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Pologne : Enquête ouverte après des propos d’une experte de la Shoah

Une spécialiste a déclaré à la télévision que les Polonais avaient "échoué" à aider les Juifs ; Varsovie est accusée de tenter de "blanchir" son rôle dans le génocide

Barbara Engelking (Crédit : Adrian Grycuk/CC BY-SA 3.0 pl)
Barbara Engelking (Crédit : Adrian Grycuk/CC BY-SA 3.0 pl)

L’autorité polonaise de régulation des chaînes de télévision a ouvert une enquête sur TVN, la première chaîne privée du pays, après les propos tenus par une experte de la Shoah lors d’une émission diffusée la semaine dernière. Elle avait ainsi déclaré que les Polonais avaient « échoué » à devenir les alliés des Juifs face aux atrocités nazies commises dans le pays au cours de la Seconde Guerre mondiale.

La Pologne est largement accusée de tenter de « blanchir » la participation de certains Polonais aux atrocités qui avaient été commises lors du génocide – même si d’autres avaient défendu et protégé des Juifs. Elle est aussi accusée de réduire au silence les voix dissidentes qui dévient du positionnement officiel adopté par le gouvernement.

« Les Juifs ont été incroyablement déçus par les Polonais pendant la guerre », avait expliqué Barbara Engelking, directrice du Centre polonais de recherche sur la Shoah, dans son interview, selon une traduction soumise par le site internet Notes from Poland. « Ils savaient à quoi s’attendre de la part des Allemands, ils savaient qui était l’ennemi… mais la relation avec les Polonais avait été beaucoup plus complexe », avait-elle ajouté.

« Les Polonais avaient le potentiel de devenir des alliés des Juifs et on aurait pu espérer qu’ils se comportent différemment – qu’ils seraient neutres, bienveillants, qu’ils ne profiteraient pas de la situation dans une telle mesure et qu’il n’exerceraient pas autant de chantage. Il me semble que cette déception tient un rôle, il me semble que les Polonais ont tout simplement échoué », avait-elle continué.

Engelking avait aussi accusé, pendant son entretien, la Pologne contemporaine de « falsifier » l’Histoire en exagérant l’aide apportée par les Polonais aux Juifs pendant la Shoah.

Une interview qui avait suscité l’indignation, notamment de la part du Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, qui avait affirmé qu’elle avait été l’occasion « de propos scandaleux qui n’ont rien à voir avec les connaissances historiques établies. » Il avait estimé qu’ils entraient dans le cadre « d’un narratif anti-polonais relayé dans certains médias ».

Dans un communiqué qui a été émis vendredi, le responsable de l’autorité polonaise de régulation des chaînes de télévision, Maciej Świrski, a annoncé qu’une enquête avait été ouverte contre TVN.

« En Pologne, tout le monde peut, en s’appuyant sur la liberté d’expression dire des mensonges et tenir des propos insensés », a-t-il commenté. « Mais le travail des journalistes est de corriger les mensonges parce que la loi sur la presse leur impose de fournir des informations fiables. Si l’invité d’une émission profère des mensonges, alors les journalistes doivent en informer les téléspectateurs ».

Barbara Engelking, spécialiste de la Shoah. (Crédit : Yad Vashem via AP)

« Et enfin, si les Polonais n’avaient pas aidé les Juifs, les Allemands n’auraient pas prévu la peine de mort pour ceux qui aidaient les Juifs », a ajouté Świrski, bien qu’Engelking n’ait pas nié que certains Polonais avaient tendu la main aux Juifs pendant la Shoah.

L’un des principes au cœur du Parti du droit et de la justice au pouvoir en Pologne est la défense des Polonais ethniques et l’imposition d’un narratif nationaliste du passé, en particulier en ce qui concerne la Seconde Guerre mondiale. Tandis que l’Histoire a montré que de nombreux Polonais avaient aidé à persécuter les Juifs, la droite nationaliste insiste sur la nécessité de les dépeindre sous les traits de victimes ou de héros.

En 2018, le gouvernement polonais avait adopté sa loi sur la Shoah – qui rend passible de sanction pénale toute diffamation de la nation polonaise ou toute mise en cause de cette dernière dans les crimes nazis. En pratique, ce texte de loi a servi à censurer les experts et à empêcher le débat.

Une recherche qui avait été publiée au début de l’année 2023 avait révélé qu’un groupe de rédacteurs polonais sur Wikipedia a, depuis 25 ans, systématiquement modifié les pages consacrées à la Shoah de l’encyclopédie en ligne, prenant soin d’attribuer aux Juifs la responsabilité des atrocités subies et exonérant les Polonais de toute responsabilité dans leurs antécédents antisémites.

« A la veille de l’occupation allemande de la Pologne, en 1933, environ 3,3 millions de Juifs vivaient dans le pays », selon le mémorial de la Shoah israélien de Yad Vashem. « A la fin de la guerre, 380 000 Juifs approximativement étaient encore en vie – les autres avaient été assassinés, en majorité dans les ghettos et dans les six camps de la mort : Chelmo, Belzec, Sobibor, Treblinka, Majdanek et Auschwitz-Birkenau.”

Asaf Elia-Shalev/JTA ont contribué à la rédaction de cet article.

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