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Polémique après l’appel à la démission d’une rapporteuse de l’ONU, accusée d’antisémitisme

Des parlementaires et responsables de gauche français (Ecologistes, LFI...) ont écrit à M. Barrot en lui demandant de "clarifier" sa déclaration et de "revenir" sur son appel à la démission

La rapporteuse spéciale des Nations unies sur les Territoires palestiniens, Francesca Albanese, s'exprimant lors d'une conférence de presse, à Genève, le 15 septembre 2025. (Crédit : Fabrice Cofrini/AFP)
La rapporteuse spéciale des Nations unies sur les Territoires palestiniens, Francesca Albanese, s'exprimant lors d'une conférence de presse, à Genève, le 15 septembre 2025. (Crédit : Fabrice Cofrini/AFP)

Elus de gauche et association ont dénoncé jeudi l’appel du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à la démission de la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, Francesca Albanese, accusée de déclarations antisémites.

L’intéressée dénonce, elle, des « accusations mensongères » et une « manipulation » de ses propos.

La polémique n’a cessé d’enfler après une lettre adressée mardi par un groupe de députés du camp présidentiel à Jean-Noël Barrot, pour dénoncer des propos « antisémites » de l’experte italienne auprès de l’ONU et demander que la France « oeuvre » pour qu’elle soit « déchue de tout mandat onusien ».

Selon eux, cette experte a désigné dans une intervention publique « Israël comme un ennemi commun de l’humanité ».

Le lendemain, Jean-Noël Barrot a demandé devant le Parlement la démission de Mme Albanese pour ses « propos outranciers et coupables qui visent (…) Israël en tant que peuple et en tant que nation, ce qui est absolument inacceptable ».

Il a été rejoint jeudi par son homologue allemand, Johann Wadephul, qui a affirmé sur la plateforme X: « Je condamne ses récentes déclarations sur Israël. Elle ne peut tenir dans sa fonction ».

Les soutiens de Mme Albanese ont dénoncé, eux, une décision basée sur une « fausse information ».

Des parlementaires et responsables de gauche français (Ecologistes, LFI…) ont écrit à M. Barrot en lui demandant de « clarifier » sa déclaration et de « revenir » sur son appel à la démission.

« M. Barrot, vous parlez mais pas en notre nom », a de son côté lancé jeudi soir le leader des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, en meeting à Creil. « Nous ne demandons pas que cette femme soit renvoyée de sa fonction. C’est l’inverse, nous demandons qu’elle soit décorée », a-t-il ajouté, dénonçant l’instrumentalisation d’une « citation fausse ».

L’association Juristes pour le Respect du Droit International (Jurdi) a annoncé jeudi adresser un signalement à la justice pour « diffusion de fausses nouvelles », pour des déclarations « frauduleusement » attribuées à Mme Albanese.

Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France Insoumise (LFI), s’adresse aux participants d’une manifestation place Stalingrad à Paris, le 6 mai 2025, pour protester contre la décision du ministre de l’Intérieur de dissoudre le groupe « Jeune Garde » et le collectif « Urgence Palestine ». (Photo : LEO VIGNAL / AFP)

« Ensemble » de propos

Les propos au coeur de la polémique ont été tenus dans une intervention en visioconférence samedi lors d’un forum organisé à Doha par la chaîne Al Jazeera, au cours de laquelle Mme Albanese a évoqué un « ennemi commun » qui a permis, selon elle, un « génocide » à Gaza.

« Le fait qu’au lieu d’arrêter Israël, la plupart des pays du monde l’aient armé, lui aient fourni des excuses politiques, un parapluie politique ainsi qu’un soutien économique et financier, est un défi », a-t-elle affirmé.

« Nous qui ne contrôlons pas de vastes capitaux financiers, ni les algorithmes ni les armes, constatons désormais qu’en tant qu’humanité, nous avons un ennemi commun », a-t-elle ajouté.

« Je n’ai jamais, jamais, jamais dit ‘Israël est l’ennemi commun de l’humanité’, » s’est-elle ensuite défendue mercredi sur la chaîne France 24: « J’ai parlé des crimes d’Israël, de l’apartheid, du génocide et j’ai condamné comme l’ennemi commun le système qui ne permet pas de traduire en justice et d’amener à une cessation des crimes d’Israël ».

Interrogé sur le sujet à plusieurs reprises jeudi lors d’une conférence de presse, le porte-parole du Quai d’Orsay a affirmé que c’était « l’ensemble de ses propos qui fait que le ministre appelle à sa démission », et non sur une « fausse phrase » que le ministre « n’a pas citée » lors de sa déclaration.

« La France a, à de multiples reprises, eu l’occasion de s’inquiéter des prises de position de Madame Albanese sur les dernières années », a indiqué Pascal Confavreux, évoquant son « absence de neutralité » et son « attitude militante ».

Jean-Noël Barrot a reçu le soutien de l’ambassadeur des Etats-Unis en France, Charles Kushner, qui l’a remercié sur X « d’avoir appelé à la démission de Francesca Albanese », dénonçant ses « propos haineux répétés ».

Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, arrive pour assister à une réunion franco-allemande du Conseil des ministres à Toulon, dans le sud-est de la France, le 29 août 2025. (Crédit : Manon Cruz / Pool / AFP)

Sanctions

Juriste italienne de 48 ans, en poste depuis 2022, Francesca Albanese fait l’objet de critiques virulentes et demandes de révocation de la part d’Israël et de certains de ses alliés en raison de ses prises de position contre la politique israélienne à Gaza.

Dans un rapport de 2024, elle écrivait qu’il existe des « motifs raisonnables » de croire qu’Israël a commis plusieurs actes de génocide durant la guerre déclenchée par l’attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas du 7 Octobre 2023.

Elle a également présenté en juillet un rapport dans lequel étaient étudiés « les mécanismes des entreprises qui soutiennent le projet colonial israélien de déplacement et de remplacement des Palestiniens », dénonçant notamment des sociétés américaines.

Israël l’a interdite d’accès à son territoire et Washington a également imposé des sanctions contre elle en juillet.

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