Plus d’unité entre migrants en Israël pour débarrasser l’Érythrée du « tueur »
Rechercher

Plus d’unité entre migrants en Israël pour débarrasser l’Érythrée du « tueur »

L'activiste Iyassu Zeru tente de renverser le président Isaias Afwerki et réclame plus de compréhension de la part des Israéliens

Le militant Bluts Iyassu Zeru dans le sud de Tel Aviv le 13 janvier 2018, avant une réunion hebdomadaire de l'organisation  Eritreans United for Justice, un groupe d'opposition consacré à l'union des Erythréens de la diaspora pour le renversement du dictateur en Erythrée (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
Le militant Bluts Iyassu Zeru dans le sud de Tel Aviv le 13 janvier 2018, avant une réunion hebdomadaire de l'organisation Eritreans United for Justice, un groupe d'opposition consacré à l'union des Erythréens de la diaspora pour le renversement du dictateur en Erythrée (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Alors que la date du début du projet israélien d’expulsion forcée des demandeurs d’asile érythréens et soudanais se rapproche, l’activiste érythréen Bluts Iyassu Zeru observe les événements avec un mélange d’effroi et d’incrédulité. Iyassu Zeru est le président des Erythréens unis pour la justice, le mouvement politique local de la diaspora essaye de renverser le président Isaias Afwerki, un dictateur brutal qui est au pouvoir depuis 1993. Il est confronté à une mort certaine s’il est renvoyé chez lui et à un danger important s’il est forcé d’aller dans un autre pays d’Afrique.

Le mois dernier, la Knesset a approuvé un amendement à la loi dite de l’Infiltrator ordonnant la fermeture du centre de détention de Holot et les expulsions forcées de migrants et de demandeurs d’asile érythréens et soudanais à partir de mars. Netanyahu a annoncé des offres pour envoyer les migrants dans des pays tiers en Afrique, mais a refusé de spécifier les pays, bien que des rapports aient nommé l’Ouganda et le Rwanda.

Cependant, les politiciens rwandais et ougandais ont nié que leurs pays accepteraient des demandeurs d’asile expulsés de force d’Israël. « Il n’y a aucun accord écrit ou aucune forme d’accord entre le gouvernement ougandais et le gouvernement israélien pour accepter les réfugiés d’Israël », a déclaré à Reuters Henry Oryem Okello, le ministre ougandais des Affaires étrangères. Précisant que toute suggestion que les migrants seraient déportés dans son pays était « de fausses nouvelles … des bêtises absolues ». Le ministère des Affaires étrangères du Rwanda a fait écho à ces déclarations à l’AP.

Un porte-parole du bureau du Premier ministre a déclaré que le bureau du Premier ministre ignorait tout refus ougandais ou rwandais d’accepter les migrants expulsés et ne pouvait pas faire de commentaires sur la question.

Des migrants africains participent à une manifestation contre la « loi du dépôt », qui exige d’eux de déposer 20% de leur salaire sur un fond accessible uniquement après qu’ils ont quitté le pays, à Tel Aviv, le 10 juin 2017 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

L’Autorité israélienne de l’immigration et des frontières des populations a déclaré qu’elle ignorait tout changement au plan visant à démarrer les déportations en mars. PIBA a déjà commencé à pourvoir environ 100 nouveaux postes pour effectuer les expulsions, avec des salaires allant jusqu’à 30 000 NIS (8 800 dollars) par mois pour un contrat de deux ans. Le PIBA estime que l’expulsion coûtera environ 300 millions de NIS (86 millions de dollars), incluant une « allocation de sortie » de 3 500 dollars à chaque migrant et demandeur d’asile quittant et, dans le cas des migrants à destination du Rwanda, 5 000 dollars par tête au gouvernement rwandais.

Le Rwanda et l’Ouganda ont déjà accepté environ 4 000 migrants et demandeurs d’asile qui ont signé un document disant qu’ils avaient « volontairement quitté » Israël, mais jusqu’à présent les pays n’ont accepté aucun migrant expulsé de force.

Il y a environ 38 000 migrants et demandeurs d’asile africains en Israël, selon le ministère de l’Intérieur. Environ 72 % sont Érythréens et 20 % sont Soudanais et la grande majorité est arrivée entre 2006 et 2012. Beaucoup vivent dans le sud de Tel Aviv, et certains résidents et militants les accusent de la hausse des taux de criminalité et font pression sur le gouvernement pour les expulser.

Il est difficile d’organiser une révolution quand on ne sait pas où on va dormir

Iyassu Zeru, président d’Eritreans United for Justice, était professeur de géographie dans une petite ville au sud de la capitale Asmara, où il a été transféré de force pour enseigner la 12e année dans un vaste centre d’entraînement militaire appelé SAWA. Les hommes en Érythrée sont forcés de servir dans l’armée pour des durées non dterminées, qui peuvent souvent atteindre 20 ans ou plus.

Iyassu Zeru n’avait aucune liberté de mouvement, aucun salaire et aucun espoir que la situation change. Une nuit, il a échappé à la zone militaire avec deux autres enseignants, marchant deux nuits pour atteindre la frontière avec le Soudan. Un enseignant a été capturé et emprisonné pendant deux ans dans l’une des prisons souterraines de l’Érythrée. Cet enseignant a également perdu sa jambe après avoir subi plusieurs passages à tabac pendant sa détention, a déclaré Iyassu Zeru.

Iyassu Zeru a passé quatre ans au Soudan et a ensuite payé 2 500 dollars à un passeur pour se rendre à la frontière israélienne avec le Sinaï. Il a choisi Israël parce qu’un cousin avait déjà fait le voyage là-bas.

Il est entré illégalement en Israël le 29 juin 2010 avec un groupe de 36 personnes. Iyassu Zeru est arrivé en Israël pendant l’un des pics d’immigration clandestine du Sinaï vers Israël, alors que plus de 1 300 personnes traversaient la frontière chaque mois. En 2014, Israël a achevé la construction d’une clôture électronique de 242 kilomètres (150 milles) le long de la frontière avec le Sinaï. L’immigration illégale à travers le Sinaï est tombée à seulement 11 cas en 2016.

Clothing of migrants left after they crossed illegally from Egypt into Israel on the Israeli Egyptian border fence in southern Israel, Wednesday June 28 2011. New government figures show there was a sharp drop in the number of migrants who crossed into Israel (photo credit: Tsafrir Abayov/Flash90)
Des vêtements de migrants accrochés après que ces derniers soient entrés illégalement en Israël depuis l’Egypte à la clôture frontalière entre les deux pays dans le sud d’Israël, le 28 juin 2011 (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)

Iyassu Zeru a travaillé à Tel Aviv et à Raanana avant de passer une année en détention à Holot, un centre de détention « ouvert » pour les migrants illégaux dans le désert du Néguev. En vertu de la loi sur les infiltrés, Holot, qui peut accueillir jusqu’à 1 300 migrants illégaux à la fois, fermera ses portes en mars.

Les migrants qui y sont détenus seront soit expulsés, soit emprisonnés à Saharonim, une prison israélienne régulière. Iyassu Zeru travaille maintenant à Raanana dans un magasin de jouets pendant la semaine. Le week-end, il vient dans le sud de Tel Aviv pour rencontrer les autres membres de Eritreans United for Justice.

« Nous essayons de nous organiser pour que nous puissions retourner dans notre pays », a déclaré Iyassu Zeru. « Nous essayons d’organiser comment renverser le gouvernement avec les gens qui vivent ici. »

Mais Iyassu Zeru a déclaré que son organisation avait rencontré beaucoup d’obstacles difficiles dans ses efforts d’organiser la diaspora érythréenne à une action politique significative. Le premier obstacle est la peur à l’égard des forces de sécurité érythréennes, dont le réseau de surveillance sous couverture, selon les demandeurs d’asile, englobe probablement Israël. De nombreux réfugiés ne savent pas à qui ils peuvent faire confiance et sont terrifiés à l’idée de mettre en péril leurs familles qui
vivent encore en Érythrée.

Iyassu Zeru a déclaré que le défi de l’organisation de la communauté érythréenne était exacerbé par l’incertitude de la situation en Israël. Israël a constamment menacé de les renvoyer en Érythrée ou dans un pays tiers et par conséquent ils sont très réticents à s’engager dans n’importe quel type d’activisme politique, vue la précarité de leur situation.

Iyassu Zeru a souligné que parce que les Erythréens vivant chez eux n’ont aucune capacité à protester ou à s’organiser politiquement, les seuls qui seront capables de créer un véritable changement sont les expatriés. Mais en Israël, la peur de leur situation dépasse leur capacité à opérer des changements.

« Les gens ont l’impression de ne pas être en sécurité, alors ils sentent qu’ils doivent garder le silence », a déclaré Zeru.

« [Les Erythréens] devraient s’unir et résoudre le problème », a-t-il dit. « Nous voulons juste rester en Israël jusqu’à ce que nous puissions rendre notre pays meilleur. Nous espérons retourner dans notre pays. Nous avons un tueur en charge [en Érythrée]. Si nous pouvons faire tomber le tueur, nous y retournerions demain. »

« Si nous ne nous regroupons pas, nous resterons des réfugiés »

Iyassu Zeru et les autres membres de Eritreans United for Justice tiennent des réunions hebdomadaires. Ils essaient de diffuser des nouvelles de l’Érythrée, à la fois à leur communauté et au monde entier. Ils tentent de construire un réseau de militants érythréens de la diaspora avec des communautés de réfugiés érythréens en Europe.

« Si nous ne restons pas ensemble, nous resterons des réfugiés », a déclaré Iyassu Zeru. « Nous essayons d’aller de l’avant, d’obtenir de l’aide d’autres pays, afin qu’ils puissent nous aider au niveau gouvernemental. »

Des migrants érythréens manifestent devant l’ambassade de l’Union européenne à Ramat Gan, près de Tel Aviv, demandant à l’UE de juger les dirigeants érythréens pour crimes contre l’humanité, le 21 juin 2016 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Plutôt que de menacer les réfugiés d’expulsion, il souhaite qu’Israël aide à former les dissidents érythréens à des outils tels que l’organisation communautaire, la désobéissance civile, l’éducation et d’autres méthodes qu’ils peuvent utiliser pour effectuer des changements durables dans leur pays à l’étranger.

Iyassu Zeru est certain que son travail d’organisation des Erythréens au centre de détention de Holot et le fait qu’il se soit s’adressé aux médias internationaux l’a placé sur une liste de personnalités de l’opposition, et sa vie est en danger – même s’il est expulsé dans un pays tiers en Afrique. Pour cette raison, s’il doit choisir entre l’expulsion ou l’emprisonnement à Saharonim, Iyassu Zeru prévoit de choisir la prison.

Iyassu Zeru a déclaré que son demi-frère avait choisi d’accepter le paiement de 3 500 dollars du gouvernement pour une « expulsion volontaire » vers le Rwanda, mais qu’il n’avait pas été autorisé à y rester. Les demandeurs d’asile et les migrants expulsés vers le Rwanda ont dit au Times of Israël qu’ils étaient transportés et déposés à la frontière internationale au milieu de la nuit, sans papiers, et qu’ils devaient traverser illégalement. Le demi-frère de Zeru s’est rendu au Soudan du Sud, puis au nord du Soudan, et en Libye, puis a entrepris une traversée dangereuse de la Méditerranée vers l’Europe.

Ne pas expulser, disperser

Iyassu Zeru soutient une politique de dispersion visant à répartir équitablement les migrants et les demandeurs d’asile à travers Israël, pour s’assurer qu’aucun endroit ne soit submergé par une forte concentration d’Africains, comme le sud de Tel Aviv l’est actuellement.

L’Europe a une politique similaire, bien que de nombreux pays comme la Grande-Bretagne aient été accusés de disperser massivement les réfugiés dans les quartiers pauvres. Iyassu Zeru a déclaré que la concentration de migrants et de demandeurs d’asile dans le sud de Tel Aviv signifie que la plupart des Israéliens n’ont jamais rencontré un demandeur d’asile, ce qui leur a permis d’ignorer le problème.

Il a dit espérer que si les migrants et les demandeurs d’asile sont dispersés dans tout le pays, ils pourront s’intégrer dans la société israélienne d’une manière mutuellement bénéfique pour les Israéliens et pour sa communauté. « Ils disent que le sud de Tel Aviv est en train de devenir une ville africaine », a déclaré Iyassu Zeru.

« Mais ils nous ont mis ici, ils ont créé cela eux-mêmes. »

Comme beaucoup d’autres migrants et demandeurs d’asile, après la libération de Iyassu Zeru de sa détention initiale en 2010, il a reçu un billet aller-simple pour la gare routière centrale de Tel Aviv. Perdus et désorientés, de nombreux réfugiés sont restés dans la zone autour de la gare routière, qui, longtemps négligée par la ville, est aussi le quartier le plus agressif, avec des infrastructures en ruine.

Des migrants africains dans le sud de Tel Aviv. Illustration. (Crédit : Nicky Kelvin/Flash90)

”Sheffi Paz, l’une des principaux activistes de Central Bus Station Neighborhood Watch, un petit groupe de résidents du sud de Tel-Aviv opposés aux demandeurs d’asile africains, a déclaré que l’idée de la dispersion est « trop faible, trop tardive ».

« Nous avons parlé de dispersion il y a des années, et personne ne nous a prêté attention; ils nous ont parlé de leur liberté de mouvement et du fait qu’ils ont construit une communauté ici, et nous ont appelés racistes et fascistes », a-t-elle dit.

Paz est connu pour avoir provoqué de violentes altercations avec des résidents africains du sud de Tel Aviv, notamment en protestant contre des événements communautaires locaux et en harcelant des enfants africains dès l’âge de quatre ans en leur disant de « rentrer chez eux parce qu’ils ne sont pas les bienvenus ici ».

« Maintenant, parce que les expulsions sont sur la table, tout le monde revient à cette idée de dispersion, mais maintenant il est trop tard », a-t-elle dit. Paz, qui vit près de la gare routière centrale de Tel Aviv depuis plus de 20 ans, a déclaré qu’elle était « ravie » que les expulsions soient prévues pour mars.

« J’espère que ça arrive », a-t-elle dit. « Je suis vraiment en colère contre eux car ils ont détruit le quartier et je ne les veux pas ici. »

Iyassu Zeru a appelé à un peu plus de compréhension. « Nous ne voulons pas être des citoyens d’Israël, mais respectons-nous les uns les autres. Traite-nous en tant qu’êtres humains et rappelle-toi que tu étais un étranger en Égypte comme nous sommes maintenant des étrangers en Israël », a-t-il dit.

« Essayez de vous souvenir de l’histoire de vos grands-parents. Nous sommes des réfugiés maintenant, mais nous repartirons. »

« Offrez-nous juste la sécurité le temps que nous fassions la paix, » a-t-il ajouté.

« Peu importe combien de temps, la société israélienne et le gouvernement devraient nous faire confiance. Nous allons faire ce changement. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...