Pays-Bas : une taskforce appelle les universités à mieux protéger leurs étudiants juifs – rapport
Le groupe de travail accuse un climat d’intimidations, de violences, et de mise à l’écart et appelle à clarifier les règles encadrant les manifestations étudiantes

Un groupe de travail mandaté par le gouvernement néerlandais appelle les universités à faire « davantage » pour protéger étudiants et employés juifs, à la suite des mouvements de protestation anti-Israël qui ont secoué le pays depuis le 7 octobre 2023, selon un rapport publié lundi.
« L’antisémitisme est en hausse aux Pays-Bas », écrit le groupe de travail. « Ces dernières années, les Juifs se sentent de moins en moins en sécurité dans notre société. »
Le président de la taskforce, Jaap Smit, reconnaît le droit des étudiants à manifester, et le défend même comme un « grand bien, y compris lorsqu’il s’agit de protester contre le gouvernement israélien ». Il estime, néanmoins, que ce droit ne saurait s’exercer au détriment de la sécurité, « en particulier celle de la communauté juive », et regrette un manque d’anticipation et de mesures préventives.
Le rapport recommande aux directions des établissements d’appliquer des règles plus claires et, lorsque des limites sont franchies, d’intervenir plus rapidement pour retirer banderoles, contenus et slogans jugés antisémites, afin que les étudiants et employés juifs puissent poursuivre leurs activités sans intimidation au sein des établissements.
Le rapport souligne que l’intitulé même de la « Taskforce Antisemitismebestrijding » (groupe de travail de lutte contre l’antisémitisme) aurait suscité des réserves, certains y voyant une association automatique des protestations à de l’antisémitisme, ce qui aurait rendu plusieurs interlocuteurs plus réticents à coopérer. La taskforce indique toutefois avoir échangé avec plus de 120 personnes – responsables universitaires, enseignants, étudiants, employés, élus locaux et acteurs des manifestations – entre avril 2025 et janvier 2026.
Tout en affirmant que les protestations « en elles-mêmes » n’étaient pas antisémites, la taskforce insiste que, quand bien même une action reste dans les limites du droit, elle peut être vécue comme antisémite par ceux qui la subissent. Elle précise que certains manifestants auraient ainsi volontairement poussé les limites du discours acceptable, entrant dans ce qu’elle qualifie de « zone grise ».
Outre Jaap Smit, le groupe de travail était composé du président du Centraal Joods Overleg (Conseil central juif), d’une professeure émérite de droit pénal, ainsi que, jusqu’en décembre, de la présidente du conseil d’administration de l’université de Maastricht. Le groupe a également étudié des sit-in organisés dans des gares.
La situation dans les universités néerlandaises s’inscrit dans un mouvement plus large observé dans de nombreux pays, dont les États-Unis, marqué par des manifestations virulentes, parfois accompagnées de violences à l’encontre d’étudiants et de membres du corps professoral juifs, de dégradations matérielles, de vandalisme et de menaces. En 2024, certaines cérémonies de remise de diplômes avaient dû être annulées ou reportées en raison de risques de perturbations.
Elle intervient également dans un contexte de hausse significative des actes antisémites à l’échelle du pays, marqué par plusieurs incidents violents, dont des agressions visant des supporters israéliens en marge du match entre l’Ajax Amsterdam et le Maccabi Tel Aviv.
Ces protestations ont débuté au lendemain du pogrom perpétré le 7-Octobre par le groupe terroriste palestinien du Hamas qui a déclenché la guerre.
Selon la taskforce, ces tensions ont eu un impact profond sur une communauté estimée entre 2 000 et 3 000 Juifs étudiant ou travaillant dans l’enseignement supérieur.
Des témoignages font état d’insultes répétées, de pressions pour condamner la guerre avec des termes imposés, d’ostracisme au travail ou en cours, et parfois de la nécessité de cacher son identité. La NOS rapporte qu’environ dix employés seraient encore en arrêt, évoquant un climat jugé « invivable ».
Les universités néerlandaises ont réagi en rappelant que leurs campus doivent rester sûrs pour tous. Caspar van den Berg, président de l’association des universités, a jugé « inacceptable » que des étudiants et employés juifs ne s’y sentent pas en sécurité ou pas les bienvenus. Du côté de l’université Radboud, sa présidente, Alexandra van Huffelen, a souligné que la sécurité de chaque individu devait primer sur les indicateurs globaux de satisfaction.
Des responsables universitaires ont également rappelé que la lutte contre l’antisémitisme devait s’accompagner du maintien d’un espace ouvert au débat et à la diversité des opinions sur les campus.
Sans surprise, le rapport a été dénoncé par certains cercles étudiants pro-palestiniens, qui accusent la taskforce d’assimiler des protestations contre la politique israélienne à de l’antisémitisme et estiment que ses recommandations pourraient restreindre la liberté de mobilisation étudiante.
La taskforce estime par ailleurs que l’antisionisme devient antisémite lorsqu’il nie le droit du peuple juif à l’autodétermination. Le slogan « From the river to the sea » est cité comme pouvant, selon le contexte, servir de message codé hostile aux Juifs, tout comme des slogans explicitement anti-sionistes relevés lors de manifestations.
Le rapport recommande des règles internes plus claires et une meilleure coopération avec les autorités locales et la police. Il préconise également une formation spécifique des personnes de confiance pour identifier les incidents antisémites, ainsi que codes de conduite, sanctions disciplinaires et l’élaboration de campagnes contre la discrimination incluant explicitement l’antisémitisme.
Le gouvernement est invité à soutenir financièrement et juridiquement ces mesures.
Selon le groupe de travail, les établissements, les municipalités, la police et le ministère public peinent encore à prévenir les débordements et le sentiment d’insécurité. « Les Juifs continuent d’être abordés et intimidés, tant en cours qu’en dehors et en ligne », indique le rapport, qui souligne néanmoins que plusieurs mesures ont été prises ces deux dernières années pour améliorer la sécurité sur les campus.
Sur X, l’ancien responsable politique libéral conservateur, Geert Dales (VDD) et ancien président du parti 50PLUS a accusé la maire d’Amsterdam, Femke Halsema, d’avoir contribué à la situation en autorisant des slogans hostiles lors de l’inauguration du Musée national de l’Holocauste.
Sur les réseaux sociaux, le rapport a suscité des réactions contrastées. Certains internautes estiment qu’il confirme un sentiment d’insécurité croissant pour les étudiants juifs et reprochent aux universités d’avoir trop tardé à agir. D’autres utilisent ces conclusions pour critiquer plus largement la politique migratoire ou la gestion universitaire. À l’inverse, certains groupes étudiants craignent que les recommandations puissent limiter la liberté de protestation sur les campus.







