Options binaires : SpotOption et ses dirigeants accusés de fraude par la SEC
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Options binaires : SpotOption et ses dirigeants accusés de fraude par la SEC

Selon la plainte, la firme et ses propriétaires, Pini Peter et Ran Amiran, ont volé une somme d'environ 100 millions de dollars aux investisseurs américains

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

  • Le site de SpotOption offre une gamme d'outils et de services pour les entreprises d'options binaires, notamment des plateformes de paiement et de gestion de risque. (Capture d'écran : Spotoption.com)
    Le site de SpotOption offre une gamme d'outils et de services pour les entreprises d'options binaires, notamment des plateformes de paiement et de gestion de risque. (Capture d'écran : Spotoption.com)
  • Une cérémonie de consécration de rouleaux de Torah à la Grande synagogue de Tel Aviv parrainée par la firme d'options binaires SpotOption, le 24 août 2015. (Capture d'écran : Facebook)
    Une cérémonie de consécration de rouleaux de Torah à la Grande synagogue de Tel Aviv parrainée par la firme d'options binaires SpotOption, le 24 août 2015. (Capture d'écran : Facebook)
  • Pini Peter lors d'un événement 'Habad à Chypre. (Crédit : Facebook)
    Pini Peter lors d'un événement 'Habad à Chypre. (Crédit : Facebook)

Dans le cadre d’une procédure judiciaire s’attaquant à une entreprise qui a été le pilier de l’industrie frauduleuse des options binaires en Israël, la SEC (Securities and Exchange Commission) aux États-Unis, a engagé des poursuites contre SpotOption, une firme au cœur d’une escroquerie qui, pendant plusieurs années, a trompé des clients dans le monde entier, leur dérobant des milliards de dollars.

Deux des responsables de SpotOption sont aussi mis en cause dans la plainte.

La SEC a accusé vendredi la firme, dont le siège se trouvait à Ramat Gan, d’avoir fourni des plateformes à plusieurs centaines de compagnies de vente d’options binaires ainsi que ses deux actionnaires majoritaires, mettant en cause également Malhaz Pinhas Patarkazishvili (qui est aussi connu sous le nom de Pini Peter) et Ran Amiran, qui auraient ainsi extorqué plus de 100 millions de dollars à des investisseurs américains par le biais de « ventes en ligne frauduleuses et non-enregistrées de valeurs risquées connues sous le nom d’options binaires ». Le document judiciaire affirme par ailleurs que SpotOption a utilisé des tactiques « de manipulation trompeuses », notamment en truquant les plateformes de transaction, pour s’assurer que les investisseurs perdraient leurs fonds.

L’industrie des options binaires a prospéré en Israël pendant une décennie avant d’être interdite par la Knesset en octobre 2017, en grande partie grâce à un travail d’investigation du Times of Israel qui a commencé avec un article de mars 2016 intitulé « Les loups de Tel Aviv ». Un grand nombre des firmes israéliennes ont depuis relocalisé leurs activités, toujours frauduleuses, à l’étranger.

SpotOption a, en coulisses, reçu des centaines de milliers de dollars en financement gouvernemental, entre 2014 et 2016, pour élargir ses opérations en Chine, alors même que le Times of Israel révélait l’existence de l’escroquerie et que les régulateurs tentaient de faire interdire cette industrie.

SpotOption – la firme devait ensuite changer de nom, devenant Spot Tech House Ltd. – était le plus important fournisseur de plateformes pour les options binaires. Sa propre documentation commerciale précise que la compagnie comptait des centaines de sites internet clients, et les courtiers de SpotOption employaient des milliers d’Israéliens.

La tour Moshe Aviv de Ramat Gan, le plus grand immeuble israélien, où étaient installés les bureaux de Spot Option et de nombreuses autres compagnies d’options binaires. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)

SpotOption et ses actionnaires ont escroqué les investisseurs américains entre le mois d’avril 2012 jusqu’au mois d’août 2018, dit la SEC dans sa plainte au civil. Des sources proches de l’entreprise ont indiqué au Times of Israel que le montant total engrangé par SpotOption par le biais du commerce frauduleux des options binaires était, en fin de compte, bien plus considérable que les 100 millions de dollars avancés, et que la SEC a probablement utilisé un chiffre dont elle sera en mesure de prouver la véracité dans le cadre d’un « doute raisonnable ».

Les firmes frauduleuses d’options binaires offraient ostensiblement à des clients, dans le monde entier, la possibilité d’un investissement à court-terme potentiellement profitable. Mais en réalité – par le biais de plateformes commerciales truquées, du refus de débourser les fonds soi-disant gagnés et d’autres ruses – ces compagnies avaient escroqué la vaste majorité de leurs investisseurs, leur faisant perdre une grande partie, voire la totalité, de leur argent. Les commerciaux mentaient sur le lieu où ils se trouvaient, ils présentaient le produit qu’ils vendaient de manière erronée, allant jusqu’à utiliser de fausses identités.

Aucune procédure judiciaire n’a été lancée en Israël contre les milliers d’employés de l’industrie des options binaires. Le département américain de la Justice, pour sa part, a poursuivi plusieurs personnalités déterminantes de l’industrie, et notamment Lee Elbaz, directrice-générale de Yukom Communications Ltd., qui a été condamnée à 22 ans d’emprisonnement en 2019. Ses patrons, Yossi Herzog et Kobi Cohen, ont été mis en examen mais ils restent introuvables pour le moment.

Selon la plainte de la SEC, SpotOption a servi de portail unique pour les entrepreneurs désireux de lancer un site internet de commercialisation d’options binaires. Ces nouvelles firmes vendaient ensuite directement des options binaires aux clients, dans le monde entier, en omettant soigneusement de leur dire que leurs sites, et SpotOption, gagnaient de l’argent quand eux perdaient leurs fonds.

SpotOption fournissait à ses partenaires tout ce dont ils avaient besoin de lancer leurs opérations, note la SEC. Ce qui comprenait un site internet personnalisé, agréable pour les utilisateurs, un système de gestion de contenu et un logiciel qui permettait aux courtiers de créer des contenus sur leurs sites. Parmi les autres services offerts par SpotOption, une plateforme de traitement des paiements ainsi que des formations.

Une diapositive qui était présentée par SpotOption aux courtiers d’options binaires en expliquant comment mettre en place un centre d’appels. (Capture d’écran)

SpotOption avait commercialisé sa plateforme en disant à ses potentiels partenaires que « l’investisseur moyen perd 80 de ses investissements en l’espace de cinq mois », prétend la SEC.

La SEC fait également savoir que SpotOption a employé des tactiques « de manipulation trompeuses » pour faire en sorte que les investisseurs perdent leurs fonds, permettant à SpotOption de gagner de l’argent. Parmi ces pratiques, « la manipulation des plateformes de trading pour augmenter la probabilité que les transactions n’entraînent pas de profit », ainsi que l’offre d’un « bonus » aux investisseurs qui empêchait ces derniers de retirer leurs fonds.

Les cadres et employés de SpotOption en 2016 (Crédit : Facebook)

Selon la SEC, SpotOption a fait des milliers de victimes aux États-Unis, dont des retraités.

« Un grand nombre de ces investisseurs ont perdu la plus grande partie de leurs fonds, et, dans certains cas, ils ont perdu des centaines de milliers de dollars qui devaient leur permettre de vivre lorsqu’ils prendraient leur retraite. D’un autre côté, SpotOption et ses partenaires ont engrangé des millions de dollars de bénéfice, » précise la plainte de la SEC.

« La plateforme de transaction de SpotOption a soutenu une fraude mondiale aux options binaires », a déclaré Jennifer S. Leete, directrice-adjointe de la division judiciaire de la SEC dans un communiqué de presse qui a été émis en date du 19 avril.

« Dans le cadre de l’action que nous entreprenons aujourd’hui, la SEC est déterminée à travailler avec ses partenaires étrangers des instances de régulation pour poursuivre les personnalités qui, à l’international, ont escroqué les investisseurs américains », dit la plainte.

De la Géorgie au Kazakhstan et jusqu’en Israël

SpotOption était une firme fondée par Malhaz Pinhas Patarkazishvili, qui est également connu sous le nom de Pini Peter – un Israélien né en Géorgie et âgé de 45 ans.

En 2005, Patarkazishvili avait été condamné pour fraude, faux et usage de faux, ainsi que pour blanchiment d’argent dans la plus grande affaire de vol auprès d’une banque d’affaires au sein de l’État juif, l’affaire Etti Alon. Alon avait détourné une somme supérieure à 250 millions de shekels et il avait passé 14 années derrière les barreaux. Patarkazishvili, qui travaillait dans un bureau de change, Moneynet Allenby, échangeait les chèques détournés par Alon contre des liquidités sonnantes et trébuchantes.

Patarkazishvili avait été condamné à un an de prison pour ces délits, il avait – en vain – fait appel devant la Cour suprême. Finalement, sa peine de prison avait été commuée et il avait été condamné à six mois de service communautaire par le président israélien de l’époque, Shimon Peres.

Patarkazishvili était ensuite devenu le directeur-général d’une compagnie hi-tech, EIM Telecom, qui avait remporté un contrat lucratif visant à développer un réseau de télécommunication au Kazakhstan. Au mois de septembre, cette année-là, Patarkazishvili avait confié que l’accord, qu’il avait personnellement signé avec le ministre des Communications du Kazakhstan, devait assurer un revenu pour l’entreprise de dix millions de dollars par an – des propos qui avaient été rapportés par le quotidien économique Globes.

« C’est la première fois qu’une compagnie israélienne a la responsabilité du développement, dans son ensemble, d’un réseau de communication interne et externe dans un pays du centre de l’Asie », avait-il commenté.

Il avait fondé SpotOption en 2009, peu après avoir acheté une entreprise de machines de casino au Kazakhstan appelée Vulkan KSI.

La firme SpotOption s’était finalement élargie, exploitant des centaines de sites internet, selon sa propre documentation commerciale. Parmi ces sites, BigOption, IvoryOption, Lbinary et de nombreux autres.

Une marque notable de SpotOption appartenait à une firme d’options binaires russe appelée Trustforex. Le père de Patarkazishvili a été partenaire commercial, jusqu’à une date récente, d’Igor Gorbenko et de Boris Spektor au sein de Trustforex.

Gorbenko et Spector sont, pour leur part, des associés commerciaux de longue date de Yevgeny Prigozhin, sanctionné par le Trésor américain pour avoir exploité une usine à « trolls » qui était intervenue pendant les élections présidentielles américaines, en 2016, ainsi que pour ses « opérations pernicieuses en Afrique et en Europe », selon un communiqué de presse du 15 avril.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le fondateur de SpotOption Pini Peter lors d’un événement caritatif au bureau du Premier ministre, au mois d’octobre 2011. (Crédit : Berele Sheiner/File)

Pini Peter est un donateur majeur du mouvement ‘Habad et il a souvent fréquenté et rencontré d’éminentes personnalités israéliennes dans ce contexte caritatif.

Pini Peter lors d’un événement ‘Habad à Chypre. (Crédit : Facebook)

Il a été photographié aux côtés d’importants politiciens israéliens à de nombreuses occasions et notamment du Premier ministre Benjamin Netanyahu, de Benny Gantz, de Gideon Saar et d’autres.

Pini Peter (à gauche) avec Gideon Saar et d’autres lors d’une cérémonie marquant les 90 ans de la Grande synagogue de Tel Aviv, au mois d’août 2015. (Crédit : Shalom Lavi)

SpotOption avait parrainé une cérémonie à la Grande synagogue de Tel Aviv, en 2015, pendant laquelle de nouveaux de Torah avaient été consacrés. Les rouleaux avaient été déployés devant le logo de SpotOption.

Une cérémonie de consécration de rouleaux de Torah à la Grande synagogue de Tel Aviv parrainée par la firme d’options binaires SpotOption, le 24 août 2015. (Capture d’écran : Facebook)

Tandis que le plus important régulateur d’Israël travaillait sur une législation visant à mettre hors-la-loi l’industrie entière des options binaires et que le bureau du Premier ministre recommandait vivement d’interdire, partout dans le monde, ce commerce frauduleux, le gouvernement avait donné, en coulisses, de l’argent sorti des poches des contribuables pour permettre à SpotOption de s’élargir à l’étranger, avait révélé le Times of Israel en 2017.

Des subventions gouvernementales d’un total d’environ 270 000 dollars avaient été versées entre 2014 et 2016, les paiements continuant même après l’interdiction faite aux entreprises d’options binaires par les régulateurs israéliens de démarcher des clients au sein de l’État juif. Cette interdiction avait été faite au mois de mars 2016, soit un an avant que l’industrie soit entièrement proscrite par la Knesset.

La plainte de la SEC a été déposée auprès de la cour de district fédérale du Nevada. L’enquête a été menée par Deborah Maisel et par Jason Anthony.

David Horovitz a contribué à cet article.

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