Odeh défend le boycott des funérailles de Peres par son parti
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‘J’essaie de comprendre la douleur des juifs, avec l’Holocauste et les pogroms… Les juifs doivent comprendre notre douleur aussi’

Odeh défend le boycott des funérailles de Peres par son parti

Le chef des 13 députés de la Liste arabe unie a présenté ses condoléances à la famille du 9e président mais n’a “pas de place” en ce “jour de deuil national”

Le chef de file de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, pendant la réunion hebdomadaire du groupe parlementaire à la Knesset, à Jérusalem, le 22 juin 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef de file de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, pendant la réunion hebdomadaire du groupe parlementaire à la Knesset, à Jérusalem, le 22 juin 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le député Ayman Odeh, tête de la Liste arabe unie, a défendu vendredi soir la décision unanime des députés de son parti de ne pas assister aux funérailles du président défunt Shimon Peres.

Peres a été enterré vendredi au cimetière du mont Herzl à Jérusalem. Des dignitaires de plus de 70 pays ont assisté à ses obsèques, comme le président américain Barack Obama et l’ancien président Bill Clinton. Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et d’autres responsables du Fatah, ainsi que le ministre égyptien des Affaires étrangères étaient également présents, mais les absences du président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi et du roi de Jordanie Abdallah II ont été remarquées.

Avant les funérailles, Odeh avait déclaré que les membres de son parti n’y assisteraient pas, citant une histoire « compliquée ». Le parti, qui compte 13 députés, est également resté majoritairement silencieux depuis le décès de Peres mercredi matin, ne publiant ni hommage ni communiqué. Peres est mort deux semaines après un important accident vasculaire cérébral.

Sur la Deuxième chaîne vendredi, Odeh a déclaré que les obsèques de Peres faisaient partie d’un « jour de deuil national dans lequel je n’ai pas de place, ni dans le narratif, ni dans les symboles qui m’excluent, ni dans les histoires de Peres, un homme qui a construit les défenses d’Israël. »

Odeh a présenté ses condoléances à la famille et aux amis proches de Peres, et déclaré qu’il comprenait que la décision de ne pas participer aux obsèques était blessante pour les « forces raisonnables de la société israélienne », avec qui il a dit avoir construit des liens.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant les funérailles d'état du défunt 9e président Shimon Peres, au cimetière du mont Herzl, à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant les funérailles d’état du défunt 9e président Shimon Peres, au cimetière du mont Herzl, à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Le chef du parti majoritairement arabe, composé de Balad, Taal, Hadash et de la Liste arabe unie, a été sévèrement réprimandé par les experts de la Deuxième chaîne, qui ont affirmé que la décision de ne pas assister aux funérailles montrait un manque de leadership de sa part et une occasion ratée.

Odeh a répondu qu’il n’acceptait pas cette « interprétation condescendante » de ses actes, plaisantant ironiquement d’être arrivé dans le studio avec un gilet pare-balles contre la tempête de critiques que lui et les membres de son parti se sont attirés.

Odeh a déclaré que depuis l’AVC de Peres il y a deux semaines, et particulièrement depuis son décès mercredi, il était important pour lui « de ne pas blesser et de transmettre des messages qui peuvent être complexes et mal compris. »

« D’un point de vue humain et personnel, je ressens de la peine [après le décès de Peres], mais pas d’un point de vue national », a déclaré Odeh.

Said Haruf (de face), entouré de (de gauche à droite) Ola Zahar, dirigeante de Maantech, Shimon Peres, alors président, Boaz Maoz, PDG de Cisco Israël, du président américain Barack Obama et du Premier ministre Benjamin Netanyahu, en mars 2013. (Crédit : bureau du président)
Said Haruf (de face), entouré de (de gauche à droite) Ola Zahar, dirigeante de Maantech, Shimon Peres, alors président, Boaz Maoz, PDG de Cisco Israël, du président américain Barack Obama et du Premier ministre Benjamin Netanyahu, en mars 2013. (Crédit : bureau du président)

« J’essaie tellement de comprendre la douleur des juifs, avec l’Holocauste et les pogroms dont ils ont souffert. Les juifs doivent comprendre notre douleur [des Arabes israéliens] aussi, sinon il n’y a pas de réelle coexistence », a-t-il affirmé.

Odeh a annoncé que samedi, la communauté arabe israélienne marquait le 16e anniversaire des émeutes d’octobre 2000 pendant lesquelles 13 membres de la communauté ont été tués par la police lors d’une série de manifestations dans les villages arabes. Ils manifestaient contre les actions d’Israël à l’égard des Palestiniens au moment où la deuxième intifada commençait.

« Quelqu’un peut-il comprendre notre douleur [après ces évènements], ou cela n’intéresse-t-il personne ? », a demandé Odeh, qui a déclaré que l’un des morts était le plus jeune frère de son épouse.

« Quelqu’un du gouvernement assistera-t-il [aux cérémonies commémorant les morts] ? », a-t-il continué.

Peres, a-t-il déclaré, a fait « beaucoup de choses positives [dans sa vie] mais il y a des choses que nous ne pouvons pas pardonner [aux Israéliens], comme les évènements de 1948 [pendant la fondation de l’Etat d’Israël, quand des milliers de personnes de la communauté arabe ont fui ou ont été déplacées], Kfar Kassem [où 48 civils du village ont été tués par la police des frontières israélienne en 1956 quand ils ont violé sans le savoir un couvre-feu en rentrant du travail], et oui, les évènements d’octobre 2000. »

Peres s’était excusé officiellement des meurtres de Kfar Kassem, connus comme le massacre de Kfar Kassem, en 2007. « Un évènement terrible s’est produit ici dans le passé, et nous en sommes désolés », avait-il déclaré.

Odeh a déclaré que lui et son parti avaient décidé de rester silencieux après la mort de Peres « par respect ».

Jeudi, sur Twitter, Odeh avait écrit en hébreu que « le souvenir de Peres dans la communauté arabe est différent du narratif qui a été entendu ces derniers jours, et je comprends qu’il soit difficile d’entendre des messages si compliqués dans les moments suivant sa mort. »

Interrogé jeudi sur la radio militaire pour savoir s’il se rendrait aux funérailles de Peres, Odeh avait répondu que « je ne prendrais pas part à cette célébration de 1948, du réacteur nucléaire. Je pense que tous ces évènements ont été des tragédies pour un autre peuple, pour ma nation en 1948. »

Il a également déclaré que Peres était un « homme de sécurité, d’occupation et de construction de colonies qui a introduit le nucléaire au Moyen Orient et, malheureusement, a également été un président qui a choisi de soutenir Netanyahu et ses politiques. »

Odeh a continué en citant l’attaque de Qana en avril 1996, quand l’armée israélienne a tiré sur un complexe de l’ONU dans le village du sud du Liban, et a tué 106 civils.

Peres était Premier ministre à l’époque, et Odeh a déclaré à la radio militaire qu’il le tenait responsable de ce « massacre ».

Les remarques ont fait écho, mais de manière adoucie, à celles du député Basel Ghattas, également élu de la Liste arabe unie, qui a déclenché une tempête après avoir critiqué Peres il y a deux semaines, après son AVC.

Ghattas avait déclaré que Peres « était l’un des piliers du projet colonial sioniste, et l’un des hommes les plus méprisables, cruels, radicaux et durables [de son leadership]. »

Peres « a été le plus dommageable et calamiteux pour la nation palestinienne et les autres peuples arabes », a déclaré Ghattas.

Bien qu’il ait été ministre de la Défense et ait été considéré comme un faucon pendant ses premières années en politique, rejetant tout compromis avec les états arabes hostiles, Peres est ensuite devenu le visage du mouvement pacifiste du pays, portant l’héritage du Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin, qui était son partenaire pour les accords d’Oslo avec les Palestiniens.

Peres a déclaré s’être converti au pacifisme après 1977, quand le président égyptien Anwar Sadat a fait une visite historique à Jérusalem, entraînant le premier traité de paix israélo-arabe.

Shimon Peres avec le président égyptien Anwar Sadat. (Crédit : GPO)
Shimon Peres avec le président égyptien Anwar Sadat. (Crédit : GPO)

Peres a été reconnu dans le monde entier en remportant le Prix Nobel de la Paix, et, dans la fin de sa vie, est devenu célèbre en voyageant dans le monde entier pour prêcher un message de paix et de coexistence.

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