Otto Freundlich : au Musée de Montmartre, hommage à un pionnier de l’abstraction
Rechercher

Otto Freundlich : au Musée de Montmartre, hommage à un pionnier de l’abstraction

Caché par une famille de paysans, il sera dénoncé et arrêté en 1943, envoyé à Drancy. À son arrivée au camp d’extermination de Sobibor, il sera immédiatement exécuté

L'affiche de l'exposition Otto Freundlich, la révélation de l'abstraction, visible au musée de Montmartre, à Paris, jusqu'au 6 septembre 2020.
L'affiche de l'exposition Otto Freundlich, la révélation de l'abstraction, visible au musée de Montmartre, à Paris, jusqu'au 6 septembre 2020.

Un hommage depuis longtemps dû est rendu au Musée de Montmartre à Otto Freundlich, influent artiste allemand d’origine juive, qui fréquenta les grands peintres de Paris et fut un pionnier généreux de l’abstraction, avant de finir victime de la Shoah en 1943.

Engagé dans le combat anti-nazi et antiraciste, et la lutte pour un art non figuratif, cet homme imposant né en Prusse dans une famille juive convertie du protestantisme, verra en 1937 sa sculpture « Grande tête » (1912) figurer en couverture du catalogue de l’exposition itinérante nazie « Entartete Kunst » (« Art dégénéré »). Son œuvre sera ensuite en partie détruite.

L’exposition, la première dans un musée parisien depuis 1969, réunit près de 80 œuvres – sculptures, peintures, vitraux, mosaïques, œuvres graphiques. S’y ajoutent documents, écrits et lettres d’artistes amis… Témoignages capitaux attestant de son courage d’homme libre jusqu’au bout.

La plupart des peintures viennent du Musée de Pontoise, dépositaire du fonds d’atelier de l’artiste.

« Une image lumineuse de l’art européen », un « art qui transmet des forces » : la peinture de Freundlich est « une addition d’éléments relativement autonomes qui s’appuient les uns sur les autres : vision métaphorique de ce qu’est pour lui la société idéale, une forme de communisme anti-matérialiste, où l’individu conserve sa liberté », analyse l’un des commissaires de l’exposition, Christophe Duvivier, directeur des musées de Pontoise.

« Sa vision s’opposera à l’art systématique où l’élément ne sera qu’un module interchangeable », souligne M. Duvivier. Si cette conception modulaire triomphe d’abord dans l’urbanisme d’après-guerre vu l’urgence de la reconstruction, les architectes seront ensuite influencés par la vision plus humaniste de Freundlich, autorisant la diversité, selon Christophe Duvivier.

« Construire à nouveau sur la beauté »

« Chez Freundlich, les choses sont comme les pierres d’un mur, comme des forces qui s’équilibrent… Contrairement par exemple aux circulations visuelles chez Delauney », note le commissaire.

« Freundlich était un saint laïc. Et il doit à ses hautes vertus d’être compté parmi les très rares élus qui se réalisèrent dans l’absolu de l’art abstrait », écrira le poète Géo-Charles en 1948.

Lorsqu’il débarque à Paris en mars 1908, Freundlich trouve asile au Bateau-Lavoir, en haut de la butte Montmartre, et son destin le lie à Paris, Montmartre, Montparnasse. Il engage une longue amitié avec Picasso, et rencontrera Braque, Apollinaire, Modigliani, Derain, Delaunay, Max Jacob, sans compter Kandinsky et Klee qu’il a connus auparavant à Munich.

Il n’est cependant pas marqué par le cubisme et s’intéresse au pouvoir expressif de la couleur.

Une des expériences marquantes de cet Allemand européen sera son séjour de mars à juillet 1914 dans l’atelier de restauration des vitraux de la cathédrale de Chartres. Les vitraux réceptacles de la lumière….

De nombreux artistes signeront un appel en 1938 pour acquérir une œuvre de Freundlich, à l’initiative de Picasso. La gouache « Hommage aux peuples de couleur » entrera alors dans les collections du musée national d’art moderne, au Jeu de Paume. Relation équilibrée au cosmos, abolition des frontières européennes, union des artistes de toutes les origines, seront ses mantras.

Christophe Duvivier décrit le processus de création de Freundlich comme celui d' »un jazzman: avec ses lignes et ses demi-ogives très caractéristiques, il avait une structure en tête, qui était sa grammaire. Comme des gammes. Dans ce cadre, il pouvait s’autoriser toutes les variations et libertés chromatiques ».

OttaoFreundlich, alors que son pays, l’Allemagne, s’apprête à attaquer la Pologne, écrira en 1939: « Que puisse arriver bientôt le jour où les hommes pourront à nouveau construire sur la beauté que les artistes leur offrent ».

Caché par une famille de paysans, il sera dénoncé et arrêté en 1943, envoyé à Drancy. À son arrivée au camp d’extermination de Sobibor, il sera immédiatement exécuté.

Exposition Otto Freundlich, la révélation de l’abstraction, musée de Montmartre  – jusqu’au 6 septembre.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...