Pékin refuse que des Chinois travaillent dans les implantations
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Pékin refuse que des Chinois travaillent dans les implantations

Un accord entre Israël et la Chine sur le travail des ouvriers du bâtiment doit réguler l’emploi des ouvriers chinois

Un ouvrier en bâtiment chinois assis en face de la Knesset, le 8 janvier 2004. (Crédit : Flash90)
Un ouvrier en bâtiment chinois assis en face de la Knesset, le 8 janvier 2004. (Crédit : Flash90)

Un accord entre Israël et la Chine, qui a vocation à réglementer l’emploi de milliers de travailleurs du bâtiment étrangers en Israël, bute après que Pékin a demandé à ce que ses citoyens ne soient pas envoyés travailler dans les implantations en Cisjordanie, a annoncé le quotidien Haaretz dimanche.

La Chine a déclaré que l’interdiction de travailler en Cisjordanie est due à la préoccupation du gouvernement pour la sécurité des travailleurs chinois dans les zones situées au-delà de la Ligne verte, les lignes d’avant 1967.

« Nous sommes en cours de négociation avec la Chine pour un accord portant sur la venue de milliers de travailleurs supplémentaires. Pour le moment, ces discussions butent sur plusieurs problèmes dont l’emploi de ces immigrés dans les implantations de Judée-Samarie », a affirmé un responsable qui a requis l’anonymat.

« Pékin demande que nous nous engagions à ce qu’ils ne soient pas employés dans cette région, ce qui pose un problème. »

Jusqu’à présent, les travailleurs chinois arrivaient en Israël dans le cadre de contrats privés conclus entre des entreprises israéliennes et chinoises. Les deux pays ont engagé il y a un an et demi des négociations sur un accord fixant des contrats de travail pour les immigrés chinois.

Le gouvernement de Benjamin Netanyahu peut difficilement accepter la condition posée par Pékin alors qu’il ne dispose que d’une seule voix de majorité au Parlement, ce qui le place sous la dépendance du puissant lobby des résidents des implantations, le conseil de Yesha.

Le responsable a assuré que la demande de Pékin « n’a aucun rapport avec la campagne mondiale lancée par BDS », (Boycott, désinvestissements, sanctions) un groupe d’ONG qui appelle à boycotter Israël.

Le gouvernement est impatient de voir l’accord avec la Chine finalisé dans l’espoir que l’afflux de travailleurs étrangers augmentera le taux de construction de logements en Israël et réduira les coûts de nouvelles maisons.

Le désaccord sur les travailleurs chinois survient dans un contexte tendu : ces derniers jours, un grand syndicat étudiant britannique a rejoint BDS et les Palestiniens ont tenté d’obtenir la suspension d’Israël de la Fifa.

Une polémique a également éclaté avec le PDG français du groupe Orange, Stéphane Richard, qui a affirmé qu’il souhaitait mettre fin à l’accord de licence de marque liant Orange à la compagnie israélienne Partner. Ses propos ont été perçus comme une volonté de quitter Israël – ce que M. Richard a démenti.

Selon le responsable israélien, la demande chinoise « semble plutôt liée à la position diplomatique de Pékin, qui soutient la création d’un Etat palestinien et s’oppose à la présence d’Israël » en Cisjordanie.

L’année dernière, Israël souhaitait, selon le quotidien Haaretz, augmenter de 8 000 le nombre de travailleurs dans le bâtiment puis de le porter à 15 000 afin d’accélérer la construction de logements et de provoquer une baisse des prix. Sans un accord avec la Chine, atteindre de tels quotas semble pratiquement impossible.

Israël travaille depuis plusieurs années à la régulation de l’arrivée de travailleurs étrangers, qui, dans le passé a été gérée par les agences de main-d’œuvre et qui fait l’objet de préoccupations en raison des possibles conditions abusives et illégales imposées aux travailleurs.

Selon l’article, l’organisation à but non lucratif de défense des droits des travailleurs étrangers, Kav LaOved, a reçu des témoignages dans le passé de certains travailleurs chinois qui leur ont expliqué qu’ils étaient tenus de payer une commission de 30 000 dollars pour les agences de main-d’œuvre pour qu’ils puissent trouver un emploi en Israël.

Prendre une commission d’un travailleur est illégal en vertu de la loi israélienne, selon laquelle les agences ne peuvent être indemnisées que pour les coûts de transport.

Pour les ouvriers en construction qui gagnent en moyenne 6 000 shekels par mois, une commission importante les met à la merci des agences de main-d’œuvre pour des années (jusqu’à ce que la dette ait été remboursée) – soulevant des inquiétudes éthiques sur ce genre d’arrangements.

Israël a conclu des accords bilatéraux permettant l’emploi d’immigrés avec la Thaïlande, le Sri Lanka pour l’agriculture, la Bulgarie, la Moldavie et la Roumanie – bien que ce dernier accord stipulait que ses citoyens ne devraient pas travailler sur des projets d’implantations au-delà de la Ligne verte – pour les ouvriers du bâtiment tandis que des négociations sont en cours avec le Népal et le Sri Lanka pour les employés des services à la personne.

Même avec ce nouvel accord qui émerge, le gouvernement chinois, comme à son habitude, fera payer une commission pour chaque travailleur qu’il envoie – le salaire d’un mois pour chaque année où il a été employé.

Au cours de la durée normale d’un contrat de cinq ans, ce coût reviendra à environ 7 750 dollars, une somme qui, selon les affirmations d’Israël, sera réglée par les entrepreneurs plutôt que par les travailleurs de la construction. On ne sait pas encore si les entrepreneurs israéliens ont accepté l’idée.

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