Pologne : rejet d’une plainte en justice contre des historiens de la Shoah
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Pologne : rejet d’une plainte en justice contre des historiens de la Shoah

Une fondation qui a soutenu la partie civile a annoncé qu'elle déposerait un pourvoi en cassation devant la Cour suprême

Barbara Engelking, spécialiste de la Shoah, (à gauche) et Jan Grabowski, spécialiste de la Shoah, (à droite). (Yad Vashem via AP / Autorisation)
Barbara Engelking, spécialiste de la Shoah, (à gauche) et Jan Grabowski, spécialiste de la Shoah, (à droite). (Yad Vashem via AP / Autorisation)

La cour d’appel de Varsovie a rejeté lundi une plainte pour diffamation contre deux historiens renommés, accusés d’avoir commis des « inexactitudes » dans leur livre sur la Shoah, un procès qui a suscité un vif débat sur la liberté de la recherche scientifique dans le pays.

Les professeurs Barbara Engelking et Jan Grabowski de l’Université d’Ottawa, sont les co-auteurs d’un ouvrage intitulé Plus loin, c’est encore la nuit, qui fait état de nombreux cas de complicité de Polonais dans le génocide juif pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Le procès a été intenté par la nièce d’Edward Malinowski, qui fut maire du village de Malinowo (nord-est) pendant l’occupation allemande et dont l’implication présumée dans un massacre de Juifs est brièvement évoquée dans cet ouvrage.

Dans un premier procès en février, les deux chercheurs avaient été condamnés à publier des excuses, mais le tribunal avait alors rejeté une requête en dédommagement de plus de 22 000 euros pour éviter un « effet dissuasif pour d’autres recherches ».

Lundi, la juge Joanna Wisniewska-Sadomska a déclaré que la plainte constituait « une atteinte inacceptable à la liberté de la recherche scientifique et à la liberté d’expression ».

Elle a également souligné « la salle d’audience n’était pas le bon endroit pour mener un débat historique ».

La vérification de la méthodologie des recherches scientifiques, la critique ou la vérification des sources par la cour, constituerait, selon elle, « une forme inacceptable de censure et d’ingérence dans la liberté du travail de recherche et du travail scientifique ».

Une fondation qui a soutenu la partie civile a annoncé qu’elle déposerait un pourvoi en cassation devant la Cour suprême.

Le procès s’était déroulé tandis que la droite nationaliste est accusée de vouloir réécrire l’histoire du pays et décourager les enquêtes sur les agissements polonais sous l’occupation allemande.

Le Mémorial de la Shoah de Jérusalem, et nombre d’organisations juives et de chercheurs des deux côtés de l’Atlantique, avaient en février vivement condamné le procès contre les historiens.

Près de six millions de Polonais, dont trois millions de Juifs, ont péri entre 1939 et 1945, sous l’occupation allemande.

Si, d’un côté, de nombreux cas d’indifférence, parfois de cruauté, à l’égard de Juifs ont été décrits par les historiens, la Pologne compte aussi le plus grand nombre de « Justes parmi les Nations » de tous les pays, soit plus de 7 000 personnes honorées par Yad Vashem pour avoir sauvé des juifs pendant la guerre.

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