Pour Obama, Israël perd sa crédibilité à propos de la paix
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Pour Obama, Israël perd sa crédibilité à propos de la paix

Selon le président américain, Netanyahu est prédisposé à penser que la paix est naïve, il conseille à Israël de « ne pas se laisser mener par la peur du danger »

Le président américain Barack Obama, pendant une interview avec la journaliste israélienne Ilana Dayan, le 2 mai 2015 (Capture d'écran : Canal 2)
Le président américain Barack Obama, pendant une interview avec la journaliste israélienne Ilana Dayan, le 2 mai 2015 (Capture d'écran : Canal 2)

Les dirigeants israéliens et palestiniens ont averti qu’Israël risque de perdre encore plus de crédibilité auprès d’une communauté internationale qui ne le juge pas engagé de façon assez crédible dans la solution à deux Etats.

Obama a fait ces déclarations lors d’une interview pour la Deuxième chaîne israélienne avec Ilana Dayan, donnée depuis la Maison Blanche, et diffusée mardi.

« Je ne vois pas la probabilité d’un accord-cadre », a-t-il affirmé en réponse à une question sur les chances des pourparlers de paix au cours de ses derniers 18 mois de mandat.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dit-il, n’a pas fait assez pour explorer les « politiques de l’espoir ». Obama a averti que cela pourrait rendre la tâche des États-Unis – de défendre Israël sur la scène internationale – plus difficile.

Le président a rappelé une déclaration faite par Netanyahu la veille des élections nationales, en mars, selon laquelle un Etat palestinien ne serait pas créé sous son mandat.

« Ces déclarations suggéraient la possibilité d’un Etat palestinien, mais il y a tant de mises en garde, tant de conditions, qu’il n’est pas réaliste de penser que ces conditions seront respectées dans un avenir proche. »

« Le danger est qu’Israël perde sa crédibilité. D’ores et déjà la communauté internationale ne croit pas qu’Israël soit sérieux à propos de la solution de deux Etats. »

Lorsque Netanyahu parle d’une solution diplomatique au conflit israélo-palestinien, « nous parlons de la paix dans l’abstrait […] C’est toujours demain, c’est toujours plus tard », se plaint Obama.

« Jusqu’à présent, nous avons repoussé les efforts déployés par les Européens parce que nous pensions que la seule manière d’avancer était que les deux parties travaillent ensemble. Mais s’il n’y a pas de perspectives pour un processus de paix réel, et que personne ne croit plus en la paix, alors cela deviendra plus difficile d’argumenter avec ceux qui se prononcent contre les constructions dans les colonies, ceux qui sont préoccupés par la situation actuelle », a déclaré Obama, laissant entendre que les États-Unis ne pourraient plus bloquer des résolutions visant à condamner Israël.

Interrogé sur sa faible popularité en Israël, Obama évoque un manque de communication entre lui et les Israéliens.

« Il y a beaucoup de filtres entre moi et les Israéliens », a-t-il dit, ajoutant que les Israéliens « ne reçoivent pas » ses messages directement de lui.

Mais il a souligné son engagement envers la sécurité israélienne.

« C’est un engagement solennel que j’ai fait… Il ne dépend d’aucune politique. Je considère que soutenir une patrie juive est une obligation morale pour nous. »

Dayan a interrogé le président sur le discours de Netanyahu au Congrès, le 3 mars, contre l’accord émergent avec l’Iran sur son programme nucléaire.

Netanyahu « se soucie beaucoup de la sécurité du peuple israélien, de son point de vue, il a fait ce qui est juste », a déclaré Obama. « Dans mon esprit, il est tout à fait dans l’intérêt d’Israël que l’Iran ne se dote pas de l’arme nucléaire. »

Evitant généralement de critiquer directement Netanyahu, Obama a offert son point de vue sur le discours du Congrès via une comparaison : « Si j’arrivais à la Knesset sans avoir d’abord consulté le Premier ministre, ou si je négociais avec M. [Isaac] Herzog [chef de l’opposition israélienne], certains protocoles seraient violés. »

Au début de l’interview, Obama a parlé de l’ « impératif moral » que représentent la création d’Israël et l’indépendance pour les Palestiniens. Les revendications morales d’ « une famille palestinienne à Ramallah » qui souffre des restrictions de déplacement « nous interpellent, m’interpellent ».

Abordant la relation complexe entre Obama et Netanyahu sur la question iranienne, Dayan a interrogé le président sur la possibilité qu’Israël frappe l’Iran sans en informer les Etats-Unis à l’avance.

« Je ne vais pas spéculer sur cela. Ce que je peux dire au peuple israélien est : je comprends vos préoccupations et je comprends vos craintes. »

« Devant le chaos incroyable qui s’est répandu au Moyen-Orient, l’espoir du printemps arabe qui a tourné au désastre dans des lieux comme la Syrie, la progression de l’EI [État islamique], les expressions continues d’antisémitisme et le sentiment anti-israélien dans la majeure partie du monde arabe, les roquettes venant de Gaza, l’accumulation des armes par le Hezbollah – les Israéliens sont préoccupés par la sécurité, et la sécurité d’abord. »

« Le Premier ministre Netanyahu est prédisposé à penser à la sécurité d’abord, à penser que la paix est peut-être naïve, à envisager les pires possibilités, par opposition aux meilleures possibilités des partenaires arabes et des partenaires palestiniens. »

Ces craintes animent les politiques actuelles de Jérusalem, a-t-il suggéré. Mais les Israéliens ne devraient pas se soucier uniquement du terrorisme et de la guerre immédiate, mais aussi des effets à long terme du maintien du statu quo en Cisjordanie et à Gaza, dit-il en faisant allusion à la possibilité qu’Israël perde sa majorité juive et à l’éventualité d’un violent soulèvement palestinien. Ces « tendances à long terme sont très dangereuses pour Israël. »

Le président a également abordé les importantes différences entre les Etats-Unis et Israël sur l’accord avec Téhéran qui est, selon lui, la meilleure façon d’assurer la sécurité pour l’avenir.

Obama mène une initiative diplomatique pour tenter de mettre fin à un conflit international de 12 ans entre Téhéran et l’Occident, tandis que Netanyahu décrie l’accord qu’il juge dangereux, déclarant qu’il « pavera la voie » à une bombe iranienne, et avertissant à plusieurs reprises que l’assouplissement des sanctions permettra au gouvernement iranien de continuer à parrainer le terrorisme et de fomenter des troubles dans la région.

Alors qu’Obama soutient publiquement l’accord émergent basé sur un accord-cadre conclu au début avril, Netanyahu le critique vivement, alléguant qu’il ne démantèlera pas les capacités de fabrication de bombes nucléaires iraniennes.

« Je peux, je pense, démontrer, sans me baser sur des espoirs, mais sur des faits, des preuves et des analyses, que la meilleure façon d’empêcher l’Iran d’avoir une arme nucléaire est un accord difficile et vérifiable. »

« Une solution militaire ne les en empêchera pas. Même si les Etats-Unis y participent, elle réduirait temporairement un programme nucléaire iranien, mais ne l’éliminerait pas. »

« Les sanctions non plus. Une solution militaire est temporaire. L’accord que nous négocions évite la construction d’une bombe nucléaire pour les 20 prochaines années. »

Les pays qui négocient avec l’Iran – les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Chine, la Russie et l’Allemagne – ont jusqu’au 30 juin pour signer un accord global et définitif, certains pays suggérant qu’il pourrait y avoir une prolongation du délai.

Les États-Unis affirment que l’Iran a accepté en principe des inspections renforcées de ses sites nucléaires par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), en particulier dans le cadre du protocole qui préconise des inspections à l’improviste. Néanmoins, plusieurs responsables iraniens ont qualifié ces demandes « d’excessives » et ont fini par les rejeter.

Netanyahu a rejeté mardi les commentaires d’Obama sur l’Iran, avertissant que l’accord permet tout sauf d’empêcher l’Iran de se doter d’un arsenal nucléaire. Grâce à l’accord, l’économie iranienne serait stimulée, permettant au pays de se livrer à plus d’activités terroristes, affirme Netanyahu.

Malgré leurs divergences d’opinion, Obama est resté optimiste au sujet de ses relations avec Netanyahu lors de l’entretien avec la Deuxième chaîne, se référant au Premier ministre israélien par son surnom « Bibi ».

« Quand je suis avec Bibi, nous avons de bonnes conversations ; elles sont dures, énergiques, mais j’aime l’affronter. »

Les relations entre les Etats-Unis et Israël sont plus fortes que deux individus ayant des orientations politiques différentes, a-t-il affirmé. « Je suis plus inquiet à propos d’une politique israélienne uniquement motivée par la peur, qui mène à une perte des valeurs fondamentales, que lorsque j’étais jeune et que j’admirais Israël de loin, j’admirais ce qui faisait l’essence même de cette nation. »

En fin de compte, il appartient au peuple d’Israël et à son gouvernement élu de décider de sa direction, a affirmé Obama, mais en tant qu’allié le plus important d’Israël, il a laissé libre cours à ses préoccupations. Certaines de ses critiques envers Israël, il les a également tenues à propos de son propre pays, a ajouté le président.

Les Etats-Unis ont traversé une période durant laquelle, « comme conséquence d’une peur réactive, nous avons commis des erreurs stratégiques très dommageables », déclare Obama, se référant aux guerres en Irak et en Afghanistan, suite auxquelles les Etats-Unis ont perdu beaucoup de crédibilité sur la scène mondiale. Dans certains cas – notamment lorsque des prisonniers irakiens ont été torturés – « nous avons perdu nos valeurs ».

« Je suggère respectueusement qu’Israël procède à la même autocritique, parce que si le pays ne le fait pas, vous pouvez perdre des choses, qui ne se limitent pas aux roquettes », a-t-il conclu.

L’AFP et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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