« Nous avons besoin d’Israël », déclare un haut dirigeant du Soudan
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« Nous avons besoin d’Israël », déclare un haut dirigeant du Soudan

Le général Mohammad Hamdan Daglo, adjoint au chef de l'État, suggère que le Soudan développe des relations avec Jérusalem, mais n’envisage pas une normalisation complète

L’adjoint au chef de l'État soudanais Mohammad Hamdan Daglo, plus connu sous le nom de Hemedti, discute de la normalisation avec Israël à Juba, au Sud Soudan. (Capture d'écran : Youtube)
L’adjoint au chef de l'État soudanais Mohammad Hamdan Daglo, plus connu sous le nom de Hemedti, discute de la normalisation avec Israël à Juba, au Sud Soudan. (Capture d'écran : Youtube)

Un haut dirigeant soudanais a déclaré vendredi que son pays établirait probablement bientôt des liens avec Jérusalem, affirmant que Khartoum avait besoin et bénéficierait de relations avec Israël.

« Israël est développé. Le monde entier travaille avec Israël. Pour le développement, pour l’agriculture – nous avons besoin d’Israël », a déclaré l’adjoint au chef de l’État, le général Mohammad Hamdan Daglo, connu sous le nom de Hemedti, à la chaîne de télévision Sudan24 TV, à Juba.

Cependant, Daglo a déclaré que les relations ne seraient pas complètement normalisées, par solidarité avec les Palestiniens.

« Nous n’avons peur de personne. Mais ce seront des relations, pas une normalisation. Des relations, pas de normalisation. D’accord ? Voici notre ligne de conduite », a déclaré Daglo, sans donner de calendrier ni préciser quelle différence il entendait exactement entre relations et normalisation.

Les remarques de Daglo s’inscrivent dans le contexte des efforts menés par les États-Unis pour faire pression sur le Soudan afin qu’il normalise ses relations avec Israël en échange d’un engagement d’aide financière et de son retrait de la liste noire américaine des pays sponsors du terrorisme – être placé sur la liste noire soumet le pays à des sanctions économiques dévastatrices.

Si le Soudan établit des relations ouvertes avec Israël, il serait le troisième pays à conclure un accord avec l’État juif au cours de ces dernières semaines. Les Émirats arabes unis – l’un des principaux mécènes du Soudan – et le Bahreïn ont signé des accords de normalisation avec Israël à la mi-septembre dans le cadre des accords d’Abraham négociés par les États-Unis.

Les responsables israéliens expriment depuis longtemps leur volonté d’améliorer leurs relations avec Khartoum, berceau de la célèbre résolution de la Ligue arabe en 1967 contre la paix et la normalisation avec Israël. L’administration du Président américain Donald Trump, pour sa part, chercherait à obtenir une nouvelle victoire en politique étrangère avant les prochaines élections présidentielles de novembre.

Des négociations qui ont eu lieu la semaine dernière à Abou Dhabi pour tenter d’avancer vers une normalisation n’ont apparemment pas abouti. La délégation soudanaise, conduite par le chef d’État, le général Abdel Fattah al-Burhan, a qualifié les discussions de « franches et honnêtes », sans préciser leur contenu.

Daglo est l’adjoint d’al-Burhan – l’une des personnalités les plus puissantes et les plus redoutées du Soudan. Depuis 2013, il commande un groupe paramilitaire connu sous le nom de Forces de soutien rapide : une coalition de milices issue des milices Janjawids, célèbres sur la scène internationale pour leur complicité dans le génocide au Darfour.

Sur cette photo du 17 juillet 2019, le général Mohammed Hamdan Daglo signe un document de partage du pouvoir entre le mouvement pro-démocratie du Soudan et le conseil militaire au pouvoir à Khartoum, au Soudan. (Photo AP / Mahmoud Hjaj, File)

Les commentaires de Daglo pourraient toutefois indiquer qu’il n’est pas impossible que le Soudan établisse des relations ouvertes avec Israël dans les jours qui viennent. Daglo a déclaré, au nom des dirigeants soudanais, que le retrait du Soudan de la liste noire américaine des États commanditaires du terrorisme était conditionnel à l’établissement de liens avec Israël.

« C’est vrai, la cause palestinienne est importante, et nous devons soutenir le peuple palestinien », a déclaré Daglo, soulignant que le Soudan était toujours attaché à l’établissement d’un État palestinien.

Mais il a suggéré qu’au bout du compte, le Soudan devait penser à ses propres « poches », compte tenu de la situation économique difficile dans le pays. « Quel que soit l’intérêt du Soudan, nous le poursuivrons », a promis Daglo.

Tout en refusant de mettre le mot « normalisation » sur l’établissement de relations ouvertes avec Israël, Daglo a déclaré à la chaîne Soudan24 TV que le Soudan bénéficierait de liens avec l’État juif.

« Nous ne parlons pas de normalisation. Nous parlons de relations. Et ce sont des relations dont nous bénéficierons ; cela se fera avec le consentement et la consultation de toutes les parties », a déclaré Daglo.

L’intervieweur a demandé à Daglo comment il prévoyait de contourner l’insistance des responsables du gouvernement civil, notamment du Premier ministre soudanais Abdullah Hamdok, sur le fait que le gouvernement de transition n’avait pas l’autorité pour normaliser avec Israël.

Le nouveau Premier ministre soudanais Abdalla Hamdok s’exprime lors d’une conférence de presse à Khartoum, au Soudan, le mercredi 21 août 2019. (AP)

« Il y a des factions politiques qui… », commence l’intervieweur avant d’être interrompu par Daglo.

« Les factions politiques ne représentent pas le peuple soudanais, n’est-ce pas ? Faisons un sondage. Quel est le problème ? Nous sommes pour la démocratie. Nous sommes pour la diversité d’opinions, pas de problème. Faisons un sondage », a déclaré Daglo.

Les commentaires de Daglo pourraient indiquer une sérieuse fracture entre les acteurs militaires et civils du fragile gouvernement de transition du Soudan.

En 2019, des millions de citoyens soudanais sont descendus dans les rues pour manifester contre le règne long de 30 ans du dictateur Omar el-Béchir. Le gouvernement d’el-Béchir s’est finalement effondré après des mois de protestations et de tentatives de répression des forces de sécurité contre les manifestants.

Dans la foulée, un Conseil de souveraineté de transition, composé à la fois de vétérans militaires et de révolutionnaires civils, a pris la direction du pays. Al-Burhan devrait diriger le conseil jusqu’en 2021, date à laquelle un civil devrait prendre sa place.

L’homologue civil d’Al-Burhan, Abdalla Hamdok, est bien plus hésitant quant à la normalisation. Hamdok insiste régulièrement sur le fait que son gouvernement n’a pas l’autorité pour négocier des relations avec Israël.

La question de la normalisation, a déclaré Hamdok lors d’une conférence de presse à Khartoum en août, nécessite « une discussion approfondie [parmi la société soudanaise] ».

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