Obama, sa politique et les Juifs de Washington
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Obama, sa politique et les Juifs de Washington

Le président a reçu une réponse chaleureuse du public de la synagogue sur les questions nationales, mais c’est toute autre histoire pour sa politique sur Israël

Le président américain Barack Obama lors d'une conférence de presse au Sommet des Amériques, le 11 avril 2015 à Panama City (Crédit photo: AFP PHOTO / MANDEL NGAN)
Le président américain Barack Obama lors d'une conférence de presse au Sommet des Amériques, le 11 avril 2015 à Panama City (Crédit photo: AFP PHOTO / MANDEL NGAN)

WASHINGTON – L’élite politique juive de Washington, ou du moins le centre [gauche] non partisan de l’élite politique, a fait la queue pendant des heures vendredi autour du grand bâtiment de l’historique Congrégation Adas Israël dans le Parc Cleveland.

Le président Barack Obama s’est s’exprimé à la synagogue et les membres du public avec leurs billets voulaient être sûrs d’être à l’intérieur à l’heure pour entendre l’intervention du président prévue pour rendre hommage au Mois de l’héritage juif américain.

Beaucoup de personnes du public avaient déjà été à la Maison Blanche plusieurs fois, et certains encore plus souvent. L’événement de vendredi était pourtant différent. Le président était sur le terrain de la communauté juive pour y transmetre un message que l’on pourrait résumer ainsi : je suis de votre côté les gars.

En tant que la plus importante congrégation conservatrice de la ville, avec des fidèles assez libéraux pour accepter la décision de leur rabbin d’annoncer son homosexualité l’année dernière, Adas Israël a fourni au président la focalisation juste.

Obama est monté sur la bimah [l’estrade à la synagogue] sous une large inscription en hébreu où il était écrit « Sache Devant Qui Tu Es », portant respectueusement sur la tête un kipa blanche avec des rouleaux de la Torah de chaque côté.

Le discours a évoqué de nombreux points importants en réfléchissant sur l’expérience de l’immigration juive et les contributions des Juifs à la société américaine dans son ensemble.

Obama a mentionné la participation juive dans les luttes pour les droits civiques et le travail et a évoqué le rabbin Abraham, Joshua Heschel, traversant le Pont Edmund Pettus de Selma.

Parfois explicitement et parfois en glissant une référence discrète, Obama a parlé de sujets qui sont le pain quotidien des électeurs démocrates.

Il n’a pas mentionné la législation sur le commerce à venir qui a occupé le Congrès pendant des semaines, mais l’éducation universelle des jeunes enfants, l’accès à l’université avec des bourses et le les bienfaits de l’immigration sur la société américaine ont tous été évoqués.

Aucun de ces passages dans le discours (texte entier ici) n’a entraîné de salve d’applaudissement dans un public qui incluait pourtant les chefs des organisations qui ont fait pression sur ces questions.

Au lieu de cela, les applaudissements sont venus lorsque le président a parlé de la sécurité d’Israël et de son propre rapport avec l’Etat juif. Lorsqu’il a affirmé son soutien fort à Israël, les personnes présentes étaient passionées, conquises et unies.

Mais s’il y avait bien à nouveau des applaudissements et des exclamations avec « yeah » lorsqu’Obama a parlé du besoin d’un État palestinien aux côtés de l’État d’Israël, la réponse n’a pas été ici unanime.

En effet, certaines personnes présentes ont répondu avec un silence de pierre. La fracture était claire et révélatrice.

Si le discours d’Obama voulait rassurer le public, les Juifs américains dans leur ensemble, qu’il ne devrait pas être considéré comme une figure de division dans la communauté, la réception de cette remarque et d’autres passages complexes faisant référence à Israël a brossé un portrait beaucoup plus nuancé.

Les membres de l’auditoire soutenaient poliment ses commentaires sur l’identité juive. Ils le soutenaient tout autant lorsqu’il a évoqué les différentes politiques que les démocrates espèrent utiliser pour attirer les classes moyennes modérées aux élections présidentielles de 2016.

Mais si, comme de nombreux commentateurs l’avaient prédit à l’avance, il visait à rassembler la communauté juive américaine démocrate après des mois de tensions et de conflits internes, les réactions du public très sélect de Washington sur sa rhétorique semblait servir tout autant de signal d’avertissement que de vote de confiance.

Obama a reçu un accueil relativement chaleureux des représentants d’une communauté qui vote, selon la plupart des estimations, à 65-70 % pour des candidats démocrates et soutient particulièrement sa politique sociale progressive. Les lignes de fractures deviennent pourtant plus claires au moment où les sujets nationaux concernent Israël.

Le discours d’Obama a donc souligné le défi qui se dresse devant Hillary Clinton et les autres candidats démocrates dans la prochaine campagne à venir. Le soutien d’une large base pour les politiques nationales masque des divisions profondes, nuancées dans la communauté.

En s’exprimant devant de nombreux dirigeants juifs de Washington, Obama a démontré que l’expérience juive américaine peut encore être liée à un puissant appel rhétorique aux valeurs d’égalité et aux droits civiques.

Dans le même temps, un discours qui voulait montrer que soutenir Israël n’était pas biaisé ou partisan a laissé entrevoir une autre leçon : soutenir Israël, même parmi les enthousiastes d’Obama, est multidimensionnel et compliqué.

Dans de telles conditions, ce sera un véritable défi pour les prétendants à la succession d’Obama de Savoir Devant Qui Ils Sont.

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