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New York : Une rescapée de la Shoah a fêté ses 100 ans

Frida Simon a affronté Mengele et a vécu dans les camps, tandis que son grand amour était en cavale ; ils ont été réunis à Brooklyn un demi-siècle plus tard et se sont mariés

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

  • Frida Simon chez elle en 2022. (Crédit: Autorisation)
    Frida Simon chez elle en 2022. (Crédit: Autorisation)
  • Frida Simon fête ses 100 ans à New York, le 6 mars 2022. (Crédit: Autorisation)
    Frida Simon fête ses 100 ans à New York, le 6 mars 2022. (Crédit: Autorisation)
  • Frida et Shia à Budapest après la guerre. (Crédit: Autorisation)
    Frida et Shia à Budapest après la guerre. (Crédit: Autorisation)
  • Frida et Zelig à New York après leur mariage. (Crédit: Autorisation)
    Frida et Zelig à New York après leur mariage. (Crédit: Autorisation)
  • Frida Simon fête ses 100 ans à New York, le 6 mars 2022. (Crédit: Autorisation)
    Frida Simon fête ses 100 ans à New York, le 6 mars 2022. (Crédit: Autorisation)
  • Frida Simon fête ses 100 ans en famille à New York. (Crédit: Autorisation)
    Frida Simon fête ses 100 ans en famille à New York. (Crédit: Autorisation)

NEW YORK — Avant les horreurs de la guerre, Frida Simon avait l’habitude d’aller danser avec ses amis dans leur ville des montagnes roumaines. Elle avait une voix chantante et se produisait lors d’événements religieux pour les femmes. Sa mère préparait la challah et des gâteaux au chocolat dans leur maison en briques pour le Shabbat familial, et son père dirigeait une petite entreprise produisant des poêles à bois.

Frida a rencontré le frère de sa petite amie, Zelig, qui était également chanteur, quelques années avant que les Juifs de la ville ne soient arrêtés et déportés. Zelig l’a vu venir. À ce moment-là, lui et Frida étaient ensemble et il la supplia de s’enfuir avec lui. Les parents de Frida ne voulaient pas la laisser partir car le jeune couple n’était pas encore marié.

Leurs chemins se sont séparés. Elle a survécu à Auschwitz, aux camps de travail et au chaos d’après-guerre puis finalement s’est construite une vie de famille, avant de retrouver son grand amour des années plus tard. Ils se sont mariés à New York 50 ans après leur séparation.

Frida a célébré son 100e anniversaire avec sa famille la semaine dernière. Elle reste alerte et curieuse, mais est malentendante et fait face à des problèmes respiratoires après son combat face au COVID. Elle préfère parler le hongrois et le yiddish et évite de parler de certaines époques de son passé. Le Times of Israel lui a parlé en hongrois, aux côtés de sa fille et de son aide soignante. Elle est revenue sur son histoire, se référant à une longue interview donnée en 1997 ; elle a ainsi raconté son expérience de la guerre et parlé de sa famille.

Elle est née en 1922 dans la ville de Cluj, en Roumanie. Sa famille a déménagé dans la région de Maramures, à l’actuelle frontière entre la Roumanie et l’Ukraine, alors qu’elle était encore bébé. Dans son entretien avec la Fondation Shoah, elle a décrit la région comme calme, dans une région productrice de bois au milieu des montagnes. La famille de six personnes vivait dans une maison de deux chambres avec une salle à manger et une cuisine meublée d’une cuisinière et d’une table. Il n’y avait pas d’eau courante à l’intérieur, mais ils l’avaient dans le jardin.

Son père, Yaakov, employait deux personnes dans son entreprise de fabrication de poêles en métal, et des gens venaient de l’extérieur de la ville pour acheter ses marchandises. La mère de Frida, Sara, était une femme au foyer qui aidait à l’entreprise et préparait des gâteaux faits maison pour les enfants. Ils parlaient yiddish à la maison, et roumain et hongrois à l’extérieur. Frida était la deuxième enfant de sa fratrie.

Un village en Hongrie en juillet 1938. (Crédit : AP/James A. Mills)

La famille chérissait le Shabbat et Sara a appris à ses enfants à prier et à observer les fêtes ; ils préparaient eux-mêmes la matzah pour Pessah.

« Pourim était bien. C’était beau. Ma mère commençait à cuisiner deux semaines auparavant parce que nous avions beaucoup d’amis et nous avions l’habitude de leur apporter [la nourriture] », a-t-elle déclaré. « J’ai aidé ma mère. J’ai aidé à cuisiner. Tout le monde se déguisait. Quand j’étais jeune, je m’habillais, parfois comme un garçon, parfois comme une maman. »

Elle a dit qu’elle « rêvait d’une belle maison, d’un bon mari, comme toutes les jeunes filles », dans son interview de 1997, avec Zelig, également connu sous le nom de Shimon, assis hors champ à côté d’elle. « C’était mon petit ami. Il était beau, il était mince, [se tenait droit], jeune », a-t-elle dit en lui faisant signe. Ils se rendaient visite à la maison chaque Shabbat.

Son père lisait le journal tous les jours et la famille avait une radio. La famille a commencé à sentir l’orage venir à partir de la presse en 1943, puis les autorités ont commencé à emprisonner les gens « et nous savions que c’était antisémite », a-t-elle déclaré. La Hongrie avait annexé leur région en 1940 dans un accord arbitré par les nazis.

Puis un garçon qui a fui la Pologne est arrivé dans la communauté juive de leur ville et s’est réfugié dans leur maison.

« Il s’est enfui du ghetto et il m’en a parlé. Il ne rêvait jamais – il pleurait dans son sommeil, car ils avaient tué ses parents et ses sœurs. Nous lui avons fait de la place parce que nous avions beaucoup de voisins [non-juifs] ; ils ne devaient pas le voir. Nous l’avons mis dans le grenier », a-t-elle déclaré.

« Nous avons cru les rumeurs mais nous ne pouvions pas imaginer que nous allions être tués. »

« Souviens-toi du Shabbat »

Zelig a entendu des rumeurs sur ce qui allait arriver et a imploré Frida de s’enfuir avec lui dans une région plus éloignée.

« Je suis allé [voir Frida], elle était à la maison, et je lui ai dit : ‘Tu sais quoi, ne pars pas, viens avec moi’ », a-t-il déclaré dans l’interview de 1997 avec la Fondation Shoah. « Ne pars pas avec ta mère et ton père, viens avec moi », a-t-il dit. Lui s’est échappé ; elle est restée avec sa famille.

La police a arrêté les Juifs de la ville en 1943, leur a mis des étoiles jaunes et les a enfermés dans leur synagogue. Elle était autorisée à prendre avec elle deux robes, mais pas de nourriture, et son père a dû mendier de la nourriture sur le chemin. Certains des voisins non-juifs ont pleuré quand ils sont partis, mais ont fini par se retourner contre eux à leur retour, après la guerre.

Il n’y avait pas de plomberie à l’intérieur de la synagogue et ils étaient entassés « comme des sardines », a-t-elle déclaré. Son père était malade et la police hongroise l’a battu jusqu’à ce qu’il leur dise où la famille avait caché ses objets de valeur.

Après quelques jours, la police les a emmenés dans des charrettes tirées par des chevaux dans un petit ghetto en territoire tchèque. Quelques centaines de Juifs y étaient confinés dans une zone avec une grande cour et quelques maisons, avec de nombreuses personnes entassées dans chaque bâtiment. Les troupes hongroises patrouillaient le long de la clôture à l’extérieur et certains Juifs locaux leur donnaient de temps en temps des petits pois à travers la clôture.

Ils ont observé le Shabbat mais ils étaient affamés et ont crié au bonheur une fois où ils ont eu du pain. La mère de Frida s’inquiétait pour elle parce qu’elle était très maigre.

Des troupes allemandes défilent à Bucarest, en Roumanie, le 27 décembre 1940. (Crédit : Domaine public)

Après quelques mois, les militaires ont commencé à emmener les gens dans des wagons à bestiaux.

« Ils nous ont dit que nous allions à Auschwitz, en Pologne. Je me suis dit qu’ils nous emmèneraient peut-être au travail, puis nous rentrerions à la maison », a-t-elle déclaré.

Ils ont rencontré le criminel de guerre nazi Josef Mengele à leur arrivée au camp ; c’était la première rencontre directe de Frida avec les nazis allemands.

Lorsque les portes du wagon à bestiaux s’ouvrirent, elle ne vit qu’un champ. « Mengele était là et il indiquait, ça va de ce côté, ça va de ce côté-là », a-t-elle expliqué.

Elle tenait sa mère dans ses bras, mais deux autres femmes dans la file l’ont poussée en arrière et elles ont été séparées.

« J’ai commencé à pleurer, ‘Maman, Maman’, mais c’était trop tard », a-t-elle dit. Les derniers mots que sa mère lui a adressés ont été : « Promets-moi de te souvenir du Shabbat. »

Elle était avec sa sœur, Clara, et quelques amis de la maison, lorsqu’elles se sont fait raser la tête. Elle pensait que ses parents avaient été envoyés dans une autre caserne, mais ils sont allés directement à la chambre à gaz.

Un train de victimes destinées au camp de concentration d’Auschwitz, alignées dans la gare à leur arrivée à Auschwitz. Une photo prise par les nazis au début de la Seconde Guerre mondiale. (Crédit : AP/FILE)

« J’étais tellement naïve qu’un autre jour je suis allée sur le fil, la zone de sélection », a-t-elle dit, pour demander aux gardes SS où étaient ses parents. « J’ai dit: ‘Je me souviens où ma mère est allée. Je veux chercher ma mère.’ Ils ont dit ‘Allez, votre mère est déjà morte. Allez-y parce que vous allez vous faire tuer.’ »

Les prisonniers chantaient dans la caserne pour essayer de garder le moral et mangeaient des épluchures de pommes de terre. Après avoir attrapé la dysenterie, un ingénieur civil avec qui elle travaillait lui a glissé des médicaments et de la nourriture supplémentaire qui, selon elle, l’ont maintenue en vie. Sa sœur se tenait à côté d’elle – affaiblie par la maladie – dans la file d’attente pendant l’appel ; elle l’aidait à se tenir debout, et elles se frottaient du papier rouge sur les joues pour qu’une partie de la couleur se détache et les fassent apparaître comme étant plus saines.

Les gardes les ont emmenés dans des camions vers un chantier à une heure de là.

« Ils nous ont torturées avec les chiens, qui devaient nous mordre. Nous sommes allés travailler les pieds ensanglantés, en pleurant, et puis quand nous sommes arrivés, ma sœur, tout le monde, a dû porter de lourdes pierres. »

À un moment donné, elle a été maintenue en face des crématoires du camp. Elle a vu une file de filles dans une cour à l’extérieur et l’une des filles a demandé aux prisonniers où elles étaient emmenées. Frida a dit qu’elle ne savait pas. Les filles ont vu le crématorium et ont commencé à réciter la prière du Shema. Frida s’est faufilée hors de la caserne cette nuit-là pour aller aux toilettes.

« Dieu, ce que j’ai vu, les odeurs des os, le ciel était rouge comme le feu du crématorium. Ils ont brûlé ces gentilles jeunes filles parce qu’elles étaient maigres, les ont fait mourir. »

Les corps brûlés d’esclaves juifs à Schwabmunchen, au sud-ouest de Munich, en Allemagne, le 1er mai 1945. (Crédit : AP Photo/Jim Pringle)

Zelig s’est caché à Budapest et à Vienne. Il a été arrêté deux fois par la police hongroise et a été obligé de travailler dans des mines et des usines de fabrication de bombes dirigées par des Allemands, mais s’est échappé les deux fois et est resté en cavale jusqu’à la fin de la guerre. Une autre des sœurs de Frida, Monci (Margaret), s’est cachée à Budapest.

À l’automne 1944, les nazis ont emmenée Frida à Ravensbrueck, où elle a travaillé dans une usine de munitions, toujours avec sa sœur Clara. Alors que les forces alliées se rapprochaient, les Allemands les emmenèrent dans une marche de la mort dans le froid et la pluie. Une fille tchèque de leur groupe a tenté de s’échapper et les gardes l’ont poursuivie avec un chien, puis ont obligé les autres prisonniers à regarder pendant qu’ils lui brisaient les os, avant de l’abattre.

Une grande histoire

Les troupes russes les ont libérés et ont réquisitionné des magasins pour leur procurer des vêtements. Un soldat a attrapé une femme allemande qui tentait de s’échapper de la zone dans un manteau de vison, a pris le manteau et l’a donné à Frida.

Clara et sa sœur Monci vivaient toutes les deux ensemble. Frida a aperçu son frère après la libération, chassé par un camion militaire russe, apparemment prisonnier, mais n’a jamais pu le retrouver, malgré des années de recherche. Leurs parents, grand-père, cousins ​​et tantes ont été tués.

Elle a recommencé à suivre la casheroute et à observer le Shabbat juste après la guerre.

« J’avais des amis qui disaient : ‘Tu es folle ? Tu vois ce qui est arrivé à tes parents. Ils étaient tellement [religieux], et regarde.’ J’ai dit : ‘C’est un miracle que j’en sois sorti vivante. C’est pourquoi je dois être [religieuse].’ »

Elle a eu le typhus à la fin de la guerre et a eu besoin de six mois d’hospitalisation pour récupérer. Elle est rentrée chez elle, mais ses voisins non-juifs avaient tout pris et la communauté juive avait été anéantie.

Des personnes juives déplacées après la guerre dans un camp à Feldafing, en Allemagne, le 5 octobre 1945. (Crédit : AP Photo)

Elle et Zelig pensaient tous deux que l’autre était mort. Un des amis de Frida a rencontré Zelig et lui a dit par erreur qu’elle était morte, et il s’est fiancé à une autre femme. Pendant les fiançailles, Zelig a rencontré la sœur de Frida, qui a appelé Frida pour lui annoncer la nouvelle.

« Elle a dit: ‘Assieds-toi , je dois te raconter une longue histoire’ », a déclaré Frida. « Assieds-toi d’abord. »

Zelig a dit à Frida qu’il romprait les fiançailles pour l’épouser, mais elle a refusé, et lui a dit qu’il aurait dû attendre plus longtemps pour voir si elle avait survécu.

Elle a pris un emploi de cuisinière pour les enfants orphelins au sein de  l’organisation juive Agudah et a rencontré son premier mari, Shia, dont la femme enceinte et les cinq enfants avaient été assassinés par les nazis. Ils se sont mariés sous une huppah à Budapest, et ont eu un gâteau et des amis au mariage, mais pas de musique.

Un feu encore brulant

Elle a eu son premier enfant, Susan, un an plus tard, puis a eu Hilda et Jack (Shmiel). La famille a déménagé à Montréal, où vivaient les sœurs de Shia. Shia a dû sauter d’un train en sortant de Hongrie pour esquiver la police, qui le recherchait pour avoir fait du commerce au marché noir, puis a couru à travers les bois jusqu’à Vienne.

À Montréal, les trois enfants ont appris la religion et la famille s’est liée d’amitié avec des voisins juifs et non-juifs. Frida a dit à ses enfants que le numéro tatoué sur son bras était le numéro de téléphone du rabbin et qu’elle l’appellerait s’ils se comportaient mal.

Frida et Shia à Budapest après la guerre. (Autorisation)

Shia était pâtissier et le couple fabriquait des gaufrettes casher à vendre. Il est devenu par la suite un inspecteur de la casheroute. Il a lutté avec son traumatisme de guerre, a passé une grande partie de son temps libre à étudier le Talmud et à lire, et était d’une incroyable honnêteté, ont déclaré leurs enfants. Il est devenu asthmatique et a souffert d’une bronchite chronique, probablement en raison de son expérience de la Shoah, et a ensuite eu deux accidents vasculaires cérébraux, dont le second l’a laissé partiellement paralysé. Frida, alors âgée d’une cinquantaine d’années, ne voulait pas le placer dans un établissement de soins et elle s’est occupée elle-même de ses soins.

Zelig et sa femme avaient déménagé en Roumanie, mais le mariage n’a pas fonctionné, et en 1966, il a déménagé aux États-Unis avec l’aide du groupe d’aide juif HIAS. Il a découvert par la communauté juive roumaine que Clara, la sœur de Frida, était à New York. Il est allé lui rendre visite un samedi soir et lui a demandé où était Frida.

« Frida est là. Frida est au Canada. Elle est mariée au Canada », a-t-elle déclaré.

Frida et Zelig ont organisé une rencontre, mais son mari, Shia, était mal à l’aise car il connaissait leurs sentiments l’un pour l’autre. Les enfants se sentaient également protecteurs de leur père. Frida a emmené sa sœur avec elle au rendez-vous pour rassurer son mari. Les deux anciennes flammes sont devenues amies. À peu près à la même époque, Zelig s’est marié avec une femme à New York.

Shia est décédé en 1982. Au cours de ses six derniers mois, il était hospitalisé sous oxygène, avec Frida à ses côtés chaque jour. À la fin des années 1980, Frida a déménagé à New York pour se rapprocher de son fils, Jack, et est restée amie avec Zelig.

Puis, en 1992, sa femme est décédée des suites d’une maladie. Il la pleura pendant un an, puis revint à Frida. Ils sentaient tous les deux qu’ils allaient être ensemble, et il l’a demandé en mariage.

« Ce n’est pas bien d’être seul. Nous devrions être ensemble », lui a-t-il dit.

« Bien sûr », dit-elle.

« C’était génial parce que je le connaissais et qu’il m’était familier. J’espérais vraiment qu’il me proposerait », a-t-elle déclaré.

Un rabbin a marié le couple dans leur synagogue de Brooklyn aux côtés d’une vingtaine de fidèles. Ils se sont installés dans le quartier de Borough Park à Brooklyn, près de Clara.

Frida et Zelig à New York après leur mariage. (Autorisation)

Lorsqu’ils se sont mariés, « Frida avait l’impression de rentrer à la maison », a déclaré sa fille, Susan. « Elle pouvait renouer avec des souvenirs d’avant-guerre qui étaient joyeux. Il a fait ressortir un côté plus léger de ma mère. »

« Leur relation était une joie à regarder. Ils ont ri et plaisanté ensemble comme deux adolescents », a-t-elle déclaré.

C’était une âme gentille et douce, parfaitement consciente de ses souffrances passées, a déclaré Susan. Zelig avait été en cavale pendant la guerre et avait échappé aux pires de ses atrocités. Il était drôle et optimiste, faisant toujours des blagues. Le couple a fait de longues promenades ensemble tous les jours et a planté des tomates dans leur jardin. Frida aimait entendre Zelig chanter dans leur synagogue.

« Si je suis en bonne santé, ma femme est en bonne santé, tout va bien », a déclaré Zelig. « Elle est tout [pour moi]. »

La guerre ne les a jamais quittée – dans son interview de 1997, Frida a déclaré : « Hier soir, je n’ai pas pu m’endormir. J’avais mal et il ne pouvait pas non plus [s’endormir]. Vous ne pouvez pas oublier ces choses, quand ils tuent vos parents et tuent un beau-frère innocent, une grande famille, des tantes et tout. C’est toujours dans votre esprit, constamment. »

Elle a dit qu’elle rêvait souvent de sa mère et s’est souvenue qu’elle lui avait dit de toujours acheter des bougies pour le Shabbat. « Tout le monde devrait être bon les uns envers les autres et tout le monde devrait croire en Dieu », a-t-elle déclaré.

En 2006, après 12 ans de mariage, Zelig est décédé d’un cancer de l’intestin foudroyant. Il a eu des symptômes de démence à la fin, peut-être liés à son cancer. Même lorsqu’il était malade, il allait de leur appartement vers la 9e avenue jusqu’aux épiceries de la 13e avenue pour rapporter la nourriture à la maison pour que Frida cuisine, car le couple ne conduisait pas.

Frida a été dévastée lorsque Zelig est mort. Elle a eu du mal à faire face et s’est retrouvée à l’hôpital, sans diagnostic clair, et a été hospitalisée. Elle avait déjà perdu Shia, et maintenant Zelig, et elle les pleurait, et ne pouvait pas faire face au fait qu’elle serait veuve pour le reste de ses jours.

Elle a pleuré et a rêvé de Zelig ; elle a commencé à se remettre après environ un an. Elle a passé des Shabbat et des vacances avec sa famille et s’est concentrée sur ce qu’elle avait encore, en disant que « la vie est faite pour vivre ».

Aujourd’hui, Frida est joyeuse mais a du mal à parler de certaines époques de son passé. Interrogée sur ses maris, elle dit : «Je les aimais tous les deux. J’avais de l’amour et de la loyauté pour les deux hommes. »

Frida Simon fête ses 100 ans à New York, le 6 mars 2022. (Autorisation)

Elle montre l’encre fanée sur son bras et dit : « Il est très important que les gens sachent ce qui s’est passé et je veux que les gens s’en souviennent. Je veux qu’on se souvienne de moi. Je n’oublierai jamais les gens qui ont été envoyés au crématorium. »

Frida Simon fête ses 100 ans en famille à New York, le 6 mars 2022. (Autorisation)

Frida a célébré son 100e anniversaire la semaine dernière avec certains de ses enfants, ses huit petits-enfants et ses 13 arrière-petits-enfants, qui lui ont apporté des ballons. Elle a dit qu’elle était excitée et honorée par toute cette attention, et a reçu un bouquet de 100 roses rouges. Elle a transmis les chansons, les recettes et les dictons de sa mère à ces descendants.

Aujourd’hui, elle a dit qu’elle adorait ses repas et qu’elle attendait avec impatience ses séances de physiothérapie.

Son activité préférée est de chanter de vieilles chansons et des hymnes, sa vieille passion, qui était aussi celle de Zelig. Elle chante en hongrois avec son aide soignante, Erzi, et en yiddish au téléphone avec ses enfants.

L’une de ses préférées est une chanson yiddish sur les mères.

« Comme il fait clair dans la maison quand ta mère est encore là, comme il fait noir quand elle n’est plus là », chante-t-elle.

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