Pour le professeur Mordechai Kedar, l’assassin de Rabin n’est pas Yigal Amir
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Pour le professeur Mordechai Kedar, l’assassin de Rabin n’est pas Yigal Amir

Cet enseignant de l'université Bar-llan clame qu'un "éminent politicien" a voulu faire éliminer le Premier ministre, des propos "insensés" pour Netanyahu

Mordechai Kedar (Crédit : Autorisation  Facebook)
Mordechai Kedar (Crédit : Autorisation Facebook)

Un professeur israélien a clamé qu’Yitzhak Rabin n’avait pas été assassiné par l’homme qui a été condamné pour cet acte, affirmant que la mort de l’ex-Premier ministre avait été orchestrée par un éminent responsable politique, dans le contexte de la signature des accords de paix historiques d’Oslo avec les Palestiniens.

Mercredi, Mordechai Kedar, spécialiste de la culture arabe à l’université Bar-Ilan, a maintenu les propos qu’il avait tenus la veille, disant à la Douzième chaîne qu’il préférait démissionner plutôt que de présenter des excuses pour avoir avancé l’hypothèse de la possible innocence d’Yigal Amir.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a, pour sa part, émis un communiqué condamnant le « discours insensé concernant Yigal Amir, assassin de Yitzhak Rabin ».

Le centre Yitzhak Rabin a qualifié l’enseignant de « complotiste de mauvais goût ».

Et l’université Bar Ilan elle-même a pris ses distances, disant dans un communiqué qu’elle « condamne complètement » les propos de Kedar et que ses opinions « ne représentent ni l’université ni ses employés. Nous maintenons que de tels discours n’ont pas leur place au sein de la société israélienne ».

L’administration de l’université devrait organiser une réunion sur la question. Kedar, quant à lui, ne pourra plus représenter l’institut à l’étranger pour une période indéterminée, il a notamment dû renoncer à se rendre à une conférence qui était prévue la semaine prochaine.

Une photo d’Yigal Amir présent au tribunal en 2004. (Yoram Rubin/Flash90)

Amir avait été reconnu coupable de l’assassinat par arme à feu de Rabin, à la fin d’un rassemblement pour la paix qui avait eu lieu à Tel Aviv le 4 novembre 1995. Il a été condamné à la prison à vie.

Le dossier constitué contre Amir n’avait pas laissé de doute : une vidéo le montrait pointant son arme en direction de Rabin. Il avait avoué son crime, avec calme, devant la police, procédé à la reconstitution et n’était jamais revenu sur son témoignage.

Et pourtant, des théories du complot marginales ont évoqué un certain nombre d’autres possibilités que la culpabilité d’Amir.

Celles-ci s’appuient sur certains faits prétendument ambigus qui auraient entouré la nuit du meurtre : il a été dit que les balles étaient à blanc, certains témoins ont pu déclarer qu’ils n’avaient pas vu de sang sur les lieux, un transport anormalement long vers l’hôpital aurait également été rapporté.

La responsabilité de la fusillade avait été attribuée à la droite politique, placée à l’époque sous l’autorité de Netanyahu, en raison d’incitations à la violence présumées attisées par la rhétorique féroce employée contre Rabin et le processus de paix entamé avec les Palestiniens, lequel a connu son apogée avec les Accords d’Oslo signés à la Maison Blanche en 1993.

L’enseignant de l’université Bar-Ilan – où Amir, lui-même, avait été étudiant en droit – s’est adressé à l’assistance réunie lors d’un rassemblement en soutien à Netanyahu qui était organisé dans la ville de Petah Tikvah, dans le centre du pays, mardi soir.

« La personne qui a assassiné Rabin est un homme dont les initiales sont ‘Yud Resh' », a déclarant Kedar, se référant à deux lettres en hébreu. Les initiales en hébreu d’Amir sont Yud et Alef.

« La personne responsable était un éminent responsable politique qui voulait éliminer Yitzhak Rabin parce qu’il voulait sortir des Accords d’Oslo », a-t-il ajouté. Ce « il » n’a pas été identifié.

« D’ici, je demande à ce que cette étiquette trompeuse qu’est le ‘top secret’ soit supprimée des documents qui ne correspondent pas à la théorie selon laquelle la droite aurait assassiné Rabin. Il est grand-temps de le faire. Cela fait 24 ans que la droite est souillée, que mon université Bar-Ilan est souillée, que nous avons tous été souillés », a-t-il poursuivi.

Ce qui est arrivé, a-t-il affirmé, « à cause de quelque chose que Yigal Amir n’a peut-être pas fait. Et il est aujourd’hui à l’isolement. Pourquoi est-il à l’isolement ? Pour qu’il ne puisse dire la vérité à personne ».

Kedar a ensuite appelé à une « enquête réelle sur le meurtre de Rabin ».

Ses propos ont été capturés en vidéo par un membre du public, Yossi Hacohen, un militant du Likud, qui a publié la séquence sur son compte Twitter.

Mercredi, face aux réactions violentes des Israéliens, Kedar a expliqué devant les caméras de la Douzième chaîne qu’il n’avait aucunement l’intention de revenir sur ses propos.

« Si les administrateurs de l’université veulent des excuses, ils obtiendront ma lettre de démission », a-t-il dit. « Je le garantis ».

Kedar a répété qu’Amir était innocent, mais a refusé de commenter l’identité de celui qui, selon lui, serait le vrai coupable.

Il a déclaré avoir commencé à remettre en question les circonstances de l’assassinat de Rabin après avoir écouté une conférence de Nahum Shahaf, un physicien spécialisé dans les technologies des drones et des missiles pour l’armée israélienne, qui a lui aussi promu des théories du complot autour de la mort de l’ex-Premier ministre.

Kedar a dit à la Douzième chaîne qu’Amir pouvait avoir confessé le meurtre en raison des interrogatoires intensifs de la police et rappelé qu’il n’avait pas pu rencontrer un avocat pendant un mois.

« Pourquoi est-il à l’isolement ? », a demandé Kedar. « Pourquoi est-il impossible d’accéder à lui ? Tous les prisonniers sont accessibles… sauf lui. Et pourquoi ? », a-t-il continué.

Le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin (à gauche), le président américain Bill Clinton (au centre) et le roi Hussein de Jordanie à la Maison Blanche, le 25 juillet 1994. (Saar Yaacov/GPO)

Le centre Yitzhak Rabin a indiqué dans un communiqué que « une fois encore, comme chaque année avant la date de commémoration de l’assassinat du Premier ministre, un complotiste de mauvais goût se présente, fait les gros titres et vit sa minute de célébrité. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement ».

Le centre a ajouté qu’il continuerait à œuvrer à « réfréner les querelles, les incitations et la propagation de l’anarchie de manière à ce que la mort du Premier ministre Yitzhak Rabin, il y a 24 ans, soit le dernier assassinat politique de toute l’histoire d’Israël ».

Même s’il est placé à l’isolement, Amir a le droit de recevoir des coups de téléphone, des visites de sa famille et de son épouse. Ces privilèges ont récemment été suspendus après qu’il a tenté d’utiliser son téléphone pour former un parti politique avant les élections du mois dernier.

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