Pays-Bas: Le gouvernement critique sa politique de restitution des œuvres d’art
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Pays-Bas: Le gouvernement critique sa politique de restitution des œuvres d’art

Selon une commission, le comité de restitution a nui à la réputation du pays en refusant de rendre certaines œuvres exposées par les musées - notamment un tableau de Kandinsky

Chloe van der Vlugt et Tritraan devant un tableau de Kandinsky disputé au Stedelijk Museum d'Amsterdam, aux Pays-Bas, le 10 juillet 2019 (Crédit : Cnaan Liphshiz/JTA)
Chloe van der Vlugt et Tritraan devant un tableau de Kandinsky disputé au Stedelijk Museum d'Amsterdam, aux Pays-Bas, le 10 juillet 2019 (Crédit : Cnaan Liphshiz/JTA)

AMSTERDAM (JTA) — Aux Pays-bas, réussir à prouver que les nazis ont volé les œuvres d’art qui avaient appartenu à vos aïeux n’est pas toujours suffisant pour pouvoir les récupérer.

Contrairement aux normes mises en vigueur ailleurs en Europe, la politique du royaume examine l’intérêt des héritiers de ces œuvres d’art tout en prenant également en compte l’intérêt des musées qui les exposent aujourd’hui. Dans certains cas, le gouvernement s’est prononcé en faveur des musées, concluant que des Juifs ne devaient pas pouvoir récupérer le bien familial.

Cette politique néerlandaise a été mise en cause par les tribunaux et soumise aux pressions internationales. Et aujourd’hui, une commission chargée d’évaluer les résultats obtenus par le pays en ce qui concerne la restitution des œuvres d’art pillées émet, elle aussi, des critiques.

Cette commission, qui est dirigée par un ancien député, Jacob Kohnstamm, a rendu public son rapport final dans la journée de lundi, une semaine avant le verdict d’un tribunal d’Amsterdam sur la tentative d’un musée hollandais de conserver un tableau de Wassily Kandinsky d’une valeur de 22 millions de dollars, qui avait été volé à ses propriétaires juifs par les nazis.

Le rapport de 86 pages, intitulé « Rechercher la justice », conclut que si les Pays-Bas ont été parmi les premiers à s’attaquer au problème de la restitution des œuvres d’art volées, « leur réputation, ces dernières années, a été endommagée par un nombre limité de refus ».

L’ancien député néerlandais Jacob Kohnstamm. (Capture d’écran : YouTube)

C’est la première fois que le gouvernement hollandais critique ouvertement son comité de restitution – une instance de conseil dont la création par le gouvernement, en 2002, a aidé le pays à devenir pionnier dans ce combat visant à rendre les œuvres volées à leurs propriétaires légitimes. Le responsable du comité a présenté sa démission la semaine dernière, sans donner l’explication.

Le refus de restituer le tableau de Kandinsky est le plus célèbre de tous. En 2013, le comité avait estimé que le Stedelijk Museum ne devait pas rendre la toile intitulée « Peinture avec maisons », même si elle avait été volée à la famille d’une survivante de la Shoah appelée Irma Klein.

Le comité avait alors cité « l’intérêt public » que représentait l’exposition du chef-d’œuvre au sein du Stedelijk, entre autres arguments, et n’avait rien dit sur une éventuelle indemnisation de Klein en retour. La peinture « a une place significative dans la collection du Stedelijk Museum », avait écrit la commission.

Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung avait raillé l’argument utilisé par le comité, résumant le situation en disant que le tableau « est bien trop joli pour être rendu ». La famille des héritiers légitimes avait porté plainte et un jugement doit être énoncé le 16 décembre.

Kohnstamm pense pour sa part que la cour devrait se prononcer en défaveur du musée.

« Quand on a un propriétaire légitime, il faut assurer la restitution », a-t-il commenté cette semaine alors qu’il était interrogé par un journal néerlandais.

Le rapport de Kohnstamm a également fait la liste de problèmes supplémentaires occasionnés par la politique de restitution mise en vigueur aux Pays-Bas, avec notamment une incapacité à faire « des recherches de provenance structurelles » comme l’exigent les principes de Washington sur les œuvres d’art confisquées par les nazis – un document historique datant de 1998 qui a été approuvé par 44 pays et notamment par la Hollande.

Le rapport a estimé que le processus de restitution n’était pas suffisamment transparent, « trop formaliste » et, selon les héritiers légitimes, « pas assez sensible » au vu de l’implication émotionnelle de la démarche de récupération.

Le président du comité depuis 2016, Alfred Hammerstein, a présenté sa démission la semaine dernière. Il n’a pas donné les raisons de son départ.

Au cours des 18 dernières années, le comité de restitution néerlandais a statué sur 163 demandes individuelles, approuvant pleinement 79 d’entre elles – soit 48 % des requêtes. 19 demandes ont été partiellement respectées et 39 % ont été rejetées.

Le rapport a noté que, selon les héritiers légitimes, le travail du comité était « lent ».

Dans un communiqué, le Conseil central juif des Pays-Bas a salué le rapport de Kohnstamm, disant que l’approche qu’il suggérait était « plus simple, plus sensible et plus juste » que celle pour laquelle le comité de restitution avait pu opter.

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