Officiel US : Israël responsable de la frappe mystérieuse qui a tué 22 Irakiens
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Officiel US : Israël responsable de la frappe mystérieuse qui a tué 22 Irakiens

Washington a attribué la responsabilité de l'attaque menée contre des combattants pro-régime à proximité de la frontière irakienne

Sur cette photo, de la fumée s'élève d'une frappe présumée sur une zone détenue par les rebelles dans le sud de la ville syrienne de Daraa (Crédit : / AFP PHOTO / Mohamad ABAZEED)
Sur cette photo, de la fumée s'élève d'une frappe présumée sur une zone détenue par les rebelles dans le sud de la ville syrienne de Daraa (Crédit : / AFP PHOTO / Mohamad ABAZEED)

Les Etats-Unis « ont des raisons de croire » que c’est Israël qui a mené dimanche soir des frappes nocturnes contre une force paramilitaire irakienne près d’al-Hari, dans l’est de la Syrie, a-t-on appris lundi auprès d’un responsable américain.

Un officiel de Washington ayant requis l’anonymat a indiqué à l’AFP avoir « des raisons de croire qu’il s’agissait d’une frappe israélienne ».

« Cette frappe n’a pas été menée par les Etats-Unis ou la coalition », a indiqué un porte-parole du Pentagone, Eric Pahon.

A Damas, les médias d’Etat syriens ont, eux, accusé la coalition anti-EI de l’attaque perpétrée contre al-Hari, une ville située à côté de la frontière irakienne et contrôlée par des milices régionales combattant au service de Bashar al-Assad dans cette guerre complexe qui dure depuis sept ans. Citant une source militaire, l’agence officielle Sana a affirmé que plusieurs personnes avaient été tuées et blessées par des appareils de la coalition, sans fournir de bilan précis.

Le Hachd al-Chaabi, supplétif crucial de l’armée irakienne dans le combat contre l’EI, a indiqué lundi que 22 de ses membres avaient été tués et 12 autres blessés lors de raids qu’ils ont attribués aux forces américaines qui ont démenti.

Une cinquantaine de combattants, syriens et irakiens, ont été tués lors de frappes perpétrées dans l’est de la Syrie, à la frontière de l’Irak, où les troupes du régime combattent le groupe Etat islamique (EI).

La coalition paramilitaire du Hachd al-Chaabi – placée sous l’autorité du Premier ministre irakien– compte en son sein des groupes proches de l’Iran, notamment les Brigades du Hezbollah, qui ont perdu plusieurs de leurs combattants dans ces frappes.

Certains de ces groupes pro-iraniens ont combattu dès 2011 en Syrie aux côtés du régime de Bachar al-Assad avant de répondre en 2014 à l’appel de la plus haute autorité chiite d’Irak qui a formé le Hachd pour bouter l’EI hors du pays.

Au moins trois corps de combattants des Brigades du Hezbollah ont été rapatriés dans la province agricole et pauvre de Zi Qar dans le sud de l’Irak, selon un correspondant de l’AFP.

En tout, selon le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, « 52 combattants » ont été tués, « y compris des soldats (syriens) et des membres de milices loyalistes ».

La coalition internationale dirigée par les Etats-Unis a démenti être l’auteur de ces frappes qui ont visé dans la nuit de dimanche à lundi la ville d’al-Hari, située près de la frontière irakienne.

« Il n’y a pas eu de frappes de la part des forces américaines ou de la coalition dans cette zone », a réagi auprès de l’AFP son bureau de presse.

Israël s’est refusé à tout commentaire, mais une frappe aussi loin de sa frontière serait un changement par rapport à la majorité des autres attaques en Syrie qui ont été attribuées par l’Etat juif, qui ont toujours eu lieu plus près des frontières de la Syrie avec Israël et le Liban.

Une porte-parole de l’armée israélienne interrogée par l’AFP a dit ne pas s’exprimer « sur des informations en provenance de l’étranger ».

La cible visée – apparemment des combattants des milices chiites irakiennes fidèles à Assad – marquerait également un changement pour Israël qui n’a attaqué dans le passé que les forces iraniennes et ses groupes mandataires, selon des informations.

Lors d’une réunion du cabinet qui a eu lieu dimanche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a averti que l’Etat juif « passe à l’action – contre les efforts visant à établir une présence militaire de la part de l’Iran et de ses mandataires en Syrie, que ce soit près de la frontière ou à l’intérieur du pays. Nous combattrons ces initiatives partout en Syrie ».

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme, basé à Londres, a précisé que 52 soldats pro-régime ont été tués dans cette frappe aérienne, ce qui en fait l’une des plus meurtrières de ces derniers mois.

« Parmi eux, il y avait au moins 30 soldats irakiens et 13 syriens, notamment des combattants et des membres des milices loyalistes », a commenté le chef de l’observatoire Abdel Rahman auprès de l’AFP.

Selon le responsable, certains blessés ont été pris en charge dans la ville voisine d’Albu Kamal tandis que d’autres ont traversé la frontière vers l’Irak.

Les forces du gouvernement syrien se réjouissent dans la ville de l’est de la Syrie de Deir Ezzor alors qu’ils continuent à avancer avec l’aide des avions russes dans l’offensive contre l’Etat islamique, le 11 septembre 2017 (Crédit : AFP Photo/George Ourfalian)

Les corps de trois combattants irakiens tués dans l’est syrien ont été rapatriés lundi en Irak pour y être inhumés. Ils combattaient au sein de la milice « Kataëb Hezbollah », une force irakienne liée au puissant mouvement terroriste du Hezbollah libanais, ennemi juré d’Israël.

Israël, ennemi juré de Téhéran, a conduit en mai des frappes aériennes sur des installations militaires en Syrie présentées comme iraniennes.

Dans le communiqué annonçant la mort de ses membres en Syrie, le Hachd al-Chaabi a affirmé qu’ils étaient déployés le long de la frontière poreuse avec la Syrie sur ordre des autorités irakiennes.

Or en soirée, le commandement militaire irakien a démenti avoir positionné des forces en territoire syrien, laissant entendre que les combattants tués avaient agi sans son consentement.

Regrettant la mort de ces combattants irakiens, il a toutefois affirmé avoir reçu l’assurance de la coalition internationale qu’elle n’était pas responsable de ces frappes.

Al-Hari est située dans la province de Deir Ezzor, riche en pétrole, où les forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par les Etats-Unis, et les forces gouvernementales syriennes, appuyées par la Russie, mènent des offensives distinctes contre l’EI.

Le groupe ultra-radical a perdu l’essentiel du territoire qu’il contrôlait en Syrie et en Irak. Mais il reste présent dans des zones désertiques transfrontalières, notamment Deir Ezzor.

Les forces gouvernementales contrôlent les terres à l’ouest du fleuve Euphrate, qui traverse la province, tandis que les FDS se battent pour expulser l’EI d’une série de villages situés sur la rive est, près de la frontière irakienne.

Une ligne de « déconfliction » longeant le fleuve est en place depuis 2017 afin d’empêcher tout affrontement entre pro-régime et FDS.

« Couloir vital »

La coalition, qui intervient en Syrie depuis 2014 pour combattre l’EI, a néanmoins frappé des forces du régime ces dernières années.

Le 24 mai, 12 combattants pro-régime ont péri dans un raid aérien contre des positions de l’armée syrienne au sud de Boukamal, ville reprise à l’EI par le régime en novembre dernier et située à quelques kilomètres de la frontière.

L’OSDH et des médias d’Etat syriens avait attribué cette frappe à la coalition, mais le Pentagone avait nié.

Le 7 février, la coalition a reconnu avoir tué au moins 100 combattants pro-régime – dont cinq Russes selon Moscou – dans la province de Deir Ezzor, en représailles à une attaque contre des positions des FDS.

Les frappes contre al-Hari interviennent au lendemain de la reprise par les FDS de Dachicha, un village situé dans le nord de la province de Hassaké.

Dachicha représentait un « fief important » de l’EI dans cette province et se trouvait sur un « couloir vital » reliant autrefois les territoires des jihadistes en Syrie et en Irak, selon le directeur de l’OSDH.

Déclenché en 2011 par la répression de manifestations pacifiques pro-démocratie, le conflit en Syrie s’est complexifié au fil des ans avec l’implication de pays étrangers et de groupes jihadistes, sur un territoire morcelé.

Il a fait plus de 350 000 morts et jeté à la rue des millions de personnes.

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