Israël en guerre - Jour 62

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Pays-Bas: Un réfugié syrien juif victime de l’antisémitisme en pleine guerre contre le Hamas

Après avoir couru un marathon avec les drapeaux israéliens et palestiniens, en hommage aux victimes du conflit, Shevan a trouvé sur sa porte une croix gammée et une étoile de David

Shevan, un immigrant syrien, a couru le marathon d'Amsterdam avec des drapeaux israéliens, palestiniens et ukrainiens. (Avec l'aimable autorisation de Shevan via la JTA)
Shevan, un immigrant syrien, a couru le marathon d'Amsterdam avec des drapeaux israéliens, palestiniens et ukrainiens. (Avec l'aimable autorisation de Shevan via la JTA)

JTA — Lorsque Shevan est arrivé aux Pays-Bas en tant que réfugié de guerre syrien, il s’est mis à la course. Cela l’a aidé à lutter contre les souvenirs traumatisants de son pays d’origine, où il a été arrêté pour avoir pris part à des manifestations pacifiques contre le régime d’Assad, en 2011.

Pendant les six mois passés en prison, Shevan dit avoir été torturé, violé et maltraité. Il a fui au Liban après sa libération et s’est enregistré auprès du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, ce qui lui a permis de s’installer aux Pays-Bas en 2013. Aujourd’hui âgé de 33 ans, ce Syrien juif homosexuel milite pour les causes LGBTQ et les droits humains.

Il avait prévu de courir le marathon d’Amsterdam, cette année, avec un drapeau ukrainien, pour dire sa solidarité avec ce pays dans lequel les victimes se comptent par milliers depuis l’invasion russe initiée en février 2022. Et puis, une semaine avant le marathon, la guerre a éclaté entre Israël et le Hamas.

Shevan a donc porté trois drapeaux lors de la course qui a eu lieu le 15 octobre. Il a ajouté le drapeau israélien pour rendre hommage aux 1 400 Israéliens tués, essentiellement des civils, et aux 240 otages aux mains du groupe terroriste du Hamas. Il s’est aussi présenté avec un drapeau palestinien, en hommage aux civils de la bande de Gaza, dont le ministère de la Santé dit que plus de 8 000 auraient été tués par les frappes aériennes israéliennes, à l’origine d’une effroyable crise humanitaire. (Les chiffres publiés par le groupe terroriste ne peuvent pas être vérifiés de manière indépendante et comprendraient ses propres terroristes et hommes armés, ainsi que les victimes des missiles égarés tirés par les divers groupes terroristes.)

Les familles et les amis des Israéliens retenus en otage à Gaza organisant un rassemblement devant le Musée d’art de Tel Aviv, le 26 octobre 2023. (Crédit : Gili Yaari /Flash90)

Shevan pensait que le fait de courir 42 kilomètres avec trois drapeaux sur le dos aiderait à propager son idéal de paix et de sécurité pour tous, du Moyen-Orient à l’Europe. Mais trois jours après le marathon, c’est une croix gammée rouge et une étoile de David qu’il a trouvées, peintes sur la fenêtre de son appartement, situé au rez-de-chaussée d’un immeuble d’Utrecht.

« J’ai couru pour la paix », explique Shevan, qui a demandé à la Jewish Telegraphic Agency de ne pas utiliser son nom de famille par crainte de représailles. « Que dois-je faire de plus ? J’ai couru, pour l’amour de Dieu, avec trois drapeaux. Cette situation me rend fou. »

Shevan explique que ce n’est pas la première fois qu’il est pris pour cible du fait de sa judéité, aux Pays-Bas : cela lui était déjà arrivé avant la guerre entre Israël et le Hamas. L’an dernier, il avait trouvé sa porte d’entrée couverte de croix gammées, d’étoiles de David et du mot « Juden ». En 2021, alors qu’il portait une kippa dans le train, il avait été agressé par un Néerlandais qui l’avait traité de « sale juif » entre autres injures antisémites. Il a déposé plusieurs plaintes auprès de la police, sans qu’elles ne donnent lieu à des arrestations.

Depuis le 7 octobre, Shevan redouble de prudence. Il ne porte plus de kippa en public et il a retiré la mezouza et le panneau indiquant « Shalom » en hébreu et en anglais, qui ornaient sa porte d’entrée. Depuis l’épisode de la fenêtre, il ne dort plus chez lui. Il utilise son appartement pendant la journée et dort chez des amis.

« Ce à quoi je suis confronté en ce moment n’a rien à voir avec ce que j’ai vécu en Syrie », commente-t-il. « Mais j’aimerais qu’une fois dans ma vie, justice soit faite. Je ne veux pas qu’on me traite de ‘sale juif’, ou de ‘sale gay’, ou de ‘sale quoi que ce soit’. J’aimerais juste pouvoir vivre en paix. »

La fenêtre de Shevan récemment vandalisée. (Avec l’aimable autorisation de la JTA)

Selon Naomi Mestrum, directrice du Centre d’information et de documentation d’Israël (CIDI), groupe de suivi de l’antisémitisme aux Pays-Bas, les Juifs néerlandais font souvent état de réactions négatives lorsqu’il y a des combats en Israël.

Seuls 30 000 Juifs vivent aux Pays-Bas. La communauté a été décimée par la Shoah puisque l’on estime à 100 000 le nombre de personnes tuées dans les camps de la mort. Aujourd’hui, de nombreux Néerlandais n’ont aucune idée de l’histoire juive de leur propre pays. En début d’année, un sondage de la Claims Conference a révélé qu’une majorité de résidents néerlandais ne savaient pas que la Shoah y avait eu lieu.

Le manque d’informations sur les Juifs ou de familiarité avec eux est de nature à attiser les préjugés, explique Mestrum. Cela peut également contribuer à aggraver l’amalgame fait entre les Juifs des Pays-Bas et les décisions prises par le gouvernement israélien.

« La communauté est très petite, ce qui fait que la plupart des gens, aux Pays-Bas, n’ont peut-être même jamais rencontré de Juifs », explique-t-elle à la JTA. « Cela fait d’eux des créatures un peu étranges, lointaines – bref, c’est l’inconnu. »

À l’instar d’autres régions d’Europe et même des États-Unis, les Pays-Bas ont connu des débordements publics suite au bombardement de Gaza par Israël et à la crise humanitaire qui s’en est suivie. Des milliers de manifestants néerlandais ont exigé un cessez-le-feu et une augmentation de l’aide à Gaza, et des militants ont occupé l’entrée de la Cour pénale internationale de La Haye la semaine dernière.

Des manifestants brandissent des banderoles devant la Cour pénale internationale, à La Haye, aux Pays-Bas, pour lui demander de poursuivre l’armée israélienne pour crimes de guerre, le vendredi 29 novembre 2019. (Crédit : AP/Peter Dejong)

Shevan sympathise avec tous ceux qui appellent à la paix. Il s’est rendu en Israël et a rencontré des Israéliens et des Palestiniens qui militent en faveur d’une résolution pacifique de ce conflit vieux de plusieurs décennies, y compris la militante pacifiste canado-israélienne Vivian Silver, enlevée par le Hamas le 7 octobre dernier. Il est consterné par la réaction d’une de ses voisines néerlandaises, manifestement indignée par le gouvernement israélien.

« Quand la guerre a commencé entre Israël et le Hamas, j’étais au supermarché et elle m’a demandé : ‘Combien de Palestiniens votre peuple a-t-il tués aujourd’hui ?’ ».

« Mais qu’est-ce que c’est que cette question, pour l’amour de Dieu ? Combien de Palestiniens mon peuple a-t-il tués aujourd’hui – mon peuple ? Qu’entendez-vous par mon peuple ? »

Esther Voet est la rédactrice en chef du Nieuw Israelietisch Weekblad, un hebdomadaire juif néerlandais. C’est le plus ancien magazine d’information des Pays-Bas – en activité depuis 1865 – et le seul hebdomadaire juif du pays, avec un lectorat compris entre 20 000 et 25 000 dans un pays qui ne compte que 30 000 Juifs.

Des journalistes prennent des photos de la maison-musée rénovée d’Anne Frank à Amsterdam, aux Pays-Bas, le mercredi 21 novembre 2018. (Crédit : AP Photo/Peter Dejong)

Après les attaques du Hamas, le 7 octobre dernier, Voet a déclaré que ses bureaux avaient reçu un très grand nombre d’appels. De nombreux abonnés ont demandé de faire changer les procédures de livraison : ils ne voulaient pas que leur magazine arrive dans leur couverture en plastique transparent habituelle. A défaut de changer l’emballage, certains lecteurs ont dit qu’ils annuleraient leur abonnement.

« Nous avons décidé de mettre notre magazine sous enveloppe blanche anonyme afin que les voisins ne sachent pas que [les abonnés] sont Juifs », explique Voet à la JTA.

Au CIDI, Mestrum a également été submergée d’appels de familles juives inquiètes.

« Nous recevons beaucoup d’appels téléphoniques de parents inquiets que leurs enfants aillent à l’école », dit-elle. « On nous a raconté que des enfants avaient entendu des choses très méchantes, des éloges d’Hitler ou du Hamas, qui a terminé le travail d’Hitler. »

Le 13 octobre, les trois écoles juives d’Amsterdam ont fermé leurs portes par mesure de précaution, suite à l’appel d’un ancien dirigeant du Hamas à manifester dans les rues du monde musulman, ce jour-là. Certaines synagogues de la ville ont signalé une augmentation des menaces ces dernières semaines.

Chanan Hertzberger, président du Conseil central juif des Pays-Bas, a déclaré à la JTA que son organisation avait demandé le renforcement des mesures de sécurité autour des synagogues et des écoles juives. Plusieurs villes néerlandaises ont rapidement renforcé les mesures de protection des institutions juives suite aux attaques du Hamas, et le Premier ministre Mark Rutte a déclaré que son gouvernement était « très attentif » à la question.

Mais de nombreux membres de la communauté juive ont encore peur, estime Hertzberger. Et alors que l’antisémitisme reprend de la vigueur chez eux, ils ne peuvent même plus se dire qu’Israël pourra être leur refuge.

« C’est un coup très dur pour la communauté », dit-il. « Nous avons toujours considéré Israël comme l’endroit où nous pourrions toujours aller, quoi qu’il arrive. »

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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