Nir Hefetz s’emporte contre le juge et quitte une audience de la cour
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Nir Hefetz s’emporte contre le juge et quitte une audience de la cour

Le témoin de l'accusation contre Netanyahu accuse le juge de "répandre son sang", les avocats clamant que le lancement de la procédure augmentera les "menaces et les pressions"

Nir Hefetz arrive au tribunal de Tel Aviv, le 10 novembre 2019. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Nir Hefetz arrive au tribunal de Tel Aviv, le 10 novembre 2019. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Dimanche, le témoin de l’accusation Nir Hefetz a quitté une audience du tribunal, furieux, consacrée à la levée d’un embargo placé sur les détails de l’enquête policière dans son dossier.

« Vous répandez mon sang. Emmenez-moi donc directement à la potence », s’est exclamé Hefetz à voix forte en s’adressant au magistrat de la cour de district de Tel Aviv qui avait autorisé une audience ouverte.

« C’est un scandale », a-t-il crié. « Vous allez me faire tuer ».

Hefetz, ancien conseiller du Premier ministre Benjamin Netanyahu, est un témoin déterminant dans l’Affaire 4000. Dans ce dossier, le Premier ministre est soupçonné d’avoir fait avancer des régulations au bénéfice de l’actionnaire majoritaire de Bezeq, Shaul Elovitch, en échange d’une couverture positive du site d’information Walla, de Bezeq. Il est considéré comme le plus grave contre le Premier ministre.

Les médias ont demandé une levée partielle de l’embargo dans cette affaire.

S’opposant à la levée de l’ordonnance d’embargo, Shuli Eshbol, avocat, a clamé qu’une autre personnalité liée à l’affaire serait exposée.

Les avocats de Hefetz ont affirmé que l’ouverture des audiences au public contrevenait à la loi sur la vie privée et qu’elle était susceptible de renforcer « les menaces et les pressions exercées sur un témoin de l’accusation » lancées à son encontre par « aucun autre que par le Premier ministre ».

Après l’audience, Hefetz a indiqué que son témoignage était la « vérité sans fard » et il a prédit que le tribunal le reconnaîtrait également si le dossier contre Netanyahu devait passer devant les tribunaux.

A la Knesset, la semaine dernière, le ministre de la Justice du Likud Amir Ohana avait violé l’embargo dans un discours dans lequel il avait raillé ce qui, avait-il dit, avaient été les mauvais comportements de la police à l’égard de Hefetz pour le pousser à témoigner contre Netanyahu, révélant les détails de tactiques de mise sous pression présumées utilisées par les enquêteurs qui avaient été placées sous embargo.

Le ministre de la Justice Amir Ohana prend la parole à la Knesset, le 11 septembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Ohana avait raconté comment les enquêteurs sollicités pour interroger une femme – qui n’était pas directement liée à l’Affaire 4000 – lui avaient posé des questions « invasives et intrusives » sur sa relation avec Hefetz avant d’organiser une rencontre « accidentelle » entre elle et Hefetz dans les couloirs.

Lorsque les deux s’étaient vus, les enquêteurs avaient alors dit à Hefetz – selon Ohana – qu’ils savaient « tout », ajoutant : « Nous allons lâcher une bombe sur votre famille ».

Le ministre avait poursuivi en disant : « Alors Nir a abandonné, il a signé un accord pour devenir témoin de l’accusation et il a donné sa version à la police ». Il a ensuite accusé les enquêteurs de police d’avoir trafiqué le témoignage de l’ancien proche de Netanyahu.

Les propos d’Ohana avaient été immédiatement condamnés par les députés de l’opposition. Répondant à la fureur publique entraînée par les déclarations d’Ohana, Netanyahu avait émis un communiqué laconique, prenant la défense de l’embargo tout en répétant l’accusation d’extorsion du témoignage.

« Même si le cas de l’extorsion du témoignage de Nir Hefetz est extrêmement grave et qu’il doit inquiéter tous les citoyens, une ordonnance d’embargo décidée par la justice doit être respectée », avait-il écrit dans son communiqué.

Pour sa part, Hefetz avait fustigé Ohana mercredi, qualifiant ses allégations de « honteuses et scandaleuses » et attentatoires à sa vie privée, selon un communiqué diffusé par son avocat Ilan Sofer.

« C’est honteux et scandaleux qu’un ministre de la Justice se moque ainsi de la loi et viole un embargo explicite posé par les tribunaux depuis la tribune de la Knesset », avait dit Sofer.

Il avait qualifié les propos tenus par le ministre du Likud de « tentative honteuse de marquer des points politiques tout en nuisant gravement à la vie privée de Hefetz », jurant que les actions entreprises par Ohana « ne resteront pas sans réponse ».

La Douzième chaîne avait aussi cité une source « proche de Hefetz » mercredi soir, insistant sur le fait qu’il n’y avait eu « aucun lien » entre les interrogatoires de la police et la décision prise par Hefetz de devenir témoin de l’accusation.

Hefetz aurait menacé de poursuivre en justice Ohana et le fils de Netanyahu, Yair, qui avait tweeté davantage de détails sur les révélations peu après l’allocution du ministre.

De vagues accusations à l’encontre de la conduite des enquêteurs avaient été une première fois rapportées par la Douzième chaîne, mais les détails n’avaient pas pu être divulgués en raison de l’embargo imposé par les magistrats.

Ces précisions ont pu être publiées dès le moment où Ohana a fait ses commentaires à la Knesset, mercredi, la loi fondamentale israélienne stipulant que les débats en plénière au Parlement doivent être ouverts et portés à la connaissance du public.

Le procureur général Avichai Mandelblit prend la parole lors d’une conférence du ministère de la Justice à Tel Aviv, le 4 novembre 2019. (Flash90)

A l’issue de l’incident, le procureur-général Avichai Mandelblit a émis une réprimande sans précédent à l’encontre d’un ministre de la Justice en exercice, affirmant que les accusations d’Ohana s’apparentaient à une tentative de « tromper le public » au profit politique de Netanyahu.

Mandelblit, dans un communiqué conjoint avec le procureur de l’Etat Shai Nitzan, a juré de ne pas se laisser entraîner dans une plaidoirie publique des enquêtes pour corruption impliquant – comme les alliés de Netanyahu tentent actuellement de l’obliger à le faire.

« Ces accusations extrêmement graves dénaturent la réalité… Elles font partie d’une série d’informations partisanes et incomplètes, ces derniers jours, qui visent à tromper le public. Elles faussent les faits et la chronologie des événements au cours de l’enquête », a dit le communiqué écrit par Mandelblit et Nitzan.

Ces propos mettent en lumière l’animosité croissante entre le Likud de Netanyahu et le procureur de l’Etat dans un contexte d’éventuelle inculpation du Premier ministre dans les trois affaires de corruption qui le concernent.

Mandelblit, qui a servi au sein du secrétariat du cabinet de Netanyahu et qui a été nommé par ce dernier au poste de procureur-général en 2016, prévoirait d’inculper officiellement le Premier ministre pour corruption dans les prochaines semaines.

Netanyahu, qui nie tout acte répréhensible, a affirmé à plusieurs reprises qu’il était victime d’une chasse aux sorcières de la part des médias, de la gauche, de la police et du ministère public, dans le but de l’évincer du pouvoir.

Hefetz était devenu témoin de l’accusation après avoir été arrêté et interrogé pendant deux semaines. Il aurait fourni aux procureurs des informations essentielles sur la période où il avait servi d’interlocuteur informel entre Netanyahu et Elovitch.

La Douzième chaîne a partagé lundi d’autres retranscriptions de déclarations faites par Hefetz, dans lesquelles il évoquait des difficultés à se souvenir des détails de l’affaire, changeait son témoignage à plusieurs reprises et mentionnait des réunions qui, apparemment, n’avaient pas eu lieu.

Mardi dernier, Mandelblit a promis d’enquêter sur de possibles mauvais comportements de la part des enquêteurs. Le chef de l’Association du barreau israélien a également réclamé une enquête immédiate et ouverte sur ces accusations.

Mandelblit a indiqué dans un communiqué émis mardi que « s’il s’avère que des actions illégitimes ont eu lieu dans la prise en charge des cas, la question sera prise en compte et gérée en conséquence ».

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