Pourquoi l’art ? Pour l’amour de Dieu, répond la 4e Biennale de Jérusalem
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Pourquoi l’art ? Pour l’amour de Dieu, répond la 4e Biennale de Jérusalem

L'exposition permet de découvrir 200 artistes israéliens et de l'étranger pendant six semaines dans des lieux emblématiques ; objectif : rassembler dans une ville en conflit

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

"Cascade", installation vidéo de  Marina Abramovic dans la piscine historique intérieure de la YMCA dans le cadre de la 4ème Biennale de Jérusalem (Autorisation : Marina Abramovic Archives and MONA)
"Cascade", installation vidéo de Marina Abramovic dans la piscine historique intérieure de la YMCA dans le cadre de la 4ème Biennale de Jérusalem (Autorisation : Marina Abramovic Archives and MONA)

Une immense tapisserie de vinyls des années 1950 fabriquée au Maroc orne le plafond, une mannequin marocaine célèbre arbore une couronne de sfinges – des beignets – et des douzaines de cadres montrent des photos de jeunes Marocains sur Instagram, toutes réalisées à l’aide d’un iPhone.

Voilà certaines des 18 œuvres présentées à l’exposition « Ziara : la sagesse marocaine à Jérusalem », un des nombreux événements de la 4e Biennale d’art juif contemporain de Jérusalem.

L’événement rassemble 200 artistes israéliens et internationaux dans 14 espaces et galeries de toute la ville, du 10 octobre au 28 novembre.

Avec des expositions présentées à la YMCA, au Hutzot Hayotzer, au centre Begin, à Heichal Shlomo et au centre Clal, la Biennale est un spectacle artistique mêlant artistes juifs et non-juifs.

Le thème de cette année, « Pour l’amour de Dieu », explore les motivations à l’origine de la création artistique et du passage à l’acte de l’artiste, abordant également la tradition juive de la querelle.

« Ziara », exposition présentée dans les espaces en forme de dôme de la YMCA, se consacre néanmoins peut-être davantage à la création artistique qu’à la querelle.

‘Souvenirs marocains’ d’Artsi Mous, avec une mannequin marocaine très connue arborant une couronne de beignets ‘sfinge’, à la 4ème Biennale de Jérusalem. (Autorisation : Biennale de Jérusalem)

Selon son conservateur, Amit Hai Cohen, l’exposition permet de découvrir une sélection d’œuvres d’art créées par des Marocains, très conscients de l’influence juive sur leurs terres, et par des Israéliens d’origine marocaine.

Tous les artistes participant à « Ziara » explorent les fondations juives de la culture marocaine et la manière dont eux-mêmes se sont manifestés au sein de cette société et dans les cœurs et les esprits des Israéliens originaires du Maroc.

« C’est vraiment la pagaille ici », s’exclame Cohen en désignant la salle du doigt. « Et nous l’aimons ainsi – c’est comme ça que pensent les Marocains, tout le monde rassemblé dans la même pièce, tous connectés les uns aux autres. »

L’une des œuvres les plus importantes est une création vidéo du réalisateur Shlomo Elkabetz qui a filmé sa sœur, Ronit Elkabetz, avant sa mort, parlant aux gens dans les rues du Maroc. C’est une partie particulièrement pertinente de l’exposition, qui surplombe la pièce remplie de portraits de Marocains.

Les photographies de Hicham Benohoud montrent des images d’une famille marocaine chez elle, mais avec des trous déchiquetés dans le plafond et les meubles coupés en deux – la plus jeune génération assise sur une moitié de canapé, la plus ancienne sur l’autre – une représentation littérale de l’unité familiale brisée, malgré la notion de foyer qui persiste au cœur du cliché.

La photo de Hicham Benohoud, ‘La Tronc,’ montrant les familles et les traditions brisées au Maroc, à découvrir à la 4e Biennale de Jérusalem. (Autorisation : Hicham Benohoud)

« Nous découvrons une forme de sagesse commune », explique Cohen. « Nous nous retrouvons tous là-dedans. »

Il est également particulièrement opportun d’avoir installé « Ziara », qui s’intéresse au lien entre les Juifs et le Maroc, dans le bâtiment emblématique de la YMCA – une première pour la Biennale. Cela n’a pas été un hasard, dit Rami Ozeri, fondateur et principal conservateur de l’événement. Il indique avoir voulu inclure l’organisation chrétienne qui accueille des personnes de toutes religions et de toutes confessions dans cet événement artistique.

« Peut-être est-ce là la voie que nous suivrons à l’avenir », note-t-il. « C’est important d’avoir tous les parcours, et l’art rassemble les gens, en particulier à Jérusalem où il y a tant de conflits. L’art guérit ».

‘Je ne suis pas’ d’Andi Arnovitz à la YMCA pour la Biennale de Jérusalem (Autorisation : Ido Noy)

La piscine intérieure historique mais dorénavant vide de la YMCA accueille également plusieurs autres installations de la Biennale, dont « Cascades », une création vidéo de 108 clichés réalisée par Marina Abramović, artiste née en Yougoslavie et vivant aux Etats-Unis, chacun montrant un moine tibétain ou une nonne méditant, chantant avec abandon, accompagné par une « chute d’eau » de sons qui remplissent l’espace.

De l’autre côté de la piscine, plus de 1 000 poissons en porcelaine fabriqués à la main par l’artiste Andi Arnovitz dans une œuvre qu’elle a intitulée « Je ne suis pas ». La fresque de ces poissons errant sur le mur fait référence à la tradition visuelle du poisson en tant que symbole historique juif – semblable quoique différent de celui des moines tibétains.

Tout cela pour l’amour de Dieu.

Parmi les autres moments forts de la Biennale : une conversation artistique sur le changement climatique dans « Vivre sous l’eau » à Heichal Shlomo, réflexion de cinq artistes israéliens ayant établi une résidence temporaire à Venise et exploré la question avec un regard juif.

L’œuvre de Leora Wise, ‘Venise Jérusalem’, de l’exposition ‘Vivre sous l’eau’ à Heichal Shlomo, dans le cadre de la 4e Biennale de Jérusalem. (Autorisation : Ido Noy)

« Table de Contenu/Table de Contacts », une exposition de la JAI (Jewish Artists Initiative) du sud de la Californie, est également à voir à Heichal Shlomo. Il s’agit d’une installation vidéo et des livres d’artistes originaux qui représentent la voix d’artistes juifs américains de différents âges et de différentes origines.

À découvrir au centre Menachem Begin, « Les suffragettes en hébreu : 100 ans » qui présente des œuvres liées au droit de vote des femmes en Israël.

Les arts de rue juifs ne sont pas absents de la Biennale, des artistes de la Diaspora et d’Israël créeront en effet des œuvres sur des thématiques juives.

Kol HaOt, à Hutzot Hayotzer, accueille une exposition qui se penche sur la culture du conflit avec une exposition expérimentale réalisée par des créateurs et des artistes.

Également prévus : des débats dans les galeries d’art, des discussions, des spectacles et des visites guidées en anglais. Toutes les informations sont disponibles au public sur le site de la Biennale.

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