Pakistan : une fatwa contre les crimes d’honneur
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Pakistan : une fatwa contre les crimes d’honneur

Un groupe de dignitaires sunnites condamne les récents meurtres de femmes qui ont ému le pays

Sabah, jeune pakistanaise survivante d'un crime d'honneur, dans le documentaire "Une fille dans la rivière" qui lui est consacré. (Crédits : capture d'écran YouTube / France 24)
Sabah, jeune pakistanaise survivante d'un crime d'honneur, dans le documentaire "Une fille dans la rivière" qui lui est consacré. (Crédits : capture d'écran YouTube / France 24)

Un groupe influent de dignitaires sunnites pakistanais a émis une fatwa condamnant les crimes perpétrés au nom de l’honneur, qu’un porte-parole a qualifiés d' »immoraux et injustifiables » lundi, après une série de meurtres de femmes qui ont choqué le pays.

Le Sunni Ittehad Council (SIC) a estimé que les meurtres, tels que celui d’une adolescente tuée par sa mère la semaine dernière à Lahore pour avoir épousé un homme de son choix, constituaient un « grand péché ».

Cet édit religieux est soutenu par une quarantaine de membres de ce conseil, une fédération d’organisations sunnites qui jouit d’une grande influence dans la province pakistanaise du Pendjab.

Allah a décrété que les femmes devraient être libre d’épouser la personne de leur choix, tant que les deux parties sont d’accord, a indiqué à l’AFP lundi le secrétaire général du SIC pour le Pendjab, le moufti Saeed Rizvi.

« Le meurtre, que cela soit d’une façon habituelle ou particulièrement cruelle (…) comme l’a subi l’innocente Zeenat à Lahore récemment, est un très grand péché. Tous les dignitaires l’ont sévèrement condamné et considèrent cela comme un acte illégal, anti-constitutionnel, anti-démocratique, immoral et injustifiable, que l’Etat doit tout faire pour faire cesser, » a-t-il déclaré.

L’islam, a-t-il ajouté, respecte le droit des femmes, alors que la soi-disant défense de l’honneur familial est alimentée par l’ « analphabétisme » et n’a rien à voir avec la religion.

Dans cette fatwa, les responsables musulmans réclament au gouvernement des lois permettant aux forces de sécurité et aux tribunaux de punir dans la semaine tous les coupables de tels crimes.

Des centaines de femmes sont tuées chaque année au Pakistan par des proches sous prétexte qu’elles auraient bafoué l’honneur familial.

« Une fille dans la rivière : le prix du pardon », un film sur une des rares survivantes de cette pratique, a été récompensé par l’oscar du meilleur documentaire court en février.

Dans la foulée, le Premier ministre Nawaz Sharif s’était engagé à éradiquer ce « mal », mais aucun texte n’a été voté depuis.

Vendredi, M. Sharif a ordonné une enquête approfondie sur le meurtre de Zeenat Bibi, pour lequel sa mère s’est accusée. Le même jour, un autre couple pakistanais était abattu pour s’être marié sans le consentement des familles.

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