Pour éviter le terrorisme, Taglit troque les marchés exotiques contre des centres commerciaux
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Pour éviter le terrorisme, Taglit troque les marchés exotiques contre des centres commerciaux

De lourdes restrictions de voyage dans Jérusalem déçoivent les participants, mais le risque de violence nécessite une adaptation

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des participants au programme Taglit à Massada, été 2012. (Crédit : Taglit-Birthright/JTA)
Des participants au programme Taglit à Massada, été 2012. (Crédit : Taglit-Birthright/JTA)

Pendant les prochaines semaines, les rues d’Israël se rempliront d’étudiants et de jeunes adultes juifs américains, qui visiteront la Terre sainte pendant un voyage dans le cadre de Taglit.

Mais alors que les attaques terroristes continuent, ces rues sont devenues de plus en plus dangereuses. Arrêts de bus, marchés publics et zones commerciales ont toutes été le site d’attaques au couteau, à la voiture bélier et de coups de feu depuis le début de la vague actuelle de violence qui a commencé cet automne.

En conséquence, Taglit a sévèrement limité ses participants pendant leur étape à Jérusalem, annulant les visites de la zone piétonne de la rue Ben Yehuda et du marché Mahane Yehuda, qui ont tous les deux été des sites d’attaques terroristes ces dernières années.

Bien que la plupart des participants n’aient jamais été en Israël avant et n’ont donc aucun moyen de comparer leur expérience, il y a tout de même une impression de mécontentement dans les groupes en raison de ces changements, selon un membre de l’équipe qui encadrait un des groupes et a demandé à rester anonyme.

« Nos étudiants ne sont pas autorisés à aller au shouk, ce qui les a incroyablement déçu, a déclaré ce membre de l’équipe. Ils savent qu’ils manquent quelque chose qui devait faire partie de leur expérience Taglit. »

Les sorties régulières du voyage dans les zones centrales se sont également transformées en soirées dans un Cinema City de Jérusalem ou dans l’un de ses centres commerciaux.

« Les emmener à Cinema City était une déception folle, folle. Ils devaient attendre dans des files ridiculement longues parce qu’il y avait beaucoup de voyages Taglit là-bas », a décrit le membre de l’équipe.

Mais les changements dans les itinéraires des groupes ne se font pas sans raison, a ajouté le membre de l’équipe Taglit. Les violences en cours à Jérusalem et dans le reste d’Israël sont une source d’inquiétude légitime pour les participants et leurs familles aux Etats-Unis.

A la place des parents, les étudiants et les jeunes adultes qui voyagent en Israël sont sous la surveillance des directeurs de programme, qui doivent garder à l’esprit la menace des attaques mais fournir tout de même une expérience pédagogique et agréable aux participants.

« Nous avons tous été touchés par la situation sécuritaire à Jérusalem. Evidemment, de mon point de vue c’est pour le mieux parce que je veux que mes participants soient en sécurité », a déclaré le membre de Taglit.

Plus tôt dans le mois, le département d’Etat américain a publié un avertissement de voyage pour Israël, à cause de la fréquence des attaques terroristes palestiniennes, qui se produisent à un taux inédit dans la dernière décennie.

« La situation sécuritaire peut changer de jour en jour, selon la situation politique, les évènements récents, et la zone géographique, dit l’avertissement. Une montée des tensions politiques et de la violence à Jérusalem et en Cisjordanie a engendré des blessés et des morts de citoyens américains. »

Un étudiant américain, Ezra Schwartz, qui passait une année dans une yeshiva en Israël entre le lycée et l’université, a été tué pendant les violences qui secouent Israël depuis le 1er octobre, quand Naama et Eitam Henkin ont été abattus par une cellule terroriste dans leur voiture en Cisjordanie, alors que les quatre enfants du couple étaient à l’arrière de la voiture.

Ezra Schwartz, au centre, a été assassiné par un terroriste palestinien dans le sud de Jérusalem, le 19 novembre 2015. Schwartz passait une année sabbatique dans une yeshiva à Beit Shemesh (Crédit : Facebook)
Ezra Schwartz, au centre, a été assassiné par un terroriste palestinien dans le sud de Jérusalem, le 19 novembre 2015. Schwartz passait une année sabbatique dans une yeshiva à Beit Shemesh (Crédit : Facebook)

Schwartz a été tué par balles par un terroriste palestinien fin novembre alors qu’il était dans un bus non blindé après une visite d’une implantation avancée de Cisjordanie. Sa mort a soulevé des questions sur les protocoles de sécurité de certains programmes internationaux en Israël, particulièrement pourquoi le bus dans lequel il voyageait n’était pas résistant aux balles, en raison du risque élevé d’attaques terroristes en Cisjordanie.

Les organisateurs de voyage sont habitués à établir leur programme à travers les vagues de terreur et les tirs de roquette et prévoient en fonction.

Pour de multiples raisons, politiques et sécuritaires, les voyages Taglit se rendent très rarement de l’autre côté de la Ligne verte, la frontière pré-1967 d’Israël, en Cisjordanie ou à Jérusalem est, à l’exception d’une visite au mur Occidental ou d’un voyage à la mer Morte.

Comme les voyages ne durent que dix jours, les participants sont rarement autorisés à voyager par leurs propres moyens, et même pendant les soirées libres, quand les participants peuvent explorer le voisinage, ils sont accompagnés par un membre de l’équipe et un garde, a expliqué une porte-parole de Taglit Israël.

Cependant, si les participants choisissent de rester en Israël après leur voyage, ils prennent la responsabilité de leur propre sécurité, a ajouté la porte-parole.

Les itinéraires des groupes sont évidemment approuvés chaque jour par le département de sécurité du ministère de l’Education. Si besoin, ils peuvent être modifiés, comme c’est arrivé avec la série d’hiver des voyages Taglit.

La dernière fois que c’est arrivé, pendant le conflit de 2014 avec Gaza, quand de larges régions d’Israël étaient sous le feu des roquettes, Taglit a modifié ses itinéraires pour éviter le sud du pays et se concentrer plus sur le nord et le centre d’Israël.

« Aucun de nos participants n’a même entendu la sirène d’alarme aux roquettes », a vanté la porte-parole.

Mais le terrorisme en cours n’a pas encore forcé Taglit a radicalement modifier ses itinéraires de voyage, puisque ses projets considèrent un certain niveau de menace de violence comme acquis. « Nous sommes prêts à tout », a déclaré la porte-parole.

« Nous n’avons jamais eu de problème de sécurité, et nous avons eu plus de 500 000 participants », a-t-elle ajouté.

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