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Polémique sur les « holocaustes » palestiniens: Gantz défend ses réunions avec Abbas

Le ministre de la Défense dit que le lien est nécessaire en raison de la "réalité complexe" sur le terrain ; le président de Yad Vashem regrette la politisation de la controverse

Le ministre de la Défense Benny Gantz et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. (Crédit : AP/Collage)
Le ministre de la Défense Benny Gantz et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. (Crédit : AP/Collage)

Le ministre de la Défense Benny Gantz a défendu ses rencontres récentes avec le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, suite à la controverse entraînée par les propos du chef de l’AP qui avait déclaré, la veille, que l’État d’Israël s’était rendu coupable de « 50 holocaustes » à l’encontre des Palestiniens au fil des ans.

Alors que les attaques de la part des politiciens de droite sur le sujet se multiplient, Gantz a affirmé que ses rencontres avec Abbas étaient nécessaires en raison de la coordination sécuritaire en cours entre l’État juif et l’Autorité palestinienne. Il a par ailleurs estimé que les paroles prononcées par Abbas avaient été « méprisables » et « mensongères ».

« J’ai demandé qu’il les retire et c’est une bonne chose qu’il l’ait fait », a dit Gantz au cours d’une visite effectuée mercredi dans le sud du pays, suite aux combats qui ont eu lieu, la semaine dernière, avec le groupe terroriste du Jihad islamique palestinien à Gaza.

« Nous avons la charge d’une réalité sécuritaire et politique complexe, une complexité dont nous avons pu mesurer les conséquences il y a encore une semaine », a expliqué le ministre de la Défense.

« J’entends parfaitement les critiques qui sont faites au sujet de mes conversations et des conversations de l’establishment sécuritaire avec les dirigeants de l’Autorité palestinienne et sur le terrain », a ajouté Gantz.

« Je continuerai à faire tout ce qui est nécessaire pour maintenir la stabilité sécuritaire, pour garantir la liberté d’action de l’État d’Israël et, au-dessus de tout le reste, je ferai tout pour protéger les vies humaines », a-t-il poursuivi, recommandant vivement à ses adversaires de ne pas réduire la sécurité d’Israël à une simple question de politique politicienne.

Le chancelier allemand Olaf Scholz, à droite, et Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, se serrent la main après une conférence de presse à Berlin, en Allemagne, le 16 août 2022. (Crédit : Wolfgang Kumm/dpa via AP)

Les paroles d’Abbas, prononcées lors d’une conférence de presse conjointe avec le chancelier allemand Olaf Scholz à Berlin, avaient été rapidement fustigées en Israël, aux États-Unis et en Allemagne, notamment par Scholz lui-même qui avait été critiqué pour avoir gardé le silence pendant la conférence de presse.

Abbas est depuis revenu sur ses propos dans un communiqué diffusé par l’agence de presse Wafa, mercredi – c’est l’agence de presse officielle de l’Autorité palestinienne – affirmant qu’il avait simplement eu l’intention de souligner « les crimes » israéliens.

Gantz a rencontré le président vieillissant de l’Autorité palestinienne à plusieurs reprises au cours de l’année passée, et encore le mois dernier pour discuter de coopération sécuritaire en amont de la visite du président américain Joe Biden au sein de l’État juif et en Cisjordanie.

Ces entretiens avaient été vivement critiqués par les membres de droite de la coalition au pouvoir et de l’opposition et ils avaient même rencontré la résistance du Premier ministre de l’époque, Naftali Bennett.

Bennett a écrit sur Twitter, mercredi, qu’au cours de son mandat d’un an qui s’est achevé au mois de juin, il n’avait pas accepté de rencontrer Abbas ni « d’avancer des négociations diplomatiques d’aucune sorte, même face aux pressions exercées depuis l’intérieur ou depuis l’extérieur d’Israël », répétant qu’Abbas ne saurait être un partenaire dans un processus de paix avec les Palestiniens.

« Un ‘partenaire’ qui nie la Shoah, qui poursuit nos soldats devant le tribunal de La Haye et qui verse des indemnisations aux terroristes n’est pas un partenaire », avait ajouté Bennett, se référant aux plaintes palestiniennes qui ont été déposées de manière répétée devant la Cour pénale internationale et aux salaires mensuels payés par l’AP aux terroristes condamnés et aux familles des terroristes morts en commettant un attentat.

Pour sa part, dans une vidéo postée mercredi sur les réseaux sociaux, le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu a appelé Gantz et le Premier ministre Yair Lapid à « cesser de lécher les bottes d’un négationniste de la Shoah » après « les propos scandaleux » d’Abbas.

Netanyahu a affirmé que lorsqu’il était Premier ministre, la mise à l’écart du chef de l’AP par son gouvernement « a permis d’apporter quatre accords de paix historiques avec des États arabes », se référant aux Accords d’Abraham qui ont donné naissance aux liens diplomatiques qui unissent dorénavant Israël et les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc – et qui ont lancé un processus de normalisation des relations avec le Soudan.

La dernière rencontre officielle entre Netanyahu et Abbas avait eu lieu à Jérusalem, en 2010, mais les deux hommes s’étaient à nouveau vus lors des funérailles de l’ancien Premier ministre Shimon Peres, où ils avaient échangé de brèves civilités.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son épouse Sara rencontrent le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à gauche) lors des funérailles nationales de feu le président israélien Shimon Peres, qui se déroulent au mont Herzl à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Amos Ben Gershom/GPO)

Le ministre des Communications Yoaz Hendel — qui a récemment quitté le parti Kakhol lavan pour rejoindre Yamina avant les prochaines élections du mois de novembre – a écrit sur Twitter que « j’apprécie Gantz, c’est une personne de valeur, mais il est autorisé d’être en désaccord avec lui au niveau politique. Ses rencontres avec [Abbas], qui nie la Shoah et qui nous combat à la Haye, sont une erreur stratégique et morale. »

Pour sa part, le président de Yad Vashem, Dani Dayan, a critiqué la réaction des politiciens aux propos d’Abbas au cours d’un entretien au micro de la radio militaire, mercredi, les accusant d’utiliser la situation pour se quereller avec leurs adversaires.

« Le fait qu’ils condamnent Mahmoud Abbas, pour commencer, a été une réaction évidente. Mais une dispute politique a ensuite suivi. Ce qui est également, à mon avis, une mauvaise manière d’utiliser la Shoah », a-t-il déclaré.

Gantz s’était, pour commencer, entretenu par téléphone avec le président de l’Autorité palestinienne à la mi-juillet 2021. Les deux responsables s’étaient rencontrés officiellement à Ramallah après, à la fin du mois d’août, ce qui avait été le premier contact de haut-rang entre un dirigeant israélien et un dirigeant palestinien de ce type depuis plus d’une décennie.

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