Nucléaire iranien : Reprise des négociations à Vienne dans un climat tendu
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Nucléaire iranien : Reprise des négociations à Vienne dans un climat tendu

En se rapprochant des 90 % nécessaires à une utilisation militaire, la République islamique "met la pression sur tout le monde", résume un diplomate européen

Sur cette photo prise le 20 août 2010, un agent de sécurité iranien passe devant une porte de la centrale nucléaire de Bushehr, alors que le bâtiment du réacteur est visible en arrière-plan, juste à l'extérieur de la ville de Bushehr, à 1 245 kilomètres au sud de la capitale Téhéran, en Iran. (AP Photo/Vahid Salemi, File)
Sur cette photo prise le 20 août 2010, un agent de sécurité iranien passe devant une porte de la centrale nucléaire de Bushehr, alors que le bâtiment du réacteur est visible en arrière-plan, juste à l'extérieur de la ville de Bushehr, à 1 245 kilomètres au sud de la capitale Téhéran, en Iran. (AP Photo/Vahid Salemi, File)

Les discussions pour sauver l’accord international sur le nucléaire iranien s’étaient refermées la semaine dernière à Vienne sur une note positive. Elles reprennent jeudi mais entre-temps, la décision de Téhéran d’enrichir l’uranium à hauteur de 60 % a jeté un froid.

En se rapprochant des 90 % nécessaires à une utilisation militaire, la République islamique « met la pression sur tout le monde », résume un diplomate européen.

Après un bon départ, « c’est vrai que cela complique les choses », dit-il à l’AFP avant une nouvelle réunion des États parties à l’accord (Allemagne, France, Royaume-Uni, Chine, Russie et Iran), prévue à 12h30 heure locale (10h30 GMT).

Comment réagir ? Voilà la question qui se pose en coulisses, tandis que le président Hassan Rohani a réaffirmé mercredi que les ambitions atomiques de son pays étaient exclusivement « pacifiques ».

Le franchissement imminent de ce seuil inédit de 60 % se veut une « réponse » au « terrorisme nucléaire » d’Israël après l’explosion survenue dimanche dans l’usine d’enrichissement de Natanz, argue Téhéran, qui accuse ouvertement Israël d’avoir saboté cette usine.

Berlin, Paris et Londres ont mis en garde contre toute escalade, « par quelque pays que ce soit », tout en déclarant que l’annonce par l’Iran du lancement d’un enrichissement à 60 % est un « développement grave (…) contraire à l’esprit constructif » des discussions.

Mais Moscou préfère y voir le signe qu’il faut agir vite.

« Cela prouve que le rétablissement du JCPOA », acronyme anglais qui désigne communément l’accord conclu en 2015 dans la capitale autrichienne, « est la seule solution viable pour ramener le programme nucléaire iranien » sur les rails, a écrit sur Twitter l’ambassadeur russe auprès des organisations internationales à Vienne, Mikhaïl Oulianov.

La Haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères Federica Mogherini (à gauche) et le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif (au centre) participent à une réunion ministérielle du Plan d’action global (JCPOA) sur l’accord nucléaire iranien le 6 juillet 2018, à Vienne, en Autriche. (AFP/APA/Hans Punz)

« Urgence »

L’Iran l’a répété mercredi : pour stopper cette « spirale dangereuse », les États-Unis doivent lever les sanctions imposées par le président américain Donald Trump, qui a retiré les États-Unis de cet accord en 2018.

Le JCPOA avait permis un allègement des mesures punitives contre la République islamique en échange d’une réduction drastique de ses activités nucléaires, sous le contrôle de l’ONU, afin de garantir qu’elle ne cherche pas à se doter de la bombe atomique.

C’est un des sujets sur lesquels planchent les experts à Vienne, sous l’égide de l’Union européenne (UE), avec la participation indirecte d’une délégation américaine, logée dans un autre hôtel.

« Nous sommes concentrés sur la voie diplomatique pour avancer », a déclaré la veille de la reprise des discussions la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki. « Nous savons que ce sera un long processus, mais nous voyons (ces discussions) comme un signe positif. »

« Nous pensons que nous pouvons faire avancer les choses de manière constructive, même si ce sont des négociations indirectes », a encore dit Mme Psaki, interrogée lors d’un briefing sur le rôle des États-Unis dans le processus de Vienne.

Jen Psaki, porte-parole du Département d’État américain. (Crédit : capture d’écran YouTube)

« Les évènements de ces derniers jours rappellent à chaque partie que le statu quo est synonyme de perdant-perdant pour les deux camps » et « renforcent l’urgence », commente auprès de l’AFP Ali Vaez, spécialiste du dossier iranien au sein du centre de réflexion International Crisis Group (ICG).

« Il est clair que plus le processus diplomatique s’éternise, plus grands sont les risques qu’il soit entravé par des saboteurs et des personnes mal intentionnées », ajoute-t-il, alors que le guide suprême iranien Ali Khamenei a fait savoir mercredi qu’il n’autoriserait pas que les discussions traînent « en longueur ».

Les obstacles sont cependant nombreux et définir une feuille de route acceptable par l’Iran et par les États-Unis, les deux puissances ennemies, prendra du temps, préviennent les experts.

En attendant, Téhéran réduit son « breakout time », soit le délai pour acquérir la matière fissile nécessaire à la fabrication d’une bombe, s’inquiète le diplomate européen.

« Le ciel ne nous tombera pas sur la tête dès le lendemain du début de l’enrichissement d’uranium à 60 % par l’Iran », souligne Ali Vaez, « mais les préoccupations vont grandir dès qu’ils auront accumulé une quantité significative de matière ».

Selon lui, au cours des deux dernières décennies, « seule la diplomatie a prouvé son efficacité pour contenir le programme nucléaire iranien », tandis que « les sanctions ou le sabotage » ont invariablement échoué.

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