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Noga Erez apporte son son électro-pop politique à Jérusalem

Souvent qualifiée de "Björk israélienne", la chanteuse et productrice de Tel Aviv mélange électro, rap et pop et paroles complexes et stimulantes

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

La chanteuse Noga Erez en concert lors du salon Hutzot Hayotzer de Jérusalem au Sultan Pool, le 23 août 2022. (Crédit :  Jessica Steinberg/Times of Israel)
La chanteuse Noga Erez en concert lors du salon Hutzot Hayotzer de Jérusalem au Sultan Pool, le 23 août 2022. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

La chanteuse Noga Erez a arpenté la scène du Sultan Pool de Jérusalem mardi soir pour le dernier concert de sa tournée organisée dans le cadre de son album « Kids », une tournée qui l’a envoyée dans le monde entier avec Jérusalem en dernière étape.

« Bonsoir, Jérusalem ! », s’est-elle exclamée, agile et élégante dans sa veste à coupe carrée blanche, assortie d’une brassière de sport noir, ses cheveux bruns remontés en plusieurs chignons. « Je ne sais pas si vous êtes déjà venus à l’un de nos concerts, mais on reste debout. »

Avec un grondement, la foule s’est levée, qu’il s’agisse des fans qui étaient assis sur la pelouse, sur le devant, ou de ceux qui s’étaient installés plus loin, dans les gradins.

Pendant les deux heures qui ont suivi, Erez – souvent appelée « la Björk israélienne » – a arpenté la scène, se déplaçant avec ses 24 danseurs à chapeau noir, aux côtés de son partenaire de travail et de son conjoint dans la vie, Ori Rousso, au sampler et au synthétiseur.

Les chansons éclectiques d’Erez – qu’elle compose avec Rousso – sont souvent courtes, très électro dans leur mixage de synthé et de sampler, catchy, ponctuées de batterie électronique, mais toujours pointues dans leur son et dans leur message une fois que vous avez saisi le rythme et le texte.

Elle ne chante qu’en anglais et elle a déclaré qu’il était difficile de trouver la même rythmique en hébreu – ajoutant qu’elle voulait pouvoir toucher des publics du monde entier.

C’est facile de comprendre pourquoi cette chanteuse israélienne de 32 ans attire les foules partout sur le globe. Elle est d’ailleurs apparue sur le plateau du « Jimmy Kimmel Live » et sur NPR, elle s’est illustrée sur la scène du Madison Square Garden et elle a attiré 6 000 habitants de Jérusalem – d’âge mûr ou plus jeunes, hipsters portant leurs bébés contre la poitrine, hommes arborant leurs tzitzit et femmes aux cheveux recouverts ou portant des tatouages – tous debout, dansant, chantant et se déhanchant en écoutant les paroles complexes des chansons d’Erez.

Ce mélange improbable de musique électro-pop dansante a séduit un immense public dans le monde. Erez explique que sa musique est sa manière à elle de prendre en charge les questions qui la chagrine – et elles sont nombreuses, de la surveillance exercée par le gouvernement aux médias en passant par les agressions sexuelles, les réseaux sociaux, la sécurité et la politique israéliennes.

Dans « Kids, », le titre de son opus de 2021, elle chante :

Parle maintenant et ne dis pas de conneries, il faut que tu parles maintenant
Sans préconditions, va vite
Assieds-toi et sors-le
Sors-le, c’est un moment fort
C’est ton moment fort, tu te souviens de 1967 ? Oublie ça maintenant
Tu te souviens du 9 septembre ? Retiens ça maintenant
Garde ta tête dans le présent
Parle maintenant, parle maintenant

Dans « Fire Kites », elle évoque sans doute les ballons incendiaires envoyés par les Gazaouis vers Israël – mais elle ne se positionne clairement en faveur ni d’Israël, ni des Palestiniens.

« Je dors sur le dos de mes ennemis et de mes amis. Si vous étiez à ma place, ne le feriez-vous pas ? Si ça fonctionne, soyez sûrs que c’est casher – casher. Nous n’avons pas besoin de bombes, nous avons eu des cerf-volants ».

Idem pour « Dance While You Shoot, » une chanson nerveuse, tendue mais très dansante consacrée à une vie sûre vécue à quelques kilomètres seulement de secteurs où le conflit avec les Palestiniens est extrême, un titre qui a beaucoup attiré l’attention sur l’artiste quand il a été utilisé dans une pub pour Apple Music.

Erez a déclaré lors d’interviews que le conseil de ne pas parler de ce qui arrivait en Israël – particulièrement hors des frontières du pays – lui avait été donné. Un conseil qu’elle n’a, à l’évidence, pas réellement suivi.

A la place, la chanteuse, qui a fréquenté les bancs de l’Académie de musique de Jérusalem, utilise son talent pour raconter ce que c’est qu’être israélien, et son public local s’enthousiasme à l’idée d’avoir cette personnalité sympa quoique lapidaire pour le représenter sur la scène mondiale, une artiste qui sait exprimer ses idées et ses pensées à l’international.

« Il y a cette capacité sidérante de la musique à combiner et à refléter la dualité de l’existence », avait déclaré Erez dans un entretien accordé au Times of Israel en 2017. « Nous vivons dans cette dualité – la vie, à la surface, peut être très ordinaire mais en dessous, il y a toujours quelque chose qui existe et qui, pour sa part, n’est ni ordinaire, ni normal. Et cela pénètre nos vies de différentes manières. Cela affecte l’énergie dans laquelle nous vivons. Et je pense personnellement que la musique est la plateforme parfaite pour exprimer cette dualité ».

Erez apporte cette dualité jusque dans ses concerts, où elle chante des chansons avec ses danseurs, où elle s’assied, les jambes croisées, sur la scène pour interpréter un nouveau titre mélancolique « qui vient du fond de mes tripes » et où elle descend vers le premier rang pour un face à face avec une jeune femme qui mêle sa voix à la sienne le temps d’une chanson.

Noga Erez, à gauche, et Diana, une membre du public, chantent pendant le concert donné par l’artiste à Jérusalem, le 23 août 2022. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Elle s’est assagie maintenant, avec un contrat signé chez Atlantic Records/Neon Gold, des dates pour une tournée aux États-Unis et une vision sur ce qui fonctionne réellement sur scène.

Malgré cette carrière ouverte à l’international, elle conserve une sorte de saveur locale et de familiarité sur cette scène à Jérusalem, lors de ce concert organisé dans le cadre du salon Hutzot Hayotzer.

Ici, au Sultan Pool, Erez a pu parler en hébreu au public entre ses chansons sans devoir donner d’explication. Lors de ce concert, c’est l’hébreu qui a eu la part belle et tout le monde a compris très exactement le message transmis par Erez dans ses paroles.

Et lorsqu’elle lui a demandé si elle peut « être encore plus hardcore ? », la foule a répondu par un rugissement.

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