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Pays-Bas : Un ex-Premier ministre accusé de diffamation contre des Israéliens

L'organisation B'Tselem a dit ignorer tout de l'incident évoqué par Dries van Agt, qui a affirmé que des résidents d'implantations avaient empoisonné des Palestiniens

L'ex-Premier ministre Dries van Agt accueille un journaliste à son domicile de  Nijmegen, aux Pays-Bas, le 6 avril 2008. (Crédit : Cnaan Liphshiz)
L'ex-Premier ministre Dries van Agt accueille un journaliste à son domicile de Nijmegen, aux Pays-Bas, le 6 avril 2008. (Crédit : Cnaan Liphshiz)

JTA — Un ancien Premier ministre néerlandais, Dries van Agt, a déclaré dans un entretien récemment diffusé que des habitants israéliens d’implantations avaient « empoisonné » leurs voisins palestiniens en 2015. Les Juifs des Pays-Bas se sont insurgés, affirmant qu’il ne faisait que perpétuer la dite « diffamation de sang » antisémite, vieille de plusieurs siècles.

Le groupe de défense des droits de l’Homme B’Tselem, principale organisation israélienne consignant les atteintes présumées aux droits de l’Homme, a dit ne pas avoir connaissance de l’incident évoqué par l’ancien chef de gouvernement.

« Les colons qui avaient conquis la colline une semaine ou deux semaines plus tôt venaient frapper aux portes toutes les nuits pour pratiquer un maximum d’intimidation, pour leur dire de partir, et ils ont refusé », a déclaré Van Agt dans un entretien pour un documentaire sur l’antisémitisme diffusé au mois de novembre sur la chaîne KRO-NCRV. « Et un matin, quelque chose de terrible est arrivé : l’oliveraie et le potager, en-dessous – les colons s’installent toujours en haut des collines – ont été empoisonnés. Une petite fille de trois ans est tombée gravement malade. La seule explication est qu’elle avait bu le lait d’une chèvre empoisonnée. Elle a été empoisonnée. »

Sur les images, Van Agt, 90 ans, se met alors à pleurer, présentant ses excuses pour son accès de faiblesse. Selon lui, cet incident serait survenu en 2015 à proximité de Naplouse.

Le journaliste qui l’interroge, Frans Bromet, déclare alors que « ce genre de choses, ce n’est pas inhabituel ». Van Agt répond : « Oh non, c’est ce que disent ces gens merveilleux de l’organisation de paix. Et cela arrive en permanence dans les territoires occupés. »

Dror Sadot, porte-parole de B’Tselem, a expliqué que son groupe avait connaissance d’un seul cas d’empoisonnement présumé par des résidents d’implantations en 2005, un cas qui n’avait pas entraîné de victimes humaines.

Photo d’illustration : Un agriculteur palestinien à As-Sawiya, dans le nord de la Cisjordanie, dans son oliveraie ravagée, le 5 mai 2020. (Crédit : Yesh Din)

Le CIDI, principal groupe de veille de l’antisémitisme aux Pays-Bas, a accusé van Agt, qui a été Premier ministre de 1977 à 1982, de propager une diffamation de sang. Son président, Ronnie Eisenmann, a critiqué KRO-NCRV pour avoir diffusé le documentaire « sans vérifier l’exactitude de base » des affirmations de van Agt.

Kees Broer, auteur qui a beaucoup écrit sur le sentiment anti-israélien aux Pays-Bas, a écrit sur son site internet que van Agt faisait la promotion d’une théorie du complot commune.

Van Agt est accusé d’antisémitisme depuis 1970 – il affirme, de son côté, que ces mises en cause résultent du soutien qu’il apporte à la cause palestinienne. Il avait comparé Israël à l’Allemagne nazie en 2008 et pris la parole lors d’un rassemblement à Rotterdam au cours duquel un discours télévisé du leader du Hamas avait été diffusé. Le Hamas est considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis, Israël et d’autres.

Van Agt a également déclaré que les Juifs auraient « dû avoir des terres » en Allemagne plutôt qu’en Israël. En 2017, il avait salué le Parti travailliste néerlandais qui « fait preuve de bonté à l’égard des Palestiniens malgré le fort lobby juif » dans ses rangs, selon le Bureau central juif des Pays-Bas, ou CJO. En tant que ministre de la Justice, dans les années 1970, il avait avancé ses racines « aryennes » pour expliquer sa décision de gracier quatre criminels de guerre nazis pour des raisons de santé.

Van Agt avait déclaré cela à un journaliste en expliquant que son prédécesseur – qui était Juif – avait soutenu également cette grâce mais qu’il ne l’avait finalement pas accordée. Van Agt avait, pour sa part, une petite chance de réussir là où son prédécesseur avait échoué parce que lui était « seulement aryen », avait-il indiqué à son interlocuteur.

Finalement, les criminels n’avaient pas retrouvé la liberté pendant son mandat.

De son côté, le CJO a ouvertement qualifié van Agt d’antisémite pour la première fois en 2017.

La chaîne KRO-NCRV n’a pas répondu à une demande de réaction transmise à son porte-parole.

Le Forum des droits, organisation pro-palestinienne fondée par van Agt, a fait savoir qu’elle avait fait parvenir la demande de réaction soumise par JTA à van Agt. Ce dernier n’avait pas encore répondu au moment de l’écriture de cet article.

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