Normalisation Israël-Emirats arabes unis, un exemple à suivre ?
La guerre a ravivé les critiques à l'égard d'Abou Dhabi dans l'opinion arabe, qui reste largement hostile à la normalisation, "notamment sur les réseaux sociaux, où ils sont souvent décris comme des complices" d'Israël

Alors que l’Arabie saoudite est courtisée pour franchir le pas de la reconnaissance d’Israël, l’exemple offert par les Emirats arabes unis souligne les avantages mais aussi les limites de la normalisation dans une région bouleversée par la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.
Le président Donald Trump, qui entame mardi une tournée dans le Golfe, s’est dit persuadé en avril que Ryad « rejoindrait les Accords d’Abraham » signés par les Emirats, Bahreïn et le Maroc lors de son premier mandat.
Ces accords, qui ont rompu avec des décennies de consensus arabe excluant l’établissement de liens officiels avec Israël sans résolution de la question palestinienne, ont survécu au choc provoqué par la guerre meurtrière entre Israël et le Hamas palestinien.
« Je pense que si la guerre à Gaza n’y a pas mis fin, rien ne le fera », dit l’analyste émirati, Abdelkhaleq Abdallah.
Mais si la normalisation a eu des retombées économiques et stratégiques pour Abou Dhabi, elle a aussi terni son image dans l’opinion arabe et n’est pas parvenue à apaiser les tensions.
Les accords d’Abraham ont permis à Abou Dhabi d’avoir « un capital politique significatif à Washington », souligne Karim Bitar, de Sciences Po Paris.
« Mais ce qu’ils ont gagné en termes d’influence aux Etats-Unis, ils l’ont perdu dans le monde arabe après le 7-Octobre », ajoute-t-il, en référence au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas qui a déclenché la guerre le 7 octobre 2023.
Un million de touristes
Au niveau économique, les échanges commerciaux entre Israël et les Emirats ont augmenté de 43 % en 2024, à 3,24 milliards de dollars, affirme la consule générale d’Israël à Dubaï, Liron Zaslansky, sans « compter les échanges de logiciels et de services ».
Selon elle, près de 600 entreprises israéliennes se sont installées aux Emirats, tandis qu’un million de touristes israéliens ont visité le pays en 2024.
La coopération en matière de technologies et de renseignements a aussi été utile aux Emirats pour contrer l’influence de ses rivaux, notamment l’Iran ennemi juré d’Israël, ou les mouvements islamistes, leur bête noire.
Mais le plus important pour Abou Dhabi est le soutien des Etats-Unis, alliés d’Israël. Si la vente d’armement de dernière génération annoncée après les Accords d’Abraham – qui incluait 50 chasseurs furtifs F-35 – n’a jamais été finalisée, les Emirats ont obtenu l’année dernière le statut de partenaire majeur des Etats-Unis en matière de défense.
Aujourd’hui, au-delà de la sécurité, ils « sont surtout intéressés par l’intelligence artificielle et les technologies » souligne M. Abdallah, des sujets qui devraient figurer au cœur de la visite de M. Trump.
« Cas d’étude » pour Ryad
La guerre a toutefois ravivé les critiques à l’égard d’Abou Dhabi dans l’opinion arabe, qui reste largement hostile à la normalisation, « notamment sur les réseaux sociaux, où ils sont souvent décris comme des complices » d’Israël, souligne Karim Bitar.
Un coût en termes de réputation qui serait particulièrement lourd à supporter pour l’Arabie saoudite, première économie arabe et chef de file du monde musulman.
Ryad avait entamé, avant la guerre, des discussions avec Washington incluant une normalisation avec Israël, en échange d’un accord de sécurité et un soutien à son programme nucléaire civil. Mais il a conditionné depuis une telle démarche vis-à-vis d’Israël à l’établissement d’un Etat palestinien, éloignant la perspective d’un accord dans le contexte actuel.
Les Accords d’Abraham sont « un cas d’étude » pour l’Arabie, montrant les bénéfices au niveau des échanges économiques et des relations avec les Etats-Unis, mais aussi les limites sur la question palestinienne et sur les liens « de peuple à peuple », résume Sanam Vakil, du groupe de réflexion Chatham House.
En 2020, Abou Dhabi avait affirmé avoir obtenu d’Israël le gel de ses projets d’annexion de territoires palestiniens en Cisjordanie. Mais les agissements d’Israël soulignent les limites de son influence sur son nouvel allié, même s’il dit en avoir usé ces derniers mois.
« Quelque 42 % des aides à Gaza proviennent des Emirats », affirme M. Abdallah, tout en reconnaissant que l’écrasante majorité des « Arabes, y compris aux Emirats, détestent ce que fait Israël » dans le territoire palestinien.
Les touristes émiratis sont peu nombreux en Israël, « surtout depuis le 7-Octobre », admet la consule israélienne, sans donner de chiffres.
Si ce petit pays de 10 millions d’habitants, dont 90 % d’expatriés, ne craint pas la contestation, la question de la normalisation est beaucoup plus « sensible » dans le royaume voisin, qui abrite les deux plus grands lieux saints de l’islam, souligne Karim Bitar.
« L’Arabie saoudite réfléchira probablement à deux fois avant de suivre la voie des Emirats arabes unis », conclut-il.
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