Oscars : le sacrifice d’un groupe de secouristes syriens
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'Qui sauve une vie sauve toute l'Humanité'

Oscars : le sacrifice d’un groupe de secouristes syriens

"J'espère que les gens, surtout les gouvernements et les décideurs, qui vont voir ce film, vont intervenir pour faire cesser les bombardements qui continuent de viser quasi-quotidiennement les civils en Syrie", a déclaré Khaled Khatib

Un bénévole, membre des Casques blancs, transporte un enfant sauvé des décombres après un bombardement de la ville d'Alep, le 24 novembre 2016. (Crédit : Ameer Alhalbi/AFP)
Un bénévole, membre des Casques blancs, transporte un enfant sauvé des décombres après un bombardement de la ville d'Alep, le 24 novembre 2016. (Crédit : Ameer Alhalbi/AFP)

« Réveille-toi, nous avons gagné ! ». Khaled et Fadi s’étaient assoupis en regardant en direct d’Istanbul la cérémonie des Oscars au cours de laquelle le documentaire sur les secouristes des zones rebelles en Syrie, qu’ils ont filmé, a été primé.

Des membres de leur équipe présents à Los Angeles leur ont annoncé la nouvelle au téléphone peu après six heures du matin dans cette métropole turque. « J’ai réveillé Fadi en lui criant ‘lève toi vite ! notre film a remporté l’Oscar' », raconte Khaled Khatib, 21 ans, coordinateur presse de ce groupe de secouristes connus sous le nom de Casques blancs.

Il avait obtenu un visa pour les Etats-Unis afin d’assister à la cérémonie mais n’a finalement pas pu s’y rendre en raison d’un problème de validité de passeport.

Depuis que « Les Casques blancs » ont obtenu l’Oscar du meilleur court métrage documentaire, les téléphones portables des deux cousins sonnent sans discontinuer. Des amis les félicitent, d’autres, incrédules, cherchent à se faire confirmer la nouvelle, et des médias du monde entier sollicitent des interviews.

« Quand nous avons commencé à travailler sur le film, nous ne visions pas l’Oscar ou toute autre récompense, notre principal objectif était de montrer la souffrance des civils et de montrer au monde la vérité sur les Casques blancs dont les membres sacrifient leur vie pour sortir les gens des décombres », affirme Khaled.

« J’espère que les gens, surtout les gouvernements et les décideurs, qui vont voir ce film, vont intervenir pour faire cesser les bombardements qui continuent de viser quasi-quotidiennement les civils en Syrie », ajoute-il.

‘Des gens simples’

« Quand le film a été primé j’ai réalisé qu’il y avait une justice dans le monde, car ces gens-là font le métier le plus difficile du monde. Ils portent secours aux civils en s’exposant eux-mêmes aux bombardements. Beaucoup de leurs camarades ont d’ailleurs soit été tués ou ont eu des membres amputés », renchérit Fadi Khatib.

Agé de 23 ans, ce caméraman qui ne fait pas partie des Casques blancs, a tourné pendant près de deux ans des séquences dans la ville martyre d’Alep (nord de la Syrie) pour le film du réalisateur Orlando von Einsiedel. « J’ai filmé des gens simples, des menuisiers, des forgerons, des marchands de quatre-saisons, qui ont rejoint les Casques Blancs et tant que volontaires », confie-t-il.

« Nous espérons qu’avec ce film, le monde va voir qu’il existe bel et bien en Syrie un groupe qui cherche à sauver des vies et non pas à faire verser le sang », affirme Abdelrahmane al-Mawass, un autre porte-parole de ces secouristes.

Ceux-ci sont sortis de l’anonymat grâce à des vidéos poignantes relayées sur les réseaux sociaux les montrant, casques sur la tête, se ruer vers des lieux bombardés pour extraire des survivants, notamment des enfants, des décombres des immeubles détruits.

Au total, 162 Casques blancs ont perdu la vie depuis que le groupe a vu le jour en 2013, deux ans après le début de la révolte réprimée dans le sang par le régime de Bachar al-Assad. Il affirme avoir sauvé plus de 82.000 personnes depuis sa création.

Depuis 2011, la guerre en Syrie a fait plus de 320 000 morts et déplacé des millions de personnes.

Un ours en peluche enterré dans le sol d'une maison du quartier de Bab Kinnisrin à Alep, autrefois aux mains des rebelles, pendant une tempête de sable, le 10 mars 2017. (Crédit : Joseph Eid/AFP)
Un ours en peluche enterré dans le sol d’une maison du quartier de Bab Kinnisrin à Alep, autrefois aux mains des rebelles, pendant une tempête de sable, le 10 mars 2017. (Crédit : Joseph Eid/AFP)

Les détracteurs des Casques blancs, partisans du régime de Damas ou de la Russie, les accusent d’être des marionnettes aux mains des donateurs internationaux ou d’être liés à des groupes jihadistes comme l’ex Front al-Nosra lié à Al-Qaida.

« Le régime syrien et la Russie répandent de telles informations pour entamer notre crédibilité car nous avons montré au monde entier les crimes qu’ils commettent contre les civils en Syrie », affirme Khaled Khatib.

Les quelque 3 300 volontaires opèrent dans 120 centres dans huit provinces syriennes, uniquement en territoire rebelle, sous le slogan du Talmud « qui sauve une vie sauve toute l’Humanité ».

Le groupe est financé par plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Japon et les Etats-Unis. Il reçoit également de l’argent de particuliers pour l’achat de matériel, notamment des fameux casques qui coûtent 144,64 dollars (129 euros) pièce.

La coordination des dons est assurée par l’organisation à but non-lucratif Mayday Rescue, dont le siège est aux Pays-Bas.

Rencontré lundi à Istanbul, le directeur de Mayday Rescue, James Le Mesurier, a affirmé à l’AFP que les Casques blancs avaient reçu depuis 2013 « près de 10 millions de dollars » de la part de particuliers.

Quant aux dons gouvernementaux, ils ont atteint en 2016 le niveau record de quelque 50 millions de dollars, a-t-il ajouté.

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