« Nomination même plus déguisée »: Rohani demande à Khamenei plus de « concurrence »
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« Nomination même plus déguisée »: Rohani demande à Khamenei plus de « concurrence »

Chargé d'examiner les dossiers de quelque 600 candidats au scrutin du 18 juin, le Conseil des gardiens de la Constitution en a autorisé 7 à concourir ; 57 % d'abstention en 2020

Le président iranien Hassan Rouhani passe devant un portrait du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, alors qu'il arrive pour une conférence de presse dans la capitale Téhéran, le 16 février 2020. (Photo ATTA KENARE / AFP)
Le président iranien Hassan Rouhani passe devant un portrait du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, alors qu'il arrive pour une conférence de presse dans la capitale Téhéran, le 16 février 2020. (Photo ATTA KENARE / AFP)

Le président iranien Hassan Rohani a déclaré mercredi avoir écrit au guide suprême Ali Khamenei pour lui demander de permettre une plus grande « concurrence » à la présidentielle de juin, après la disqualification de plusieurs candidats majeurs.

« Le coeur des élections, c’est la concurrence. Si vous enlevez cela, vous avez un cadavre », a déclaré M. Rohani dans un discours télévisé, au lendemain de l’annonce du rejet des candidatures de son premier vice-président Eshaq Jahanguiri et d’un de ses principaux alliés, Ali Larijani.

« J’ai écrit au Guide suprême hier [lui demandant] s’il peut aider sur ce point », a ajouté M. Rohani.

Chargé d’examiner les dossiers de quelque 600 candidats au scrutin du 18 juin, le Conseil des gardiens de la Constitution, organe non élu chargé du contrôle de l’élection, en a autorisé sept à concourir, dont cinq ultraconservateurs.

Le chef du Parlement iranien Ali Larijani durant une conférence de presse à Téhéran, en Iran, le 13 mars 2017 (Crédit : AP Photo/Ebrahim Noroozi)

A la surprise générale, le Conseil des gardiens a invalidé M. Larijani, ancien président du Parlement et conseiller de M. Khamenei, ainsi que M. Jahanguiri, parmi d’autres noms connus, semblant offrir la victoire sur un plateau au chef du pouvoir judiciaire, l’ultraconservateur Ebrahim Raissi, qui avait obtenu 38 % des voix face à M. Rohani il y a quatre ans.

L’ancien président négationniste Mahmoud Ahmadinejad (populiste), a lui aussi été interdit de présidentielle, mais cette décision était attendue dans la mesure où sa candidature avait déjà été invalidée en 2017.

Alors que les rares projections disponibles laissent présager d’une très forte abstention le 18 juin, M. Rohani, qui ne peut se représenter, s’est inquiété d’un manque de mobilisation populaire le jour du scrutin, qui serait selon lui préjudiciable à « l’intérêt national ».

En février 2020, les législatives ont été marquées par une abstention record (57%) sur fond d’invalidation massive de candidats modérés et réformateurs, et de désenchantement face à l’échec de la politique d’ouverture de M. Rohani.

(FICHIERS) Dans cette photo d’archives prise le 15 mai 2021, le chef de la justice iranienne Ebrahim Raisi prononce un discours après avoir déposé sa candidature aux élections présidentielles iraniennes, prévues le 18 juin. (Crédit : ATTA KENARE / AFP)

« Où sont passés les 98 pour cent ? s’est interrogé celui-ci dans une référence au taux de participation officiel au référendum ayant approuvé la République islamique en 1979. « Pourquoi est-ce que [la participation] continue de fondre ? »

L’ayatollah Khamenei plaide depuis des semaines pour une participation « massive » et « révolutionnaire » le 18 juin. En 2005, son intervention avait conduit le Conseil des gardiens à finalement valider les candidatures à la présidentielle de deux hommes politiques qu’il avait d’abord rejetées.

« Bien évidemment [M. Khamenei] peut agir comme bon lui semble […] Ce que nous pouvions faire, c’était de lui demander que, s’il le juge opportun, il agisse à ce sujet », a encore déclaré M. Rohani, en faisant référence à ce précédent.

La publication de la liste des candidats autorisés à concourir nourrit une intense polémique depuis mardi en Iran, où le Conseil des gardiens est régulièrement accusé de sélectionner les postulants de manière totalement arbitraire, voire d’influer directement sur les résultats du scrutin.

Le choix de ce Conseil « transforme l’élection en une nomination », estime Majid, un ingénieur interrogé par l’AFP : « Avant c’était déguisé, maintenant cela ne l’est même plus ».

« Adieu au réformisme ? » s’interroge en Une le quotidien réformateur Shargh, pour qui « même les plus sceptiques n’avaient pas imaginé qu’on puisse pousser ainsi vers la sortie tout un front politique ».

A l’inverse, le journal ultraconservateur Keyhan soutient que « le Conseil des gardiens ne peut pas agir sur la base de préférences personnelles ».

« Il est crucial que la participation soit maximale le 18 juin, mais cette responsabilité n’incombe pas au Conseil », écrit Keyhan dans son éditorial.

« Ceux qui sont responsables [du niveau] de participation sont ceux qui provoquent les files d’attente » devant les magasins subventionnés, ajoute le journal dans une nouvelle attaque contre le bilan économique de M. Rohani, à la tête d’un gouvernement d’alliance entre modérés et réformateurs.

La politique de détente avec l’Occident voulue par M. Rohani avait pour but de sortir l’Iran de son isolement et de drainer vers le pays les investissements étrangers nécessaires à son développement.

Au lieu de cela, le pays a été plongé dans une violente récession après que l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 entre la République islamique et la communauté internationale a été torpillé par les Etats-Unis sous la présidence de Donald Trump en 2018.

Le secrétaire d’État américain Anthony Blinken lors d’une conférence de presse avec le ministre danois des Affaires étrangères à Copenhague, le 17 mai 2021. (Crédit : SAUL LOEB / POOL / AFP)

Des négociations ont actuellement lieu à Vienne pour tenter de le relancer mais l’administration Biden n’a pas fait part d’enthousiasme pour le moment.

« La question à laquelle nous n’avons pas encore de réponse est de savoir si l’Iran, en fin de compte, est prêt à faire le nécessaire pour se conformer de nouveau à l’accord », a affirmé le secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken sur la chaîne de télévision CNN.

« Nous savons quelles sanctions vont devoir être levées si elles ne sont pas compatibles avec l’accord nucléaire », a encore expliqué Antony Blinken sur la chaîne ABC. « L’Iran, je crois, sait ce qu’il doit faire pour revenir au respect de l’accord sur les aspects nucléaires, et nous n’avons pas vu si l’Iran est prêt à prendre une décision ».

« C’est l’enjeu, et nous n’avons pas encore la réponse », a-t-il ajouté.

M. Blinken, « la levée des sanctions de Trump (…) est une obligation légale et morale. PAS un outil pour prendre l’avantage dans les négociations », a réagi sur Twitter le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif.

Cela « n’a pas marché pour Trump, (cela) ne marchera pas pour vous », a-t-il ajouté. « La date de péremption de l’héritage de Trump est dépassée. Laissez-le tomber », a encore écrit M. Zarif, à l’attention de M. Biden.

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