Obama : on doit critiquer Israël si c’est pour le défendre
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Obama : on doit critiquer Israël si c’est pour le défendre

Dans une interview pour The Atlantic, le président américain affirme que le régime iranien est "rationnel" sur sa survie

Le président américain Barack Obama applaudit à la fin des exercices de la Coast Guard Academy  à New London dans  le Connecticut  le 20 mai 2015. (Crédit photo: AFP PHOTO / NICHOLAS KAMM)
Le président américain Barack Obama applaudit à la fin des exercices de la Coast Guard Academy à New London dans le Connecticut le 20 mai 2015. (Crédit photo: AFP PHOTO / NICHOLAS KAMM)

Le président Barack Obama a défendu sa critique féroce du Premier ministre Benjamin Netanyahu suite aux élections de mars en Israël, en faisant valoir que ces critiques lui donnent de la crédibilité pour défendre l’Etat juif dans les arènes internationales, et a refuté les tentatives d’assimiler sa critique du gouvernement israélien à de l’antisémitisme.

Dans une grande interview avec Jeffrey Goldberg dans The Atlantic, Obama a déclaré que ses critiques envers Netanyahu, lequel avait mis en garde dans une vidéo frénétique le jour du scrutin que les citoyens arabes d’Israël se rendaient « en masse » aux urnes, étaient liées à « la nature même de l’amitié entre les Etats-Unis et Israël ».

Il a également dit que les propos tels que ceux tenus par Netanyahu ont « des conséquences en politique étrangère ».

Cette critique, qui a secoué les relations déjà lourdes entre les deux gouvernements, était due au fait que Netanyahu s’était écarté de « la langue même de la Déclaration d’Indépendance d’Israël, qui stipule explicitement que toutes les personnes sans distinction de race ou de religion doivent participer à part entière àla démocratie », a dit Obama, qui a également pris à partie Netanyahu pour avoir affirmé dans la campagne électorale qu’il n’y aurait pas d’Etat palestinien pendant son mandat.

Les deux déclarations faites par le Premier ministre semblaient destinées à rallier les électeurs de droite, mais son appel au sujet des électeurs arabes a également été largement critiqué comme étant raciste. Quelques jours plus tard, le Premier ministre a présenté des excuses devant un groupe de représentants de la communauté arabe qu’il avait invité à son bureau.

Benjamin Netanyahu dans un message le jour du scrutin, le 17 mars 2015 (Capture d'écran: YouTube)
Benjamin Netanyahu dans un message le jour du scrutin, le 17 mars 2015 (Capture d’écran: YouTube)

Obama avait fustigé alors Netanyahu pour ses propos, disant qu’ils étaient « contraires aux meilleures traditions d’Israël » et qu’ils « érodent le nom de la démocratie dans le pays ».

« Quand quelque chose comme cela se produit, cela a des conséquences en matière de politique étrangère, et précisément parce que nous sommes tellement proches d’Israël, le fait pour nous de simplement rester là et de ne rien dire aurait signifié que ce bureau, le Bureau ovale, a perdu sa crédibilité quand il aborde ces questions », a-t-il dit mardi à Goldberg dans l’interview qui a été publiée jeudi.

« Et quand je suis obligé de prendre la défense d’Israël sur la scène internationale, quand il y a là-bas de l’antisémitisme, quand il y a une politique anti-israélienne qui est fondée non pas sur les détails de la cause palestinienne, mais simplement sur de l’hostilité, je dois m’assurer que je suis tout à fait crédible en parlant contre ces sujets, et cela exige alors de moi d’être également honnête avec des amis sur la façon dont je vois ces questions.

« Mon espoir est qu’avec le temps, [le] débat reviendra sur un chemin où il y a un semblant d’espoir et non tout simplement la peur, parce je ressens comme si, tout ce que nous parlons est basé sur la peur », a-t-il affirmé.

Obama a évoqué beaucoup des personnalités et des symboles les plus emblématiques d’Israël pour souligner son soutien et son admiration de longue date pour l’Etat juif.

« Je me soucie profondément de la préservation de la démocratie juive, parce que quand je pense à comment je suis arrivé à connaître Israël, cela a été basé sur des images de… kibboutzim, de Moshe Dayan et Golda Meir, et le sentiment que non seulement nous créons une patrie juive sûre, mais nous sommes également en train de refaire le monde. De le réparer ».

Selon le président, l’Etat juif a été fondé sur les leçons tirées des difficultés et des persécutions, qui ont été appliquées à la façon dont il régit et traite les autres. Ces valeurs, selon lui, ont contribué à nourrir ses propres convictions politiques.

Barack Obama et Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche - 1er octobre 2014 (Crédit : AFP/ Jim WATSON)
Barack Obama et Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche – 1er octobre 2014 (Crédit : AFP/ Jim WATSON)

Malgré ses relations tendues avec Netanyahu, Obama a prétendu que la communauté juive aux Etats-Unis a toujours été en faveur de son approche, exprimant sa satisfaction du soutien de 70 % qu’il a recueilli parmi les Juifs dans sa dernière victoire électorale en 2012.

Sympathisant avec les inquiétudes juives dans le monde entier sur « l’émergence d’un antisémitisme plus manifeste et plus dangereux », Obama a reconnu que cette haine pourrait « rendre les gens peureux ».

Mais il a aussi mis en garde contre une assimilation du soutien de la communauté juive à un soutien inconditionnel à Israël.

« Il y a eu une tentative très concertée de la part de certaines forces politiques à assimiler le fait d’être pro-israélien, et donc d’être solidaire avec le peuple juif, avec un timbre en caoutchouc validant un aspect particulier de la politique sortant du gouvernement israélien, » a-t-il dit, en faisant allusion à ses détracteurs républicains.

« Si vous vous posez des questions sur la politique des implantations, cela signifie [pour eux que] vous êtes anti-israélien, ou que vous êtes antisémite ».

Il a dit qu’il « rejette complètement » la notion qu’un désaccord public avec le gouvernement israélien fasse de quelqu’un un anti-israélien, et par extension, un antisémite.

La « logique » iranienne quant à la survie
Goldberg a demandé Obama si le fait que le régime iranien est antisémite, et partant de cela, doté d’une vue déformée de la façon dont le monde fonctionne, ne devrait pas empêcher une stratégie de négociation qui traite Téhéran comme un acteur rationnel. Mais le président a répondu que l’instinct de survie du régime est plus puissant que les autres calculs, y compris sa haine des Juifs et ses aspirations impérialistes.

« Eh bien, le fait que vous êtes antisémite ou raciste, ne vous empêche pas d’être intéressé par votre survie » a-t-il dit.

« Cela ne vous empêche pas d’être logique sur la nécessité de garder votre économie à flot ; cela ne vous empêche pas de prendre des décisions stratégiques sur la façon dont vous restez au pouvoir ; et donc le fait que le chef suprême soit antisémite ne signifie pas que cela l’emporte sur toutes ses autres considérations ».

Téhéran, a-t-il poursuivi, ne prendra pas de décisions irrationnelles – une référence apparente au régime voulant se doter de l’arme nucléaire ou d’attaquer un autre pays – qui pourraient menacer sa survie.

« Ce sur quoi nous avons été très clairs [à propos] du régime iranien au cours des six dernières années, c’est que nous allons continuer à faire monter les coûts, non seulement pour leur antisémitisme, mais aussi pour toutes les ambitions expansionnistes qu’ils pourraient avoir », a-t-il precisé.

« Voilà ce que représentent les sanctions. Voilà ce que représente l’option militaire que, je l’ai dit clairement, je maintiens. Et donc je pense qu’il n’est pas du tout contradictoire de dire qu’il y a des souches profondes d’antisémitisme dans le régime, mais qu’ils sont aussi intéressés à se maintenir au pouvoir, ayant un semblant de légitimité à l’intérieur de leur propre pays ».

Les représentants des puissances mondiales et de l'Iran posant avant l'annonce d'un accord sur pourparlers nucléaires de l'Iran à Lausanne  le 2 avril 2015. (AFP / FABRICE COFFRINI)
Les représentants des puissances mondiales et de l’Iran posant avant l’annonce d’un accord sur pourparlers nucléaires de l’Iran à Lausanne le 2 avril 2015. (AFP / FABRICE COFFRINI)

Obama a affirmé que si l’Iran se dotait de l’arme nucléaire en dépit de l’accord émergent avec les États-Unis et les autres puissances mondiales, elle porterait son « nom » et cela constituerait un signe d’échec personnel.

« Regardez, dans 20 ans, je serai encore vivant, si Dieu le veut. Si l’Iran dispose d’une arme nucléaire, elle portera mon nom », a-t-il dit.

« Je pense qu’il est juste de dire que, en plus de nos intérêts profonds de sécurité nationale, j’ai un intérêt personnel à l’éviter. »

« Les Etats-Unis ne perdent pas contre l’État islamique »

Toujours dans l’interview, Obama a décrit la perte de territoires irakiens clé au profit de l’État islamique comme un échec tactique, tout en insistant sur le fait que la guerre contre le groupe djihadiste n’était pas perdue.

« Je ne pense pas que nous allons perdre, » a-t-il dit, quelques jours après que la ville irakienne de Ramadi ait été envahie. « Il ne fait aucun doute qu’il y a eu un revers de tactique, bien que Ramadi avait été vulnérable depuis très longtemps ».

Depuis août 2014, sur les ordres d’Obama, une coalition menée par les USA a frappé plus de 6 000 cibles en Irak et en Syrie par des frappes aériennes, dans le but d’humilier le groupe de l’Etat islamique.

Photo illustrative d'hommes brandissant un drapeau de l'Etat islamique, le 18 juillet 2014 (Crédit : AFP / Tauseef Mustafa)
Photo illustrative d’hommes brandissant un drapeau de l’Etat islamique, le 18 juillet 2014 (Crédit : AFP / Tauseef Mustafa)

Obama a refusé d’envoyer à nouveau des combattants américains en Irak, après une guerre longue et brutale après le renversement de Saddam Hussein.

Mais la déroute à Ramadi a remis en question la stratégie américaine et la crédibilité du gouvernement central irakien.

Obama a rejeté la faute sur un manque de formation et de renforcement des forces de sécurité irakiennes.

« Elles ont essentiellement été là pendant une année sans renforts suffisants, » a-t-il expliqué.

« Mais cela est révélateur que la formation des forces de sécurité irakiennes, les fortifications, les systèmes de commandement et de contrôle ne sont pas assez rapides à Al-Anbâr, dans les parties sunnites du pays ».

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