Pour les Irakiens, un « message » à l’Iran plus qu’une simple victoire au foot
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Pour les Irakiens, un « message » à l’Iran plus qu’une simple victoire au foot

Dans le stade d'Amman, des supporteurs irakiens étaient habillés de noir en signe d'hommage et de deuil envers les manifestants tués en Irak

Des supporters irakiens durant un match de qualification pour la Coupe du monde football 2020 et la coupe d'Asie 2023, entre l'Iran et l'Irak à Amman, le 14 novembre 2019. (Crédit : Khalil MAZRAAWI / AFP)
Des supporters irakiens durant un match de qualification pour la Coupe du monde football 2020 et la coupe d'Asie 2023, entre l'Iran et l'Irak à Amman, le 14 novembre 2019. (Crédit : Khalil MAZRAAWI / AFP)

Du stade d’Amman à la place Tahrir de Bagdad, des milliers d’Irakiens ont savouré jeudi la victoire sur l’Iran (2-1) comme un signe d’encouragement à la révolte en cours contre le pouvoir irakien et l’influence du puissant voisin iranien.

L’Irak s’est imposé sur terrain neutre grâce à un but marqué dans le temps additionnel, à l’issue d’une nouvelle journée de manifestations à Bagdad ternie par la mort de quatre manifestants tués par des tirs de grenades lacrymogènes.

Depuis le 1er octobre, des milliers d’Irakiens manifestent contre l’incurie et la corruption de la classe politique, scandant notamment des slogans anti-Iran, pays qu’ils accusent de soutenir le gouvernement qu’ils veulent à tout prix mettre à bas.

Avant le match, parmi les milliers d’Irakiens à prendre place dans les tribunes, Moustafa Abdallah a déclaré à l’AFP: « l’Iran et ses agents sont la cause des maux qui ont balayé l’Irak après la chute » de l’ex-dictateur Saddam Hussein en 2003.

La police jordanienne durant un match de qualification pour la Coupe du monde football 2020 et la coupe d’Asie 2023, entre l’Iran et l’Irak, à Amman, le 14 novembre 2019. (Crédit : Khalil MAZRAAWI / AFP)

« Nous sommes venus au stade non seulement pour soutenir la sélection irakienne mais aussi pour exprimer notre soutien à nos camarades manifestants qui participent à leur plus grande compétition, la révolte contre l’Iran et l’injustice en Irak », a souligné ce quadragénaire résidant à Amman, portant fièrement un drapeau irakien.

Non loin, Amjad Fahed, un quinquagénaire, a déploré que son pays soit « parmi un des plus riches au monde », grâce à ses ressources énergétiques, « mais que les agents corrompus de l’Iran l’aient pillé », en allusion à des chefs politiques irakiens.

« Des héros »

Ce match comptant pour les qualifications au Mondial-2022 devait être disputé à Bassora, dans le sud de l’Irak, mais a été déplacé à Amman par la Fifa en raison de la « situation sécuritaire » en Irak.

Safaa Hadi, milieu de terrain iralien célèbre un but de son équipe durant un match de qualification pour la Coupe du monde football 2020 et la coupe d’Asie 2023, entre l’Iran et l’Irak, à Amman, le 14 novembre 2019. (Crédit : Khalil MAZRAAWI / AFP)

Les Irakiens ont toutefois presque joué à domicile car la Fédération irakienne avait offert des billets à certains des quelques 70.000 Irakiens vivant en Jordanie.

Dans le stade d’Amman, des supporteurs irakiens étaient habillés de noir en signe d’hommage et de deuil envers les manifestants tués en Irak.

Les forces de sécurité jordaniennes, présentes en nombre autour de l’enceinte, les ont toutefois empêchés d’introduire des affiches contestataires.

La police jordanienne durant un match de qualification pour la Coupe du monde football 2020 et la coupe d’Asie 2023, entre l’Iran et l’Irak, à Amman, le 14 novembre 2019. (Crédit : Khalil MAZRAAWI / AFP)

A quelque mille kilomètres de là, sur la place Tahrir à Bagdad, épicentre du mouvement de contestation, des manifestants sont restés les yeux rivés sur des écrans diffusant la rencontre, comme à Najaf, la ville sainte chiite au sud de la capitale.

Des Irakiens fêtent la victoire de leur équipe à Mossoul aprèsun match de qualification pour la Coupe du monde football 2020 et la coupe d’Asie 2023, entre l’Iran et l’Irak, à Amman, le 14 novembre 2019. (Crédit : Haidar HAMDANI/AFP)

Le ton a été donné dès la diffusion de l’hymne national iranien, hué par la foule. « L’Iran dehors, Bagdad restera libre », ont scandé au rythme des tambours des Irakiens rassemblés sur la grande place.

Et quand l’Irak a ouvert le score à la 10e minute, le son des feux d’artifice a été entendu dans tout Bagdad.

Ce match est « un message important », a expliqué Ahmed, 26 ans, affublé du maillot de son équipe nationale, alors que des conducteurs de Saipa, une marque iranienne de voiture généralement utilisée comme taxi en Irak, sillonnaient la place Tahrir en arborant des drapeaux irakiens, leurs passagers chantant des slogans à la gloire de la sélection nationale.

Pour Sara, 25 ans, « l’équipe a montré qu’il y a des héros partout, pas seulement sur la place Tahrir ».

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