Politique étrangère de Trump : le grand saut dans l’inconnu
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Politique étrangère de Trump : le grand saut dans l’inconnu

Aux yeux du président élu, les Etats-Unis ne peuvent plus être les gendarmes du monde et le réchauffement du climat n'est qu'un "canular"

Des critiques de mode ont conseillé à Trump de porter des costumes plus ajustés. (Crédit photo: Scott Olson / Getty Images / AFP)
Des critiques de mode ont conseillé à Trump de porter des costumes plus ajustés. (Crédit photo: Scott Olson / Getty Images / AFP)

La politique étrangère du président élu des Etats-Unis Donald Trump s’apparente à un grand saut dans l’inconnu tant le tonitruant milliardaire a été flou et brutal durant sa campagne, promettant de détricoter ce que Barack Obama a réalisé.

« Je veux être imprévisible », avait lancé le futur 45e commandant en chef de la première puissance mondiale lors de son unique discours de politique étrangère en avril.

Des experts rattachent ce novice en politique au courant isolationniste, l’un des cycles de la politique étrangère de l’Amérique depuis le 19e siècle. Hillary Clinton aurait au contraire été probablement une présidente plus interventionniste sur la scène internationale.

Sous la présidence Trump, « les Etats-Unis pourraient sortir de leur rôle de leader de l’ordre international » occidental, redoutait avant l’élection le chercheur Thomas Wright de la Brookings.

Si cet « ordre s’effondre, personne ne sait où cela finira et les conditions seront peut-être alors réunies pour une guerre majeure », écrivait-il lundi pour son centre de recherche.

De fait, aux yeux de Donald Trump, les Etats-Unis ne peuvent plus être les gendarmes du monde et ils doivent réduire leur aide internationale.

Durant 16 mois de campagne, le républicain a promis de prendre le contre-pied du démocrate Obama : réconciliation avec la Russie du président Vladimir Poutine, envoi de dizaines de milliers de soldats en Syrie et en Irak pour anéantir le groupe Etat islamique (EI), guerre commerciale avec la Chine, remise en cause des principes de l’Otan et des accords internationaux sur le climat, le libre-échange et le nucléaire iranien.

Réconcilier Washington et Moscou

Barack Obama (g) et Vladimir Poutine à la 70e Assemblée générale de l'ONU à New York - le 28 septembre 2015 (Crédit : MANDEL NGAN / AFP)
Barack Obama (g) et Vladimir Poutine à la 70e Assemblée générale de l’ONU à New York – le 28 septembre 2015 (Crédit : MANDEL NGAN / AFP)

Donald Trump a maintes fois loué les qualités de « dirigeant » de Vladimir Poutine, accusant au contraire Barack Obama d’en être dénué. Il a répété plusieurs fois qu’il serait « bien » d’avoir une « très bonne relation » avec le chef du Kremlin. Mais sans jamais rien détailler de la manière dont il réconcilierait Washington et Moscou.

M. Poutine, qui avait aussi qualifié M. Trump d’ « homme brillant et plein de talent », a été le premier mercredi à le féliciter, exprimant lui aussi son « espoir » de meilleures relations russo-américaines, tombées à leur plus bas niveau depuis la Guerre froide.

Ce dégel américano-russe préfigurerait-il une coopération en Syrie contre le groupe EI ? Donald Trump ne s’est jamais étendu sur le sujet mais il avait jugé en octobre 2015 que les premières frappes de la Russie en appui à son allié syrien étaient « positives ».

‘Mettre l’EI K.-O.’

Le candidat populiste a beaucoup varié sur sa stratégie contre l’EI. En septembre 2015, il privilégiait l’ « attentisme » en suggérant que le régime syrien et les jihadistes s’entretuent.

Mais en mars, il s’était soudainement engagé à « mettre l’EI K.-O. » en dépêchant « 20 000 à 30 000 » soldats américains en Syrie et en Irak. Le mois dernier, il avait aussi mouché son colistier Mike Pence qui avait réclamé des frappes contre Damas.

Quant à l’offensive contre Mossoul en Irak planifiée pendant des mois, « tant pis pour l’effet de surprise. Quelle bande de tocards nous avons », a-t-il taclé samedi en meeting.

Le candidat présidentiel républicain américain Donald Trump (à droite) et le gouverneur de l'Indiana Mike Pence  pendant un meeting de campagne à Grant Event Center Park à Westfield, Indiana, le 12 juillet 2016. (Crédit : AFP/Tasos Katopdis)
Le candidat présidentiel républicain américain Donald Trump (à droite) et le gouverneur de l’Indiana Mike Pence pendant un meeting de campagne à Grant Event Center Park à Westfield, Indiana, le 12 juillet 2016. (Crédit : AFP/Tasos Katopdis)

Chine ‘ennemie’ de l’Amérique

En campagne, Donald Trump a souvent accusé la Chine, « ennemie » de l’Amérique, de « voler » des emplois de son pays, de manipuler sa devise et il a menacé la deuxième puissance mondiale d’une guerre commerciale.

Et lors de l’essai nucléaire par la Corée du Nord en janvier, il avait exigé que Pékin fasse pression sur son allié communiste. Faute de quoi, « nous devrions rendre très difficile les échanges commerciaux avec la Chine », avait-il mis en garde.

Otan ‘obsolète’

Donald Trump avait provoqué la consternation en Europe au printemps lorsqu’il avait jugé l’Otan « obsolète » et averti que l’engagement de Washington au côté de ses alliés en cas d’agression russe dépendrait des contributions financières européennes à l’Alliance.

Le réchauffement du climat, un ‘canular’

Pour le candidat Trump, le réchauffement du climat n’est qu’un « canular » et il a même évoqué l’ « annulation » de l’accord de Paris.

Et au nom du protectionnisme, il a pris pour cible l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada (Alena, 1994) et le partenariat transpacifique (TPP, 2015) entre Washington et 11 pays de l’Asie-Pacifique.

En voyage en Nouvelle-Zélande et en Antarctique cette semaine, le secrétaire d’Etat sortant John Kerry a promis une transition en douceur avec la future administration pour « les aider autant que possible (…), sans perdre une miette des grands sujets auxquels nous sommes confrontés ».

Interrogé sur le démantèlement promis par M. Trump de l’accord TPP, ceux sur le climat et avec l’Iran, les diplomates du département d’Etat l’assurent : « Nous n’allons pas lever le pied » jusqu’à l’investiture du nouveau président le 20 janvier.

https://youtu.be/PUoDddqYAxs

Obama : les Etats-Unis doivent résister à la tentation de l’isolationnisme

Les Etats-Unis doivent résister à la tentation de l’isolationnisme et travailler avec leurs alliés à défendre leurs valeurs communes, a déclaré samedi le président américain Barack Obama à un quotidien grec avant son dernier voyage en Europe.

« Notre meilleure chance de progrès est de résister à l’envie de nous replier sur nous-mêmes et de relancer au contraire nos valeurs communes et de travailler ensemble pour s’assurer que nos institutions politiques et économiques procurent la sécurité et la prospérité que tous méritent », a déclaré Barack Obama au quotidien Kathimerini.

M. Obama, qui doit entamer mardi une tournée qui le mènera en Grèce et en Allemagne avant un voyage au Pérou, a adressé dans cette interview des messages à son successeur élu Donald Trump, dont les prises de positions isolationnistes ont suscité les craintes de certains.

« L’intégration européenne est l’une des plus grandes réalisations politiques et économiques des temps modernes, qui profite aux membres de l’UE, aux Etats-Unis et au monde entier », a estimé le président.

« L’Europe est notre plus important partenaire économique », a souligné M. Obama, estimant que les intérêts économiques des Etats-Unis étaient liés à une « Europe stable » et prospère.

Les dirigeants au sommet du G20, le 15 novembre ,2015 à Antalya. (Crédit : AFP PHOTO / OZAN KOSE)
Les dirigeants au sommet du G20, le 15 novembre ,2015 à Antalya. (Crédit : AFP PHOTO / OZAN KOSE)

« La prospérité et la croissance sont favorisés par un environnement transparent, prévisible et stable où l’état de droit protège les droits individuels et apporte aux entrepreneurs locaux la confiance dont ils ont besoin pour se développer, et aux entreprises internationales la sécurité dont elles ont besoin pour investir », a poursuivi M. Obama.

Concernant la guerre en Syrie, M. Obama a souligné que les Etats-Unis devaient rester fidèles « aux valeurs et au respect de la dignité humaine ».

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