Pour Tsahal, n’abandonner personne est plus qu’une mission
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Pour Tsahal, n’abandonner personne est plus qu’une mission

Une unité de l'armée est responsable de localiser les personnes portées disparues et promet de faire tout son possible pour les ramener

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Les membres de l'unité Eitan, qui recherche des corps disparus, prélever des échantillons de sang dans le cadre d'un exercice d'entraînement. (Crédit : Eric Cortellessa / Times of Israël)
Les membres de l'unité Eitan, qui recherche des corps disparus, prélever des échantillons de sang dans le cadre d'un exercice d'entraînement. (Crédit : Eric Cortellessa / Times of Israël)

Le major Yochai Hershberg cligne des yeux, ébloui par le soleil éclatant du désert du Néguev. A sa gauche et à sa droite, il est entouré de ses soldats réservistes. Ils étaient à peu près à 100 mètres d’un tank israélien retourné, sur les lieux de ce qui semblent être un site d’attaque.

Portant des gants en caoutchouc bleu avec son uniforme vert de l’armée, il se met à genoux pour déterminer exactement ce qui est arrivé. Il a commencé en ramassant un échantillon de sang sur le sable du désert et en le plaçant dans un bocal qui pourrait être ensuite utilisé pour les tests médico-légaux – seulement le ‘sang’ dans ce cas, s’est avéré être simplement du ketchup.

Stationnée à la base de l’armée Tseelim dans le sud d’Israël, l’unité Eitan du Commandement du Sud s’est préparée à la fin du mois d’août pour les missions qu’ils auront probablement à entreprendre dans n’importe quelle campagne militaire future. Ils ne peuvent pas être impliqués dans des opérations de combat en soi, mais leur existence est tout aussi important dans l’esprit de la nation que la collecte des renseignements ou la conduite de missions de reconnaissance opérées derrière les lignes ennemies.

Responsable de la localisation des soldats disparus au combat, l’unité voit sa mission non seulement comme étant un lourd fardeau mais aussi comme une nécessité de respecter une promesse nationale.

« C’est l’un de nos engagements auprès de tous les Israéliens qui porte l’uniforme », a déclaré le lieutenant-colonel (réserviste) Shai Udman, le commandant de l’unité, au Times of Israel. « Chaque portion dans l’armée israélienne doit savoir que si elles sont envoyées au combat et qu’ils leur arrivent quelque chose, nous allons les ramener ».

« S’ils meurent en servant le pays, nous leur promettons que nous allons ramener leurs dépouilles aux familles afin qu’ils puissent avoir un enterrement convenable, » a-t-il ajouté. « Et nous ne renonçons jamais à cela. »

A Tseelim, les soldats s’entraînent constamment en imaginant le scénario d’un soldat enlevé.

Un tank renverrsé simulant une attaque sur la base de Tsahal à Tseelim dans le Néguev (Photo: Eric Cortellessa / Times of Israel)
Un tank renverrsé simulant une attaque sur la base de Tsahal à Tseelim dans le Néguev (Photo: Eric Cortellessa / Times of Israel)

Pour cet exercice particulier, les commandants ont simulé une scène où un char israélien avait été attaqué avec des explosifs. Des parties de corps d’un mannequin, vêtues d’uniformes de Tsahal, ont été dispersées autour du site, alors qu’une équipe de cinq personnes commence le processus de déconstruction de l’événement. L’exercice a été spécifiquement créé à partir d’un scénario que l’unité a déjà rencontré et qui risque également de se produire à nouveau, selon le Major (de réserve) Doron Herman.

« Nous essayons d’abord de déterminer ce qui est arrivé. Ensuite, nous recherchons des indices pour savoir si les soldats impliqués sont morts ou vivants, quelle quantité de sang a coulé, s’il y a une blessure importante qui nécessiterait un traitement médical immédiat qu’il ou elle n’a probablement pas reçu », a expliqué Herman. « Des choses comme ça. »

Le principal objectif de chaque mission est d’établir si un soldat disparu est vivant, mort et / ou enlevé.

« Nous essayons de comprendre cela aussi rapidement que possible afin que l’armée puisse agir en conséquence et que nous puissions informer les familles », a déclaré Herman. « Si un fils ou une fille est manquant, peut-être que nous ne pouvons pas toujours le faire revenir, mais nous pouvons savoir où il est et ce qui lui est arrivé. »

« Nous avons parlé à des familles dont un proche avait été porté disparu pendant un certain temps, et ils nous ont dit, ‘Nous préférerions savoir qu’il est mort que de vivre avec l’incertitude qu’il peut être quelque part' », a-t-il confié. « Nous ressentons le fardeau de cette mission, qui consiste à réduire la fenêtre d’incertitude pour les familles. »

Le Major (Rés.) Doron Herman avec deux autres membres de l'unité de recherches des personnes disparues de l'armée israélienne au cours d'un exercice (Photo: Eric Cortellessa / Times of Israel)
Le Major (Rés.) Doron Herman avec deux autres membres de l’unité de recherches des personnes disparues de l’armée israélienne au cours d’un exercice (Photo: Eric Cortellessa / Times of Israel)

Tous ceux qui servent dans l’unité Eitan sont des soldats de réserve et ont une vie professionnelle en dehors de l’armée. Néanmoins, ils sont toujours disponibles pour servir si un conflit éclate et qu’une action militaire est nécessaire, comme cela a été le cas l’été dernier lors de l’opération Bordure protectrice.

Parmi ceux qui ont participé à l’exercice pratique d’urgence de la semaine dernière il y avait un agriculteur, un géologue et un avocat. Généralement, ils sont sont plus âgés que la plupart des réservistes. Par exemple, Hershberg a 45 ans et Herman 44 ans. Les deux insistent sur le fait que d’avoir des réservistes qui sont relativement plus âgés est une partie importante de la logique structurelle de l’unité.

« L’âge vous donne une perspective et un jugement différents de ceux des jeunes soldats », a expliqué Herman. « En outre, nous ne sommes pas impliqués dans le combat, ce qui nous permet d’évaluer la situation avec une perspective plus calme et plus rationnelle. »

Cette structure inclut également une perspective historique. Depuis la création de l’unité après la guerre du Kippour en 1973, l’armée israélienne a mis beaucoup plus l’accent sur la nécessité et l’efficacité d’une unité des personnes portées disparues.

Haim Bar-Lev (Centre gauche) consulte Ariel Sharon (avec le bandage) et Moshe Dayan (casquette) sur le front sud pendant la guerre du Kippour (Crédit : GPO/ Flash90)
Haim Bar-Lev (Centre gauche) consulte Ariel Sharon (avec le bandage) et Moshe Dayan (casquette) sur le front sud pendant la guerre du Kippour (Crédit : GPO/ Flash90)

Alors qu’il y avait certainement des efforts pour trouver des soldats portés disparus lors des guerres antérieures d’Israël – la guerre d’indépendance (en 1948) et la guerre des Six-Jours (en 1967) – il n’y avait pas d’unité structurée responsable pour localiser les soldats disparus au combat jusqu’à ce que l’armée ait experimenté plus de 2 000 soldats portés disparus au cours de la campagne de 1973. « Cette unité a été une leçon tirée de cette guerre », a dir Udman.

Le 6 octobre 1973, une coalition d’armées arabes, conduite par l’Egypte et la Syrie, a lancé une attaque surprise conjointe sur Israël pendant le jour le plus saint pour les juifs, Yom Kippour, en vue de reprendre respectivement le contrôle du Sinaï et celui du plateau du Golan.

Bien que la guerre de 24 jours se soit terminée avec une victoire militaire israélienne, les combats ont infligé à Israël un coût important en vies humaines, avec plus de 2 500 victimes.

« Ce fut une guerre qui nous a été imposée, et elle a eu pour conséquence une prise de conscience de la nécessité de créer cette unité », a déclaré Herman.

« En raison de la nature désordonnée des guerres, il n’est pas surprenant que des soldats disparaissent de temps en temps. Il y a le brouillard de la bataille, de sorte que les gens peuvent se retrouver dans un endroit différent de celui où ils devraient être. »

42 ans après, l’unité Eitan est toujours à la recherche de corps de la guerre du Kippour, ainsi que de la guerre d’Indépendance, de la guerre des Six Jours et de la Première Guerre du Liban de 1982.

Les membres de l’unité insistent pour dire que les efforts pour trouver des soldats disparus il y a longtemps ne s’avèrent pas toujours futiles. Par exemple, le 4 septembre, il y a eu une cérémonie d’inhumation de dépouilles récemment trouvées qui datent de 1948.

« Quand nous disons que nous ne renonçons jamais à ces soldats », a conclu Herman. « Nous le pensons vraiment. »

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