Ni droite ni gauche, Gantz offre de l’espoir à ceux qui veulent un « changement »
Rechercher
Reportage

Ni droite ni gauche, Gantz offre de l’espoir à ceux qui veulent un « changement »

Le premier discours public de l'énigmatique ex-chef de Tsahal a couvert tous les sujets. Parfois ne prenant pas position, Benny Gantz a donné au public ce qu'il était venu chercher

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

L'ancien chef d'état-major de Tsahal Benny Gantz (C) est acclamé par ses partisans à son arrivée pour prononcer son premier discours électoral dans la ville côtière de Tel Aviv, le 29 janvier 2019. (Jack Guez/AFP)
L'ancien chef d'état-major de Tsahal Benny Gantz (C) est acclamé par ses partisans à son arrivée pour prononcer son premier discours électoral dans la ville côtière de Tel Aviv, le 29 janvier 2019. (Jack Guez/AFP)

Alors que des militants, des responsables du parti et des journalistes arrivaient sur le parking du Parc des Expositions de Tel Aviv mardi soir pour assister au premier discours politique de Benny Gantz, le jingle électoral de son parti Hossen LeYisrael se faisait entendre dans la salle où l’événement très attendu allait commencer.

Le refrain de son leitmotiv, « il n’y a plus de droite ou de gauche, juste Israël – avant tout », continuait à résonner dans les oreilles des participants, interrompus seulement pendant une longue période par le discours de Gantz lui-même, jusqu’à ce qu’ils regagnent leurs voitures quelques deux heures après et ferment leur porte.

Pour ceux qui préféraient un tempo plus enjoué que l’original, un DJ live faisait des remix de la mélodie pendant la mini-réception de pré discours. Pour les sourds et les malentendants, un interprète en langage des signes a traduit chaque intervention.

La foule était en fait un peu mélangée – des jeunes de 20 ans aux cheveux hirsute et à la barbe hérissée côtoyant des septuagénaires en costumes aux côtés de genre d’ex-généraux et de femmes d’affaires – le tout évoluant doucement au rythme de la chanson au libellé ambigu.

Il y avait une excitation palpable dans la salle avant l’arrivée de Gantz, mais beaucoup de participants ont eu du mal à exprimer exactement ce qui les excitait.

« Il propose quelque chose de nouveau », a déclaré un militant du parti nommé Iddo, portant un t-shirt arborant le même slogan que celui de la chanson. Quand on lui a demandé quoi, Iddo était perplexe. « Eh bien, beaucoup de choses. Une nouvelle vision, une nouvelle orientation… Je pense », a-t-il dit.

Sharon Avrami, qui était venue de Hod HaSharon, a déclaré que l’ancien chef d’état-major « pourra diriger le pays correctement parce qu’il a l’expérience et le savoir-faire ».

Le diriger où ?

« Vers un monde meilleur », a-t-elle dit.

Un partisan de Hossen LeYisrael montre un portrait du leader du parti Benny Gantz avant son premier discours électoral à Tel Aviv, le 29 janvier 2019. (Jack Guez/AFP)

Bien que Gantz soit considéré comme l’une des seules menaces possibles à une quatrième victoire consécutive du Premier ministre Benjamin Netanyahu aux élections d’avril, on en savait peu sur ses convictions politiques – du moins avant le discours de mardi. Les bribes de documents de campagne que Hossen LeYisrael avait publiés et les brefs commentaires publics qu’il avait faits semblaient être une tentative de le placer fermement dans le centre israélien, mais les propositions politiques étaient minces, dans le meilleur des cas.

Certains dans la foule étaient sûrs que Gantz exprimerait ce à quoi ils croyaient, même s’ils ne savaient pas exactement quelles étaient ses propres convictions.

« Nous avons besoin d’un leader qui fera pression pour la paix », a déclaré Yaakov Ayelet, 77 ans, un ancien membre du Parti travailliste. « Nous n’avons pas entendu le mot ‘paix’ depuis des années. Nous en avons besoin au plus vite. Gantz peut l’amener ».

Simcha Hendler, qui a dit avoir déjà voté pour le Likud, y compris sous Netanyahu, a déclaré que Gantz, « contrairement à Bibi, ne tolèrera pas les extrémistes de son parti qui attaquent tout ce qui est sacré dans ce pays ».

Les orateurs qui ont ouvert la soirée ont exprimé les mêmes grands espoirs pour le nouveau parti et son chef.

Hila Shai Vazan, une responsable politique qui siégeait auparavant au conseil municipal de Modiin, a promis que « les choses peuvent être différentes ici » et que « le peuple d’Israël est prêt pour une direction différente ». L’ancien maire de Yerucham, Michael Biton, a déclaré : « Benny s’engage pour l’éducation, le bien-être, le système de santé, la périphérie… pour toute la société israélienne ».

L’attente a finalement été comblée lorsque la musique « plus de gauche ou de droite » a été jouée à plein volume et que Gantz, sans son uniforme kaki et portant maintenant un costume bien coupé, est entré par l’arrière de la salle pour se frayer un passage jusqu’à la scène circulaire au centre de l’enceinte.

Se faufilant dans la foule, l’ancien général taciturne est devenu l’image de l’homme du peuple, serrant les mains avec empressement et embrassant ses nouveaux supporters, escaladant même les gradins comme une véritable rock star et tapant dans la main d’une personne du public.

Benny Gantz fait son entrée à un meeting électoral de son parti Hossen LeYisrael à Tel Aviv, le 29 janvier 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Lorsqu’il a fini par monter sur le podium, quelques militants du parti présents dans la salle ont lancé timidement le célèbre chant politique israélien (qui sonne beaucoup mieux dans sa rime hébraïque originale), « Ooh ahh, qui va arriver ? Le prochain Premier ministre ». Le reste de la foule n’a pas tout de suite adhéré – après tout, Gantz n’avait pas encore dit clairement qu’il voulait même le poste – mais il s’est lentement répandu dans la salle, avant d’être remplacé, encore plus difficilement, par des chants de « mahapah », le slogan historique qui fut utilisé pour désigner la première victoire du Likud après trois décennies de règne travailliste en 1977, et qui signifie « soulèvement, » ou simplement « changement ».

Brisant son quasi-silence de plusieurs mois, Gantz, parlant mot à mot depuis un téléprompteur projetant le discours soigneusement élaboré, a couvert toutes les questions fondamentales du discours public israélien – les problèmes et les craintes en matière de sécurité, Gaza, Liban, Syrie, rôle des troupes israéliennes, système social, minorités arabe et druze en Israël, Palestiniens (si brièvement), division entre droite et gauche, la religion et État, corruption publique et même oui, la paix.

Dans ce qui est devenu un principe récurrent, cependant, Gantz a souvent semblé offrir deux options quant à la façon dont il se sentait sur divers sujets, laissant peut-être à l’auditoire le soin de décider lequel il préfère.

« Nous sommes une seule nation. Nous partageons un drapeau, un hymne et une armée », s’est-il réjoui, avant d’ajouter, « mais je suis venu ici ce soir parce que je m’inquiète aussi pour Israël ».

« Le peuple est fort. Le pays est merveilleux », a dit M. Gantz. « Mais un vent malsain souffle dans le pays ».

« Croyez-moi, je suis très fier de notre pays et je n’en aurai jamais honte », a-t-il juré. « Mais dernièrement, de plus en plus de gens, de droite et de gauche, moi y compris, sont profondément embarrassés par la façon dont nos dirigeants se conduisent ».

L’option à « choix multiple » était également proposé pour des projets politiques sérieux.

« Sous ma direction, le gouvernement s’efforcera d’instaurer la paix et ne manquera pas une occasion d’apporter des changements régionaux », a promis M. Gantz. « Cependant, s’il s’avère qu’il n’y a aucun moyen d’arriver à la paix en ce moment, nous façonnerons une nouvelle réalité ».

L’ancien chef d’état-major de Tsahal Benny Gantz prononce son premier discours électoral dans la ville côtière de Tel Aviv, le 29 janvier 2019. (Jack Guez/AFP)

Mais l’ambiguïté a été levée lorsque Gantz en est venu à la corruption politique dans l’attaque la plus claire de la nuit contre Netanyahu, et la plus claire indication qu’il ne compte pas se retenir quand il est question des cas de corruption dans lesquels le Premier ministre est accusé de corruption.

« Le gouvernement national que nous allons mettre en place appliquera une tolérance zéro pour toute forme de corruption. L’argent de l’État appartient à tous ses citoyens et non à une petite minorité privilégiée », a dit M. Gantz, sous les acclamations croissantes de la foule. « Ce n’est pas l’exemple personnel que nous devrions donner à la jeune génération qui nous regarde. Un gouvernement moral est un exemple pour nous – et pour nos enfants ».

Se présentant comme l’anti-thèse de Netanyahu, Gantz poursuit : « Toute ma vie, j’ai dit la vérité. J’ai toujours gardé mes mains propres. Je ne dois rien à personne d’autre que mon peuple. Et je ne soutiendrai ni ne fermerai les yeux face à toute violation des normes morales. »

Puis, en excluant de rejoindre un gouvernement dirigé par Netanyahu si le Premier ministre est inculpé, il a ajouté : « La seule idée qu’un Premier ministre puisse servir en Israël avec un acte d’accusation est ridicule pour moi. Cela ne peut pas arriver. »

Véritablement déchaînée, la foule reprit le chant du « mahapah », cette fois avec une véritable ferveur et une belle unité. Et comme l’ex-général listait les principes sur lesquels son gouvernement s’appuierait – « l’unique combinaison israélienne de tradition et de modernité, de judaïsme et de démocratie » – le public, comme libéré de toute hésitation, revenait sans cesse au mantra d’un seul mot.

Concluant son allocution, Gantz a exprimé ce que certains dans la foule avaient exprimé avant le discours. « Par-dessus tout », dit-il, « je crois – comme vous – en l’espoir ».

« Ensemble, je ferai d’Israël un pays d’espoir fort et uni », a-t-il dit, alors que les militants du parti montaient en silence sur la scène derrière lui avant que l’hymne national ne soit joué. Enfin, juste avant la sortie des banderoles et ne serait-ce que brièvement, la bande-son incessante « plus de droite ou de gauche » a été remplacée par autre chose – la Hatikva, qui signifie en français « L’espoir ».

Et puis le jingle a recommencé.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...