

Eugène Kontorovich, professeur de droit international à l’université George Mason, a qualifié cet accord d’“accord international historique [qui] cimente la politique américaine selon laquelle les implantations israéliennes ne sont pas illégales, et met de l’argent au service de cette politique”.

Il a également déclaré que les amendements de mercredi constituaient une « répudiation directe de la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU », qui en 2016 condamnait sévèrement l’entreprise d’implantation israélienne comme illégale au regard du droit international.

« Il sera de plus en plus difficile pour l’UE de soutenir que le financement de tels projets de recherche viole tout consensus juridique international », a affirmé M. Kontorovich. « Enfin, parce que cela est inscrit dans un accord diplomatique, il ne peut être modifié unilatéralement par une administration américaine ultérieure ».

Le maire d’Efrat, Oded Raviv, un haut responsable des implantions proche de Netanyahu, a déclaré que l’accord montrait que les États-Unis plaçaient la science et la recherche avant la politique.

« En effaçant la ‘Ligne verte’ scientifique et académique, l’administration Trump exprime sa reconnaissance de la réalité sur le terrain », a-t-il déclaré dans un communiqué.

« La paix ne peut se faire que lorsque nous traitons avec la réalité et non avec des fantasmes. Les accords d’aujourd’hui sont un autre accomplissement de la doctrine de la paix pour la prospérité – le catalyseur de la paix sera lorsque les Israéliens et les Palestiniens se verront comme partenaires à l’avenir », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu inaugure une nouvelle promenade dans l’implantation d’Efrat en Cisjordanie le 31 juillet 2019, aux côtés du maire d’Efrat, Oded Revevi. (Igur Osdetchi)

D’autres analystes, dont certains s’identifient au mouvement en faveur des implantations, ont déclaré qu’une telle interprétation surestimait l’importance des accords de mercredi. Un expert déçu est allé jusqu’à qualifier de « prix de consolation » la suspension en août du plan d’Israël d’annexer unilatéralement de grandes parties de la Cisjordanie.

BIRD, BSF et BARD – les trois fondations sur la base de la coopération scientifique israélo-américaine – ont accordé plus de 1,4 milliard de dollars à plus de 7 300 projets communs de recherche et commerciaux, selon l’ambassade des États-Unis à Jérusalem.

En plus des amendements, les États-Unis et Israël ont signé mercredi un accord de coopération scientifique et technologique.

Il établit un nouveau cadre de gouvernement à gouvernement qui cherche à « intensifier et faciliter les activités de recherche scientifique, de collaboration technologique et d’innovation scientifique dans des domaines d’intérêt mutuel », a déclaré l’ambassade dans un communiqué.

« La signature aujourd’hui d’un nouvel accord de coopération scientifique et technologique entre les États-Unis et Israël renforcera encore nos relations avec ce pays et jettera les bases de futures percées scientifiques », a déclaré Kelvin Droegemeier, conseiller de M. Trump pour la politique scientifique et technologique. « L’intégrité, la transparence, l’ouverture, la réciprocité et la concurrence fondée sur le mérite sont au cœur des entreprises de recherche américaines et israéliennes ».

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