Pourquoi certains chefs d’implantations ont aidé à faire réélire Netanyahu ?
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Pourquoi certains chefs d’implantations ont aidé à faire réélire Netanyahu ?

Alors s'être confrontés à lui dans le passé, deux maires importants en Cisjordanie ont fait du porte-à-porte pour le Likud après sa promesse d’annexer les implantations

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Yisrael Gantz (gauche), président du conseil régional de Binyamin, remet un prix au Premier ministre Benjamin Netanyahu à la cérémonie d'inauguration d'un nouvel échangeur à l'implantation du centre de la Cisjordanie d'Adam, le 11 décembre 2018. (Crédit: Yossi Zamir)
Yisrael Gantz (gauche), président du conseil régional de Binyamin, remet un prix au Premier ministre Benjamin Netanyahu à la cérémonie d'inauguration d'un nouvel échangeur à l'implantation du centre de la Cisjordanie d'Adam, le 11 décembre 2018. (Crédit: Yossi Zamir)

La dernière fois que deux des plus importants dirigeants du mouvement d’implantation ont été invités à une réunion au Bureau du Premier ministre, ils ont préféré ne pas venir.

C’était en décembre dernier, alors que la ferveur électorale prenait doucement de l’ampleur. Un mois n’était même pas passé depuis une série de fusillades terroristes en Cisjordanie au cours desquelles deux soldats et le bébé d’une femme enceinte avaient été tués et neuf autres personnes blessées.

Affirmant que le Premier ministre Benjamin Netanyahu utilisait la réunion pour une opération de communication avec les maires israéliens au-delà de la Ligne verte, plutôt que de répondre à leurs demandes pour une construction plus rapide des implantations et de renforcements sécuritaires en réponse à la violence palestinienne, le président du conseil régional de Binyamin Yisrael Gantz et le président du conseil régional de Samarie Yossi Dagan ont pris leur distance avec leurs collègues en décidant de ne pas participer.

Tout juste trois mois plus tard – et seulement deux jours avant le vote du 9 avril – Gantz et Dagan ont de nouveau été invités à rencontrer Netanyahu. Cette fois, ils ont non seulement répondu à son appel, mais ils ont aussi apporté des cadeaux à Jérusalem.

Le président du conseil régional de Samarie Yossi Dagan (gauche)et le président du conseil régional de Binyamin Yisrael Gantz. (Crédit : Roy Hadi)

Lors de la rencontre, les deux dirigeants du mouvement des implantations ont détaillé leur stratégie d’appel au vote pour le parti du Likud pour les élections. Dans le cadre d’une grande campagne appelée « Zazim Yemina » (Aller vers la droite), chacun d’eux a été chargé d’une ville ou d’une région du pays où le pourcentage d’électeurs potentiellement de droite était élevé, mais où la participation aux récentes élections avait été faible. Avec des centaines d’activistes de leurs municipalités, Gantz et Dagan sont allés faire du porte-à-porte le jour de l’élection afin d’encourager les Israéliens à voter. A un certain moment, Gantz et Dagan ont été rejoints par les ministres du Likud Zeev Elkin et Yariv Levin, donnant à ceux qui ouvraient la porte une indication assez claire pour qui ils devraient voter, sans appeler explicitement à soutenir le parti de Netanyahu.

« La présence à votre porte d’un ministre et de quelqu’un de Judée et Samarie qui vous dit que c’est très important pour son futur que vous votiez est très puissante », a déclaré Gantz.

Justifiant leur décision de faire du porte-à-porte pour quelqu’un dont ils avaient le sentiment qu’il ne prenait pas sérieusement en compte la sécurité de leurs résidents moins de quatre mois plus tôt, Gantz et Dagan ont dit au Times of Israël que les conséquences d’une défaite de Netanyahu étaient bien plus sérieuses que la politique politicienne.

« Nous ne pouvions pas très facilement nous réveiller avec la réalité d’un gouvernement de gauche, qui aurait fait du mal au mouvement d’implantation », a déclaré Gantz.

Le ministre de Likud Yariv Levin (gauche) regarde Yossi Dagan, président du conseil régional de Samarie, qui frappe à la porte pour faire campagne pour le Likud le 9 avril 2019. (Crédit: conseil régional de Samarie)

Dagan a utilisé presque la même rhétorique que celle de Netanyahu à quelques jours des élections. « Si aux dernières élections, les médias ont essayé de convaincre tout le monde que la gauche allait gagner, cette fois-ci, ils ont essayé de faire croire que Netanyahu allait remporter une large victoire », a expliqué le chef du mouvement d’implantation.

« Grâce à Dieu, les gens sont nationalistes et nous avons aidé à les réveiller au dernier moment de la torpeur imposée par les médias, a ajouté Dagan, concluant apparemment que ce journaliste n’avait pas été impliqué dans le « complot de la gauche ».

Dans la ville côtière du sud d’Ashdod où Dagan a fait campagne avec
1 000 volontaires de sa municipalité du nord de la Cisjordanie,
39 499 personnes ont voté pour le Likud – près de 4 000 de plus qu’aux élections de 2015.

Dans la ville à proximité de Kiryat Gat où Gantz s’est rendu,
11 506 électeurs ont voté pour le Likud – soit près de 2 000 de plus d’en 2015.

« Le Premier ministre m’a appelé au milieu de la journée pour me dire qu’il était inquiet de la participation des électeurs. Je lui ai dit, M. le Premier ministre, nous sommes actuellement à Ashdod avec un millier de personnes, tout le monde ici vous soutient. Quand vous aidez Shomron [la Samarie, ou la Cisjordanie du nord], le public israélien est avec vous », s’est souvenu Dagan.

Après une journée entière à faire campagne, Gantz et Dagan ont pris la direction de Tel Aviv pour la fête électorale du Likud. Netanyahu a salué les dirigeants d’implantations après la publication des résultats montrant que le Likud et le bloc de droite avait remporté une victoire confortable.

Le Premier minister Benjamin Netanyahu (droite) avec le chef des implantations Yossi Dagan lors d’un événement commémorant les 50 ans des implantations en Cisjordanie, el 18 o’ut 2017. (Jacob Magid/Times of Israel)

« Ah ! Maintenant, il y a un Gantz que je suis content de voir », a dit le président du conseil régional de Binyamin citant le Premier ministre qui aurait déclaré cela en le voyant peu après avoir battu le chef de Kakhol lavan Benny Gantz.

On vous renverra l’ascenseur…

Même si Gantz et Dagan ont déclaré que leur décision d’appeler à voter pour Netanyahu avait été faite bien avant leur rencontre dans le Bureau du Premier ministre, il semble difficile de dire que leur réunion ne soit pas liée à une interview donnée par le Premier ministre la veille.

Netanyahu a déclaré à la Douzième chaîne qu’il appliquerait la souveraineté israélienne sur les implantations de Cisjordanie s’il était élu. Il s’agissait de la première fois que Netanyahu affirmait officiellement son soutien pour l’annexion.

Gantz a reconnu avoir été assez surpris par les remarques de Netanyahu et il s’est rendu à une réunion avec Dagan et deux autres maires aussi très à droite – le président du conseil régional Har Hebron Yochai Damri et le président du conseil local Kiryat Arba-Hebron Eliyahu Libman — espérant mieux comprendre ce que Netanyahu voulait dire.

(De gauche à droite) Le ministre du Likud Zeeev Elkin et Yisrael Gantz, président du conseil régional de Binyamin, posent pour une photo avec un groupe de résidents de Pisgat Zeev lors d’une campagne de porte-à-porte le 9 avril 2019. (Crédit : Conseil régional de Binyamin)

« Quand j’ai dit vouloir appliquer la souveraineté, ce n’était pas juste un slogan et je l’ai aussi dit aux officiels de Trump. Je pense cela très sérieusement », a déclaré Netanyahu selon des souvenirs de Gantz.

Dagan a demandé au Premier ministre s’il faisait une distinction entre les blocs d’implantations plus proches de la Ligne verte et les communautés isolées plus au coeur de la Cisjordanie, et Netanyahu lui a dit que ce n’était pas le cas.

Interrogé pour savoir s’il croyait en la promesse électorale de Netanyahu d’appliquer la souveraineté, Gantz a hésité. « Non, a-t-il dit avant de clarifier rapidement. Ce n’est pas vraiment une question de savoir si j’y crois ou non ».

« Je pense qu’il veut établir la souveraineté. La question est jusqu’à quel point est-on prêt à se suicider pour cela. Quand voulez-vous appliquer la souveraineté ? Dans 20 ans ? », a réfléchi à haute voix le président du conseil régional de Binyamin.

Interrogé pour savoir si le destin de la promesse de campagne électorale serait différent de celui des autres promesses que Netanyahu avait faites aux dirigeants d’implantations pour plus de constructions et plus de financements, dont ils ont dit qu’elles n’ont pas été respectées, Dagan a éludé la question.

Le maire expérimenté a déclaré : « Je préfère regarder vers l’avant et non pas vers le passé. Quand vous avez un Premier ministre qui parle d’appliquer la souveraineté, nous devons le soutenir ».

En ce qui concerne le calendrier, les dirigeants des implantations ont dit que Netanyahu avait évité d’en communiquer un. Mais Gantz a dit qu’il ne voulait pas presser le Premier ministre à tenir ses promesses juste deux jours avant l’élection. « Cela n’a pas d’intérêt. Je voulais juste comprendre sa démarche, a déclaré le président du conseil régional Binyamin, dont la municipalité est en charge de 49 communautés au centre de la Cisjordanie.

Cette photo du 8 février 2017 montre une vue général d’une site de construction dans un projet de nouveaux logements dans l’implantation israélienne de Nili, à proximité de la ville de Cisjordanie de Ramallah. (AFP Photo/Gil Cohen-Magen)

Dagan semblait plus déterminé, déclarant qu’il attendait que Netanyahu commence à traiter la question immédiatement après la formation de son gouvernement.

« Si cela n’a pas lieu, nous savons comment lutter », a-t-il précisé, en référence aux manifestations qu’il a tenues au fil des ans devant la résidence du Premier ministre, pour lesquelles il a même réussi à recruter des ministres du propre gouvernement de Netanyahu.

Ce que Netanyahu a bien spécifié, selon Gantz, c’était qu’il légaliserait toutes les implantations dans son prochain mandat – ce n’est pas très précis, mais pour le président du Conseil régional de Binyamin où des centaines, si ce n’est des milliers, de maisons sont construites soit sur des terres privées palestiniennes ou sans les permis nécessaires, une telle décision réduirait sensiblement le fardeau qui pèse sur ces résidents vivant dans un état d’incertitude constant.

Le Trump dans la pièce

Dagan et Gantz ont reconnu que le plan de paix de l’administration Trump a été moins discuté dans leur rencontre avec Netanyahu. Washington a déclaré qu’il comptait le présenter après la fin du Ramadan et avant les vacances de Shavuot qui débutent le 9 juin.

Prévoyant que la proposition impliquerait une sorte de limitation du mouvement d’implantation, Dagan a appelé Netanyahu à rejeter immédiatement le plan.

« J’ai soutenu [le président américain Donald] Trump… et j’ai été invité à son inauguration, mais on a le droit de dire ‘non’, même à des amis, a-t-il dit. Trump respectera cette réponse plus que [l’ancien président Barack] Obama ne l’aurait fait ».

Le président américain Donald Trump sourit au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à droite, après avoir signé la proclamation formelle reconnaissant la souveraineté d’Israël sur les Plateaux du Golan, dans la Salle de réception diplomatique de la Maison Blanche à Washington, le 25 mars 2019. (AP Photo/Susan Walsh)

Gantz a dit qu’il était moins inquiet au sujet du plan, citant la promesse d’annexion de la campagne électorale de Netanyahu comme motif.

« Si Netanyahu va voir Trump et lui dit je vais appliquer la souveraineté [sur les implantations], Trump ne va pas se suicider… en proposant un plan contre lequel le Premier ministre va ensuite lutter [avec des politiques qui l’empêcheront de se concrétiser] », a déclaré Gantz.

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