Nucléaire : Téhéran dit n’avoir « aucune date » pour une 6ᵉ rencontre avec Washington
"Les États-Unis ont commis une violation flagrante du droit international au cours d'un processus diplomatique", a déclaré Esmaïl Baghaï en référence aux frappes du 22 juin

L’Iran a indiqué lundi qu’il n’écartait pas une rencontre avec les États-Unis pour des pourparlers sur son programme nucléaire interrompus en juin par l’Opération « Rising Lion » lancée par Israël, mais affirmé « qu’aucune date » n’était fixée.
Israël, ennemi juré de la République islamique d’Iran, et les pays occidentaux, États-Unis en tête, soupçonnent de longue date ce pays de vouloir se doter de la bombe atomique.
Téhéran, qui se défend vigoureusement d’avoir de telles ambitions militaires, dit développer le nucléaire pour des besoins civils, notamment pour l’énergie.
L’Iran et les États-Unis ont tenu depuis avril cinq cycles de discussions sur le nucléaire via le médiateur omanais, avant qu’Israël ne lance le 13 juin son opération en Iran, avec pour objectif d’éliminer la « menace existentielle » que représentent le programme nucléaire iranien et ses capacités en matière de missiles balistiques. S’en est suivi une guerre de douze jours.
Téhéran et Washington devaient se rencontrer le 15 juin, mais les discussions ont été annulées en raison de la guerre.
L’Iran a dit lundi ne pas écarter une reprise des pourparlers.
« Pour l’instant, aucune date, heure ni lieu précis n’ont été fixés pour une rencontre », a dit le porte-parole de la diplomatie, Esmaïl Baghaï.
Il était interrogé par des journalistes sur une rencontre entre Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, et Steve Witkoff, son interlocuteur côté américain dans les pourparlers nucléaires.
« Nous avons été sérieux dans le processus de négociation, nous y sommes allés de bonne foi mais, comme chacun a pu le constater, le régime sioniste [Israël] en coordination avec les États-Unis a agressé militairement l’Iran, avant un sixième cycle » de pourparlers, a souligné Baghaï.
Ambiguïté nucléaire
« Les États-Unis ont commis une violation flagrante du droit international au cours d’un processus diplomatique », a ajouté le porte-parole de la diplomatie iranienne.
Les États-Unis ont bombardé le 22 juin le site souterrain d’enrichissement d’uranium de Fordo, au sud de Téhéran, et des installations nucléaires à Ispahan et Natanz (centre). L’étendue précise des dégâts n’est pas connue.
Durant la guerre, Israël a mené des centaines de frappes sur des sites nucléaires et militaires iraniens et tué des scientifiques liés au programme nucléaire de l’Iran.
Israël affirme que son opération de grande envergure contre les principaux dirigeants du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, les scientifiques nucléaires, les sites d’enrichissement d’uranium et le programme de missiles balistiques était nécessaire pour empêcher la République islamique, qui a juré de détruire l’État juif, de se rapprocher de la fabrication d’armes atomiques.
L’Iran a riposté aux attaques israéliennes en lançant plus de 550 missiles balistiques et environ un millier de drones en direction d’Israël. Selon les autorités de la Santé, les attaques iraniennes ont fait 29 morts et des milliers de blessés en Israël. Les missiles ont touché des immeubles d’habitation, une université et un hôpital, causant d’importants dégâts.
Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Iran est l’unique pays non doté de l’arme nucléaire à enrichir de l’uranium à un niveau élevé (60 %), bien au-delà de la limite de 3,67 % fixée par l’accord international – connu sous l’acronyme JCPOA – conclu en 2015 avec les grandes puissances, dont les États-Unis se sont retirés en 2018, lors du premier mandat de Donald Trump.
Pour fabriquer une bombe, l’enrichissement doit être poussé jusqu’à 90 %, d’après l’AIEA.
Israël, qui maintient l’ambiguïté sur sa propre possession de l’arme atomique, détiendrait 90 ogives nucléaires, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).
Menaces de sanctions
L’accord de 2015 sur le nucléaire avait été conclu entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie) plus l’Allemagne.
Le texte accordait à l’Iran une levée progressive des sanctions internationales en échange d’un strict encadrement de ses activités nucléaires.
Une clause prévoit par ailleurs la possibilité de rétablir des sanctions onusiennes en cas de manquement de l’Iran à ses obligations. La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne menacent désormais d’y avoir recours.
Ce mécanisme « n’a aucune valeur juridique, politique ou morale », a estimé Baghaï, reprochant aux Européens de ne pas avoir tenu « leurs engagements ».
Après le retrait de Washington du JCPOA et le rétablissement des sanctions américaines, les pays européens avaient assuré leur attachement au texte et vouloir poursuivre des échanges commerciaux avec l’Iran.
Mais le dispositif initialement envisagé par les Européens pour compenser le retour des sanctions américaines a peiné à se concrétiser et des entreprises ont été contraintes de quitter l’Iran, confronté à une inflation galopante et une crise économique.







