Nucléaire : L’Iran cesse de limiter son stock d’eau lourde et d’uranium enrichi
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Nucléaire : L’Iran cesse de limiter son stock d’eau lourde et d’uranium enrichi

Téhéran réclame des engagements de la part des signataires restants du JCPOA "dans les secteurs pétrolier et bancaire"

Le régime islamique a décidé de cesser d’appliquer « certains » de « ses engagements » pris dans le cadre de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015, a indiqué mercredi le ministère des Affaires étrangères iranien dans un communiqué.

L’Iran a décidé de cesser de limiter ses réserves d’eau lourde et d’uranium enrichi comme il s’y était engagé au titre de l’accord international de 2015 limitant son programme nucléaire, a indiqué le Conseil suprême de la sécurité nationale iranien.

Téhéran a limité jusqu’ici son stock d’eau lourde à 130 tonnes maximum, et ses réserves d’uranium enrichi (UF6) à 300 kg et a renoncé à enrichir l’uranium à un taux supérieur à 3,67 %.

Un an après la dénonciation de cet accord par les Etats-Unis, qui ont rétabli leurs sanctions contre l’Iran, Téhéran a donné « 60 jours » aux pays restant parties à ce pacte (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne et Russie) pour « rendre opérationnels leurs engagements en particulier dans les secteurs pétrolier et bancaire », sous peine de voir l’Iran renoncer à appliquer d’autres de ses engagements, a ajouté le Conseil.

La décision a été notifiée officiellement en début de matinée, à Téhéran, aux ambassadeurs des pays encore parties à cet accord (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne et Russie) après le retrait des Etats-Unis de ce pacte il y a exactement un an, indique le ministère.

« Si à l’issue de cette date butoir les dits pays ne sont pas capables de répondre aux exigences de l’Iran », Téhéran cessera alors d’observer les restrictions qu’il s’impose « sur le degré d’enrichissement de l’uranium » ainsi que sur les « mesures relatives à la modernisation du réacteur à eau lourde d’Arak », dans le centre de l’Iran.

Le Conseil ajoute que les mesures annoncées aujourd’hui (mardi) sont réversibles « à tout moment » si les exigences de l’Iran « sont prises en compte ». En cas contraire, « la République islamique d’Iran cessera progressivement ses autres engagements ».

« La fenêtre qui est ouverte actuellement pour la diplomatie ne le restera pas longtemps, et la responsabilité de l’échec [de l’accord nucléaire] et ses conséquences probables incomberont entièrement aux Etats-Unis » et aux autres parties à l’accord, ajoute Téhéran.

« Les mesures prises par les Etats-Unis, en particulier depuis un an mais aussi avant […] leur retrait [de l’accord] avaient clairement pour but de causer une interruption » de cet accord, a déclaré pour sa part le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, en visite à Moscou.

« L’Iran ne se retirera pas » de cet accord, et les mesures prises par Téhéran, d’une nature qui n’a pas été précisée, correspondent à un « droit » laissé aux parties à l’accord en cas de manquements par une autre partie, a insisté M. Zarif.

La Chine a appelé mercredi à maintenir l’accord international sur le programme nucléaire iranien, après la décision de Téhéran de cesser d’appliquer certains de ses engagements pris dans le cadre de ce texte signé en 2015.

« Maintenir et appliquer l’accord est de la responsabilité de toutes les parties », a déclaré devant la presse le porte-parole de la diplomatie chinoise, Geng Shuang. Pékin est partie à cet accord avec cinq autres pays (Iran, Allemagne, France, Grande-Bretagne et Russie) depuis le retrait des Etats-Unis.

Un responsable français a prévenu dimanche que l’Union européenne (UE) pourrait imposer des sanctions à l’Iran s’il violait certaines parties de l’accord nucléaire de 2015 limitant son programme nucléaire.

« Nous ne voulons pas que Téhéran annonce demain (mercredi) des actions qui violeraient l’accord sur le nucléaire, car dans ce cas, nous, les Européens, serions obligés de réimposer les sanctions conformément aux termes de l’accord », avait déclaré à Reuters ce responsable non identifié. « Nous ne le voulons pas et nous espérons que les Iraniens ne prendront pas cette décision. »

Washington envoie un porte-avions au Moyen-Orient pour mettre en garde Téhéran

Les Etats-Unis ont dépêché un porte-avions au Moyen-Orient, une manoeuvre accompagnée d’une mise en garde « claire et sans équivoque » de la Maison Blanche à l’Iran au risque de provoquer une dangereuse escalade un an après le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien.

« En réponse à des indications et à des avertissements inquiétants qui ont engendré une escalade, les Etats-Unis déploient le porte-avions et groupe aéronaval USS Abraham Lincoln et une force de bombardiers auprès du Commandement central américain de la région », a annoncé le conseiller à la sécurité nationale John Bolton dans un communiqué diffusé tard dimanche soir par la présidence américaine.

Ce déploiement vise à « adresser un message clair et sans équivoque au régime iranien: nous répondrons de manière implacable à toute attaque contre les intérêts des Etats-Unis ou de nos alliés », a-t-il prévenu.

« Les Etats-Unis ne cherchent pas la guerre avec le régime iranien mais nous sommes totalement préparés à répondre à toute attaque, qu’elle soit menée par procuration, par les Gardiens de la Révolution », armée idéologique de la République islamique d’Iran, « ou par les forces régulières iraniennes », a ajouté le conseiller du président Donald Trump.

Mark Dubowitz, du cercle de réflexion Foundation for Defense of Democracies, favorable à une ligne dure à l’égard de l’Iran, évoque « un pic d’informations » collectées par le renseignement sur « des projets d’attaques ».

Selon lui, l’Iran a donné son « feu vert » aux tirs de roquettes de Gaza vers l’Etat juif pour « détourner l’attention des Etats-Unis et d’Israël d’autres projets des Gardiens de la Révolution », comme par exemple de futures attaques contre les troupes américaines en Irak ou en Syrie.

D’autres observateurs émettent des doutes quant à la réalité de la menace.

La guerre des mots s’est intensifiée ces dernières semaines, notamment depuis que l’administration Trump a inscrit les Gardiens de la Révolution sur sa liste noire des « organisations terroristes » et a renforcé ses sanctions pour couper les exportations de pétrole iranien.

Mike Pompeo, dénonçant à son tour une « escalade » imputée à des « actes des Iraniens », a assuré que l’administration préparait depuis « un certain temps » ce déploiement.

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