Polémique autour d’une « dérogation » concernant les Juifs français
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Polémique autour d’une « dérogation » concernant les Juifs français

Raison de la polémique : un prétendu mail d’un commissaire divisionnaire qui autorisait, lors du Shabbat, les Juifs à ne pas porter leur attestation les autorisant à se déplacer

La Préfecture des Hauts-de-Seine, à Nanterre. (Crédit : Préfet des Hauts-de-Seine / Twitter)
La Préfecture des Hauts-de-Seine, à Nanterre. (Crédit : Préfet des Hauts-de-Seine / Twitter)

Une polémique liée à l’épidémie de coronavirus en France a éclaté ce week-end sur Twitter. En cause : un prétendu mail, daté du 19 mars, d’un commissaire divisionnaire du département des Hauts-de-Seine qui autorisait, lors du Shabbat, les Juifs du district concerné à ne pas porter leur attestation les autorisant à se déplacer en extérieur. La raison évoquée était religieuse : pendant Shabbat, les Juifs religieux ne sont autorisés à porter que leurs vêtements, les empêchant de porter des objets et donc… les attestations sur l’honneur.

L’information a ensuite été diffusée sur des sites complotistes, notamment les réseaux de Dieudonné et d’Alain Soral, provoquant de nombreux commentaires antisémites. La journaliste Zineb El Rhazoui a elle interpellé Laurent Nunez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur.

« Si cette correspondance est authentique, cela doit immédiatement cesser. Le pays connait une épidémie meurtrière, les forces de l’ordre sont épuisées, mais elles doivent s’occuper du… shabbat ! Aucune dérogation à la loi au nom des croyances n’est admissible », a-t-elle écrit.

Rudy Reichstadt, le directeur de l’organisation Conspiracy Watch, a répondu à la polémique dans une série de tweets. Il a affirmé « qu’aucune demande de dérogation en ce sens n’a été formulée de la part des institutions religieuses juives. Et les Juifs sont restés chez eux pour Shabbat hier et ne se sont pas rendus à la synagogue », précisant qu’elles étaient toutes fermées.

« Même le ‘minian’ (quorum de 10 hommes juifs adultes nécessaire à la récitation des prières importantes) a été interdit pendant toute la durée du confinement », a-t-il ajouté.

« Ce fameux mail, dont il n’y a pas véritablement lieu de mettre en doute l’authenticité, a probablement été envoyé », conclut-il. « Mais il relève, de toute évidence, d’une initiative isolée. Il provient probablement d’un excès de zèle d’un commissaire qui aura fait passer cette consigne à ses équipes en croyant bien faire. Jusqu’à preuve du contraire, cela ne correspond à aucun ‘passe-droit’ qu’aurait demandé ou obtenu la communauté juive. »

En réponse, un internaute a jugé qu’il était « absurde que les Juifs aient des dérogations religieuses en cette période difficile. Ce n’est pas une fake news et c’est logique que ça crée des tensions. »

Ce à quoi a répondu Rudy Reichstadt : « Oui, c’est absurde. Mais ‘les Juifs’ n’ont pas eu de dérogation. On parle d’un mail d’un commissaire du 92 qui, semble-t-il, croit bien faire. C’est tout. Pas la moindre trace de la formulation d’une demande en ce sens de la part des institutions juives. »

La LICRA elle écrit : « Les complotistes se raccrochent à tout. Un commissaire prend une initiative absurde – ne pas verbaliser les Juifs religieux le jour de shabbat alors qu’ils ne sortent pas – et on crie au passe-droit. Personne n’a rien demandé dans cette affaire, ni Beauvau, ni la communauté juive. »

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