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86 communes – sur les 34 875 que compte la France – hissent le drapeau palestinien

Malgré l'opposition du gouvernement, des mairies avaient annoncé pavoiser le fronton de leur hôtel de ville en cette journée de reconnaissance par la France d'un État palestinien

Un employé hissant le drapeau palestinien à côté du drapeau français, du drapeau de Lyon et du drapeau de l'Union européenne, au-dessus de l'entrée de l'hôtel de ville de Lyon, le jour où la France a reconnu l'État palestinien aux Nations unies, le 22 septembre 2025. (Crédit : Olivier Chassignole/AFP)
Un employé hissant le drapeau palestinien à côté du drapeau français, du drapeau de Lyon et du drapeau de l'Union européenne, au-dessus de l'entrée de l'hôtel de ville de Lyon, le jour où la France a reconnu l'État palestinien aux Nations unies, le 22 septembre 2025. (Crédit : Olivier Chassignole/AFP)

Près d’une centaine de mairies dirigées par la gauche ont hissé le drapeau palestinien au fronton de leur mairie lundi, jour de la reconnaissance par Emmanuel Macron d’un Etat de Palestine, un pavoisement auquel s’est fermement opposé le ministre démissionnaire de l’Intérieur.

La place Beauvau, qui avait donné instruction aux préfets de faire cesser tout pavoisement en vertu du principe de neutralité du service public, de non-ingérence dans la politique internationale de la France et du risque de « troubles graves » à l’ordre public, a recensé lundi à 17H00 au moins 86 municipalités réfractaires, sur 34 875 communes.

Après Nantes, Rennes ou Saint-Denis dans la matinée, les mairies écologistes de Besançon et Lyon ont hissé à leur tour le drapeau palestinien sur le fronton de l’hôtel de ville.

« Cette reconnaissance de l’Etat palestinien n’est pas une offense faite à Israël (…). L’absence d’État est un terreau fertile pour tous les groupes terroristes, de Daech au Hamas », a estimé le maire écologiste de Lyon Grégory Doucet, cité dans un communiqué.

A Paris, une dizaine d’élus dont David Belliard, candidat écologiste à la mairie de Paris en 2026, ont déployé le drapeau palestinien depuis une fenêtre de l’hôtel de ville peu après 18H00, contre l’avis de la maire PS Anne Hidalgo.

Dimanche, l’édile socialiste avait préféré projeter les drapeaux palestinien et israélien côte à côte sur la tour Eiffel, décision qualifiée lundi de « consternante de stupidité » par le fondateur de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon.

Le fondateur du parti La France Insoumise (LFI) Jean-Luc Melenchon prononçant un discours à côté du député français LFI Jean-François Coulomme (à droite) lors d’une manifestation pour un cessez-le-feu à Gaza et en solidarité avec le peuple palestinien devant l’Office des Nations unies, à Genève, le 3 février 2024. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

Dans la matinée, les élus de Saint-Denis, première ville de Seine-Saint-Denis, avaient convié la presse pour ériger le drapeau palestinien sur l’hôtel de ville, aux côtés des drapeaux français et européen.

« Depuis des années je me bats pour l’émergence d’une solution à deux Etats comme seule solution durable pour espérer une paix au Proche-Orient », avait déclaré le maire PS Mathieu Hanotin.

A ses côtés, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, à l’origine de l’idée très controversée de pavoiser les mairies, a tenu à souligner que le drapeau palestinien « n’est pas le drapeau du Hamas ».

Dans la soirée, le ministre de l’Intérieur démissionnaire Bruno Retailleau l’a accusé sur LCI de commettre « une double faute » – « en termes juridiques » et « contre l’unité » du pays.

Les conseils départementaux du Lot et de la Gironde se sont joints au mouvement de pavoisement, tandis que la maire écologiste de Poitiers le fera mardi.

A Malakoff (Hauts-de-Seine), la maire communiste, qui avait apposé la bannière de la Palestine dès vendredi, restée depuis sur le fronton de l’Hôtel de ville malgré l’injonction du tribunal administratif de Cergy-Pontoise de le déposer, s’est vu infliger lundi une astreinte de 150 euros par jour de retard. Elle a annoncé faire appel devant le Conseil d’Etat.

A Corbeil-Essonnes, ville jumelée avec Jérusalem-Est, le maire DVG Bruno Piriou avait hissé le drapeau palestinien depuis plusieurs mois et souhaitait distribuer 1 000 drapeaux palestiniens.

Deux décisions suspendues par la justice administrative, qui s’est aussi opposée à des pavoisements à Bagneux (Hauts-de-Seine), Goussainville (Val-d’Oise) ou encore Montataire (Oise).

A Strasbourg, la justice a donné tort à la municipalité qui voulait projeter les couleurs du drapeau palestinien sur l’hôtel de ville, mais la décision n’a été connue qu’après le début de l’illumination.

De plus petites villes comme Carhaix (Finistère), Dives-sur-Mer (Calvados) ou Grabels, près de Montpellier, ont emboîté le pas aux grandes.

« En mettant ce drapeau, nous disons ‘arrêtez le feu, arrêtez le génocide’ « , a déclaré à l’AFP le maire LFI de Grabels, René Revol.

A Marseille, le maire DVG Benoît Payan a lui refusé de hisser le drapeau palestinien, préférant annoncer le jumelage de sa ville avec Bethléem, située en Cisjordanie.

Ce n’est pas la première fois que le pavoisement des mairies fait polémique.

Au décès du pape François, la demande du gouvernement de mettre en berne le drapeau français avait été jugée contraire au principe de laïcité par certains maires.

Selon Jean-Paul Markus, professeur de droit public à l’Université Paris-Saclay, « à chaque fois que les tribunaux ont validé les drapeaux, c’était parce qu’il y avait un mouvement national de solidarité », comme par exemple le drapeau israélien après le 7-octobre ou le drapeau ukrainien.

Pour Serge Slama, professeur de droit public à l’Université de Grenoble-Alpes, « un maire ne peut pas, à travers un drapeau, exprimer une opinion politique religieuse ou philosophique ». « Mais », poursuit-il, « ériger un drapeau parce que le chef de l’État reconnaît la Palestine comme État ne me semble pas manquer au devoir de neutralité, parce que c’est la position officielle de la France ce jour-là ».

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