Nouvelle aide pour Madaya, ville syrienne assiégée et affamée
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Nouvelle aide pour Madaya, ville syrienne assiégée et affamée

La ville est coupée du monde depuis six mois par un siège de l'armée du régime de Bachar al-Assad

Capture d'écran de la vidéo devenue virale d'un enfant syrien qui n'aurait pas mangé depuis 7 jours (Crédit : Capture d'acran YouTube)
Capture d'écran de la vidéo devenue virale d'un enfant syrien qui n'aurait pas mangé depuis 7 jours (Crédit : Capture d'acran YouTube)

Un nouveau convoi de camions remplis de nourriture et de médicaments est entré jeudi dans Madaya, la ville assiégée par l’armée syrienne devenue le symbole des souffrances de la population civile.

Ce convoi de 44 véhicules est le deuxième, après celui de lundi, à parvenir à Madaya pour y secourir dans l’urgence les habitants affamés.

La ville, située à une quarantaine de kilomètres de Damas, est coupée du monde depuis six mois par un siège de l’armée du régime de Bachar al-Assad luttant contre les rebelles.

« La priorité est d’apporter de la farine et des produits sanitaires » aux quelque 40 000 habitants, a indiqué Pawel Krzysiek, porte-parole du Comité international de la Croix Rouge (CICR) à Damas.

« Ce sont les personnes âgées, les femmes et les enfants qui souffrent le plus, notamment de grave malnutrition », a précisé la responsable du CICR en Syrie, Marianne Gasse.

« Leurs conditions de vie sont parmi les plus difficiles qu’il m’ait été donné de voir durant les cinq années que j’ai passées dans le pays. Cette situation ne peut plus durer », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Plusieurs nutritionnistes de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont pu entrer à Madaya. « Ils vont évaluer la situation, traiter les patients sur place, examiner la gravité de leur état et voir ensuite la prochaine étape », a précisé à l’AFP Rana Sidani, du bureau regional de l’OMS.

Un troisième convoi d’aide devrait suivre « dans les prochains jours », a annoncé le coordinateur humanitaire de l’ONU en Syrie, Yacoub el Hillo.

Cette opération concerne aussi deux villes chiites, Foua et Kafraya, qui sont elles encerclées par les rebelles dans la province d’Idleb (nord-ouest), mais où la situation est jugée moins catastrophique qu’à Madaya.

« Nous sommes encouragés par le fait d’avoir été capables d’atteindre ces villes » mais « nous ne voulons pas que cela reste une action isolée », a déclaré M. el Hillo.

De difficiles négociations ont été engagées entre les organisations humanitaires et Damas pour évacuer les personnes les plus affaiblies par la malnutrition ou souffrant de maladies à Madaya.

Médecins sans frontières (MSF) avait fait état au début du mois de 23 personnes mortes de faim depuis le 1er décembre.

Levée des sièges

Le CICR réclame que soient levés tous les sièges en Syrie, assurant que 400 000 personnes vivent assiégées dans ce pays, où la guerre civile a fait plus de 260.000 morts et poussé des millions de personnes à la fuite en près de cinq ans.

« Il faut que les sièges de toutes les villes et de tous les villages en Syrie soient levés, immédiatement et simultanément », a déclaré Robert Mardini, directeur du CICR pour le Moyen-Orient. « En attendant, les convois humanitaires doivent se voir accorder un accès rapide, régulier et inconditionnel à toutes ces zones afin que des vies puissent être sauvées ».

Des négociations sont ainsi menées pour apporter de l’aide à Zabadani, une ville proche de Madaya et elle aussi assiégée par l’armée. Les organisations humanitaires « sont prêtes à intervenir dans les prochains jours dès l’approbation » des autorités, a indiqué Linda Tom, une porte-parole du Bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA).

Le haut commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, le prince Zeid Raad Al Hussein, a déclaré jeudi à Doha que toute partie qui affame les civils en Syrie se rend coupable de « crime de guerre ».

Prince Zeid Raad Zeid Al-Hussein (Crédit : capture d'écran YouTube)
Prince Zeid Raad Zeid Al-Hussein (Crédit : capture d’écran YouTube)

Sur le plan politique, l’émissaire de l’ONU pour la Syrie Staffan de Mistura a répété sa volonté d’entamer le 25 janvier des pourparlers de paix, à l’issue d’une première réunion préparatoire à Genève avec des représentants des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

A la mi-décembre, les 15 membres du Conseil avaient adopté une résolution établissant une feuille de route qui prévoit des négociations opposition-régime, un cessez-le-feu, un gouvernement de transition dans les six mois et des élections dans les 18 mois.

La semaine dernière, le gouvernement syrien s’était engagé à prendre part aux négociations, mais les principaux groupes d’opposition sont encore dans l’expectative.

Toujours sur le plan diplomatique, le secrétaire d’Etat américain John Kerry doit rencontrer jeudi à Londres son homologue saoudien Adel al-Jubeir pour discuter notamment de la Syrie.

Ryad et Washington sont en froid à ce sujet, même s’ils coopèrent au sein d’une coalition internationale contre le groupe Etat islamique (EI) qui s’est emparé de larges pans du territoires dans le pays ainsi que chez le voisin irakien.

L’Arabie saoudite reproche notamment à l’administration de Barack Obama de ne pas être intervenue militairement contre le régime du président Bachar al-Assad.

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