Nucléaire/sites suspects : Téhéran, soutenu par Moscou, met en garde l’AIEA
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Nucléaire/sites suspects : Téhéran, soutenu par Moscou, met en garde l’AIEA

Un projet de résolution entend rappeler à l'Iran ses obligations de coopérer avec le gendarme du nucléaire alors qu'il refuse depuis plusieurs mois l'accès à deux sites suspects

La centrale nucléaire de Bushehr, à l'extérieur de la ville de Bushehr, dans le sud de l'Iran. (Crédit : AP Photo/Mehr News Agency, Majid Asgaripour)
La centrale nucléaire de Bushehr, à l'extérieur de la ville de Bushehr, dans le sud de l'Iran. (Crédit : AP Photo/Mehr News Agency, Majid Asgaripour)

L’Iran a averti mardi que la résolution envisagée par le Conseil des gouverneurs de l’AIEA rappelant formellement à l’ordre la République islamique parce qu’elle refuse l’inspection de deux sites suspects est « absolument contreproductive ».

L’ambassadeur iranien auprès des organisations internationales à Vienne, Kazem Gharib Abadi, a estimé que « la présentation de cette résolution appelant l’Iran à coopérer avec l’Agence et à satisfaire ses deux demandes est décevante et absolument contreproductive ».

Le Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est réuni depuis lundi et débat notamment d’une proposition de résolution visant la République islamique, soumise par l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne.

Le texte entend rappeler au pays ses obligations de coopérer avec le gendarme du nucléaire alors que Téhéran refuse depuis plusieurs mois l’accès à deux sites soupçonnés d’avoir abrité dans le passé des activités nucléaires non déclarées.

Dans une déclaration transmise aux médias, le représentant iranien prévient que si la résolution était adoptée, son pays « n’aurait d’autre choix que de prendre des mesures appropriées, dont les conséquences seraient supportées par les auteurs de telles approches à caractère politique et destructrices ».

L’adoption de résolution de l’AIEA critiquant l’un de ses membres est une démarche rare. La dernière visant l’Iran remonte à 2012. À ce stade l’adoption du texte aurait d’abord une portée symbolique mais elle peut être le prélude à une transmission du litige au Conseil de sécurité de l’ONU habilité à prendre des sanctions.

Les activités nucléaires présumées dont l’agence onusienne veut vérifier la nature se seraient déroulées il y a plus de 15 ans en Iran, et rien n’indique qu’elles se poursuivent ou constituent une quelconque menace à l’heure actuelle.

Mais en vertu de ses engagements auprès de l’AIEA, l’Iran est tenu d’accepter les inspections demandées, martèlent les responsables de l’institution garante de l’application du Traité de non prolifération (TNP). Téhéran considère au contraire ne pas « avoir à satisfaire toutes les demandes fondées sur des allégations malveillantes fabriquées par ses ennemis », selon l’ambassadeur qui accuse Israël d’être à l’origine des allégations contre les sites suspects.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov, à gauche, et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif, avant une conférence de presse conjointe de leurs présidents au Kremlin, à Moscou, le 28 mars 2017. (Crédit : Sergei Karpukhin/Pool/AFP)

De son côté, la Russie a promis mardi de soutenir fermement l’Iran contre les puissances occidentales.
« Il y a des développements actuellement à Vienne (siège de l’AIEA, ndlr) et des idées que nos amis occidentaux laissent flotter à New York » où siège le conseil de sécurité de l’ONU, a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, au début d’une rencontre à Moscou avec son homologue iranien Mohammad Javad Zarif.

« La situation est préoccupante (…) Nous nous opposerons très fermement à toute tentative d’utiliser cette situation pour manipuler le Conseil de sécurité et promouvoir un programme anti-iranien », a ajouté M. Lavrov, s’exprimant en anglais.

De son côté, M. Zarif a affirmé que de « dangereux développements » entouraient l’accord nucléaire de 2015 signé avec l’Iran, déjà en voie de délitement depuis le retrait des Etats-Unis en 2018.

« Nous ne permettrons pas que l’AIEA devienne un instrument néfaste pour ceux qui veulent détruire l’Accord nucléaire iranien et ceux qui s’opposent aux organisations internationales », a déclaré après la rencontre M. Zarif, ajoutant que l’Iran coopérait de « façon transparente » avec l’AIEA.

M. Lavrov a de son côté estimé que, « même si l’administration américaine trouve cet accord mauvais, Washington n’a pas le droit de punir l’Iran », accusant les Etats-Unis de « manipuler » le Conseil de Sécurité de l’ONU.

« Nous ferons tout pour que personne ne puisse détruire ces accords », a ajouté M. Lavrov au cours de cette conférence de presse commune.

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