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Pas de destitution pour Mayorkas, les organisations juives dénoncent l’antisémitisme

Selon elles, la demande de destitution du Secrétaire juif à l'Intérieur relève du complotisme du « Grand Remplacement » ; Le parti Républicain s'insurge contre l'afflux de migrants

Le secrétaire de la Sécurité du territoire Alejandro Mayorkas s'exprimant lors d'une conférence de presse au National Press Club, à Washington, le 9 septembre 2021. (Crédit : Jose Luis Magana/AP Photo)
Le secrétaire de la Sécurité du territoire Alejandro Mayorkas s'exprimant lors d'une conférence de presse au National Press Club, à Washington, le 9 septembre 2021. (Crédit : Jose Luis Magana/AP Photo)

WASHINGTON (JTA) – La Chambre des Représentants des États-Unis a voté à une très courte majorité contre la destitution d’Alejandro Mayorkas, Secrétaire juif à la Sécurité intérieure, à l’issue d’un processus qui, selon des organisations juives et la Maison Blanche, est entaché d’antisémitisme.

Le vote, mardi soir, s’est achevé sur le score de 216 voix contre et 214 pour la destitution, une défaite retentissante pour le président de la Chambre des Représentants, Mike Johnson, Républicain de Louisiane. Quatre Républicains ont voté contre la destitution au sein d’une chambre très divisée. Johnson a continué à plaider en faveur de la destitution alors même qu’il était patent qu’elle ne passerait pas.

Cela faisait un an que les Républicains de droite s’agitaient pour obtenir la destitution de Mayorkas, coupable à leurs yeux de fermer les yeux sur l’afflux de migrants à la frontière américano-mexicaine, ce qui constituerait pour eux une faute grave, de l’ordre du crime ou du délit, norme constitutionnelle opposable aux fonctionnaires, sous peine de destitution.

Ces derniers temps, le nombre de migrants à passer la frontière sud atteint des niveaux records, avec plus de 10 000 personnes chaque jour.

Les Républicains de la Chambre des représentants, à commencer par Johnson, ont fait part de leur intention de voter contre le projet de loi bipartite du Sénat destiné à renforcer la sécurité à la frontière tout en fournissant une aide à Israël et à l’Ukraine. Les Républicains de droite, et leur probable candidat à la présidence, Donald Trump, estiment que les dispositions de ce projet de loi ne vont pas assez loin.

La destitution a été rejetée le même jour que le projet de loi autonome sur l’aide à Israël, lui aussi rejeté par la Chambre.

Les Démocrates ont défendu l’action de Mayorkas, et quelques Républicains ont fait savoir que, même s’ils appréciaient peu son action, le fait de destituer des fonctionnaires pour ce motif créerait un précédent peu souhaitable. Mayorkas aurait été le premier membre du cabinet destitué depuis plus d’un siècle et demi.

Les opposants juifs à la destitution ont par ailleurs déclaré que les arguments anti-Mayorkas relevaient d’une forme d’antisémitisme. Dix-sept organisations juives ont publié une déclaration lundi, avant le vote, affirmant qu’une destitution ne ferait « que renforcer encore les dangereuses théories complotistes antisémites, suprémacistes blanches et anti-immigrés ».

Le président de la Chambre des Représentants des États-Unis, Mike Johnson, se rend à une réunion du caucus Républicain de la Chambre des Représentants au Capitole des États-Unis, à Washington, DC, le 6 février 2024. (Crédit : Kevin Dietsch/Getty Images via AFP)

Ces organisations citent à l’appui de leurs propos les allusions répétées des Républicains au « Grand Remplacement », théorie prétendant que les Juifs sont à l’origine d’un mouvement destiné à remplacer les Américains blancs par des immigrants de couleur.

« Les attaques contre le Secrétaire Mayorkas s’appuient sur la théorie dite du ‘grand remplacement’, adossée à de dangereux stéréotypes antisémites qui accréditent l’idée d’une vaste conspiration visant à favoriser une ‘invasion’ des immigrants, pour ‘remplacer’ les électeurs blancs et prendre le pouvoir aux États-Unis, ce qui alimente le sectarisme anti-immigrés et le suprémacisme blanc », indique un communiqué.

HIAS, principale organisation juive de défense de l’immigration et d’aide aux réfugiés, le Conseil national des femmes juives, le Conseil juif pour les affaires publiques et les branches des mouvements religieux réformé, conservateur et reconstructionniste ont, entre autres, signé cette déclaration.

Afin de prouver l’intention de Mayorkas d’enfreindre la loi, exigence clé dans toute procédure de destitution, le Représentant Mark Green, Républicain du Tennessee à la tête de la commission de la sécurité intérieure et à l’origine des accusations en vue de la destitution, avait déclaré le mois dernier que Mayorkas voulait « profondément changer la population des États-Unis et, je pense, donner indéfiniment le pouvoir au parti Démocrate ».

La Représentante Marjorie Taylor Greene, Républicaine de Géorgie très critiquée pour sa proximité avec des personnalités et théories antisémites, avait déposé une autre résolution en vue de la destitution accusant à plusieurs reprises Mayorkas de ne pas avoir protégé les États-Unis d’une « invasion ». Ce n’est pas cette résolution qui a été examinée mardi.

Cette semaine, l’American Jewish Committee avait adressé une lettre à tous les Représentants de la Chambre pour les inviter à ne pas voter en faveur de la destitution, notamment en raison des discours liés au débat.

« Certains affirment que le Secrétaire Mayorkas laisse volontairement entrer un grand nombre de migrants afin de modifier la démographie américaine, allusion à la théorie conspirationniste du Grand Remplacement enracinée dans la croyance que la race blanche est menacée d’extinction à cause des Juifs et d’autres minorités », indique la lettre que l’American Jewish Committee a communiquée à la Jewish Telegraphic Agency. « Ce genre de discours vénéneux est dangereux pour les Juifs, les Latinos et toutes les minorités vulnérables. »

La Représentante des États-Unis Marjorie Taylor Greene, Républicaine de Géorgie, avec le Représentant Matt Gaetz (à gauche), Républicain de Floride, prend la parole lors d’une conférence de presse, au Capitole à Washington, DC, le 6 février 2024. (Crédit : Roberto Schmidt / AFP)

Les inquiétudes soulevées par ces discours antisémites se sont aggravées mardi avant le vote lorsque Politico a rapporté que Green, lors d’une réunion houleuse avec des Républicains opposés à la destitution, avait qualifié Mayorkas de « reptile sans couilles ». La Maison-Blanche avait condamné cette déclaration, qualifiée d’antisémite et d’ « ignoble ». Green a nié toute intention antisémite.

Mayorkas, dont la mère avait survécu à la Shoah avant d’émigrer à Cuba puis aux États-Unis avec son mari juif, est proche de la communauté juive. Il plaide en faveur du relèvement des subventions de sécurité aux institutions juives, à la fois dans ses fonctions actuelles et lorsqu’il était secrétaire adjoint au sein de ce même département sous le président de l’époque, Barack Obama.

Il estime que sa sensibilité, en tant qu’enfant de réfugiés juifs, a façonné sa vision des choses, ce qui explique en partie le soutien qu’il reçoit de leur part face à ces attaques.

« Lorsqu’une conspiration antisémite et anti-immigrés est évoquée pour faire tomber un fonctionnaire juif, qui a siégé au conseil d’administration de la Hebrew Immigrant Aid Society, l’organisation qui a aidé ma propre famille à venir aux États-Unis après la Shoah et qui était citée par l’auteur de la plus grande attaque antisémite de toute l’histoire des États-Unis, alors mes antennes sont en alerte », a écrit mardi dans un éditorial pour Time Magazine Abe Foxman, directeur à la retraite de l’Anti-Defamation League.

Green a fait savoir qu’il tenterait à nouveau de faire destituer Mayorkas. Une telle destitution serait hautement symbolique car le Sénat, dirigé par les Démocrates, est peu encline à sanctionner Mayorkas.

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