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Analyse

Pourquoi le gouvernement de Netanyahu risque de s’aliéner ses alliés américains ?

La droite traditionnelle aux USA, qui a cru en la modération du chef du Likud, pourrait être rebutée par ses partenaires extrémistes et "homophobes fiers" comme Smotrich

Le leader du sionisme religieux Bezalel Smotrich parle avec le député du Likud Amir Ohana pendant la session de la Knesset au cours de laquelle Ohana, le premier député ouvertement gay à remporter ce rôle, élu président de la Knesset. Smotrich, qui s'est déjà décrit comme un "fier homophobe", a voté pour cette nomination. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
Le leader du sionisme religieux Bezalel Smotrich parle avec le député du Likud Amir Ohana pendant la session de la Knesset au cours de laquelle Ohana, le premier député ouvertement gay à remporter ce rôle, élu président de la Knesset. Smotrich, qui s'est déjà décrit comme un "fier homophobe", a voté pour cette nomination. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

WASHINGTON (JTA) – Le texte de l’éditorial du Wall Street Journal, était typique de la rubrique conservatrice, qui prône les vertus de la modération en toutes choses.

À la différence que l’auteur de l’article qui a été publié mercredi, Bezalel Smotrich, est connu pour son extrémisme, et que le paysage politique qu’il imaginait se situe en Israël, et non en Amérique.

D’après les experts qui suivent les relations entre les États-Unis et Israël, cet éditorial avait un objectif clair : apaiser les craintes des conservateurs américains que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a longtemps cultivés comme alliés et qui pourraient être ébranlés par ses nouveaux partenaires extrémistes au gouvernement israélien.

Parmi ces partenaires figure Smotrich, le chef de HaTzionout HaDatit, qui se décrit lui-même comme un « homophobe fier » et que les services de renseignement israéliens ont accusé d’avoir planifié des attaques terroristes – et qui a prêté serment jeudi comme ministre des Finances dans le nouveau gouvernement de Netanyahu.

Itamar Ben Gvir figure également parmi eux. Condamné pour incitation à la violence en raison de son soutien passé à des terroristes juifs, il a été nommé ministre de la Sécurité nationale et a une autorité sans précédent sur la police.

La présence de Smotrich, Ben Gvir et de leurs partis dans la coalition gouvernementale de Netanyahu semble avoir alarmé les libéraux américains, y compris certains membres de l’administration Biden. Mais les spécialistes affirment que les conservateurs auraient eux aussi des craintes.

« La droite conservatrice était avec [Netanyahu] et aujourd’hui ce dernier semble chevaucher le tigre de la droite radicale », a déclaré David Makovsky, membre du Washington Institute for Near East Policy, qui vient de rentrer d’une visite en Israël où il a rencontré de hauts responsables du gouvernement sortant et du gouvernement entrant. « Je pense que cela ne peut qu’aliéner ceux-là mêmes qui comptaient sur le fait qu’il soit peu enclin à prendre des risques et qu’il se concentre sur l’économie. »

Des membres du nouveau gouvernement israélien, dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, posent pour une photo de groupe à la résidence du président à Jérusalem, le 29 décembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans son édito publié mardi, deux jours avant la prestation de serment du nouveau gouvernement israélien, Smotrich a essayé de convaincre les Américains que le nouveau gouvernement n’était pas ce foyer d’extrémisme ultranationaliste et religieux tel qu’il a été présenté dans la presse américaine.

« Les médias américains m’ont vilipendé, moi et le bloc traditionaliste auquel j’appartiens, depuis notre succès aux élections israéliennes de novembre », écrit-il. « Ils me décrivent comme étant un extrémiste de droite et disent que notre bloc compte instaurer un ‘État halakhique’ régi par la loi juive. En réalité, nous cherchons à renforcer les libertés de chaque citoyen et les institutions démocratiques du pays, en rapprochant Israël du modèle libéral américain. »

L’édito contredit pourtant les objectifs déclarés des accords de coalition ; alors que Smotrich affirme qu’il n’y aura pas de changements juridiques dans les zones contestées de Cisjordanie, les accords incluent une promesse d’annexer des zones à une date non spécifiée, et de légaliser des avant-postes jugés illégaux même en vertu de la loi israélienne. Il affirme que les changements dans la pratique religieuse n’impliqueront pas de coercition, mais l’accord permet aux entreprises de refuser un service « en raison d’une croyance religieuse », ce qui, selon un membre de son parti, pourrait s’étendre au refus de servir la communauté LGBTQ.

Netanyahu s’est aliéné la gauche américaine en s’attaquant sans relâche à leur préférence pour une solution à deux États au conflit israélo-palestinien, solution qu’il perçoit comme dangereuse et naïve. (Il ne partage pas non plus leur avis sur la manière d’empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire.) Au lieu de cela, il a cultivé une base à droite grâce à des liens étroits avec le Parti républicain et avec les évangéliques. Ces liens ont pu être créés en partie parce qu’il a longtemps épousé les valeurs chères aux conservateurs traditionnels, notamment le libre marché et un front occidental uni et robuste contre l’extrémisme et le terrorisme.

Mais son alliance avec Smotrich et d’autres personnalités considérées comme étant des extrémistes théocratiques pourrait être allée trop loin, même pour les amis conservateurs de Netanyahu, qui défendent les valeurs démocratiques à l’étranger, a déclaré Dov Zakheim, un ancien responsable de la défense dans plusieurs administrations républicaines.

« Les conservateurs traditionnels sont beaucoup plus proches des Bush, de Jim Baker et de ce genre de personnages », a-t-il déclaré, en faisant référence aux deux anciens présidents et au secrétaire d’État de feu George H. W. Bush.

Dov S. Zakheim, au centre, coprésident de l’American Jewish Committee’s Jewish Religious Equality Coalition, pendant une réunion de la commission de l’Immigration, de l’Intégration et de la Diaspora de la Knesset, le 11 janvier 2017. (Crédit : AJC)

Jonathan Schanzer, un vice-président de la Foundation for Defense of Democracies, a déclaré que cet éditorial avait vraisemblablement été écrit sur ordre de Netanyahu avec ces conservateurs à l’esprit.

« L’article du ‘Wall Street Journal’ a été rédigé pour plaire aux conservateurs traditionnels », a-t-il déclaré. « Il a été élaboré pour envoyer un message à la population américaine dans son ensemble, à savoir que la manière dont Smotrich et peut-être [Itamar] Ben Gvir ont été décrits est basée sur des déclarations passées et pas nécessairement sur leurs politiques tournées vers l’avenir. »

Selon les initiés, le prédicat immédiat de l’édito était probablement un éditorial du New York Times datant du 17 décembre, qui qualifiait le nouveau gouvernement de « menace significative pour l’avenir d’Israël » en raison des positions extrémistes adoptées par Smotrich et d’autres partenaires, citant parmi elles l’annexion de la Cisjordanie, les restrictions imposées aux citoyens non orthodoxes et non juifs, la diminution de l’indépendance des tribunaux, la réforme de la Loi du retour qui rendrait inéligible à la citoyenneté une grande partie des Juifs de la diaspora et les mesures anti-LGBTQ.

Dans son édito, Smotrich présente ces changements non pas comme des écarts radicaux par rapport aux normes démocratiques, mais comme des ajustements qui permettraient d’aligner davantage Israël sur les valeurs américaines. Il a déclaré que, en son titre de ministre des Finances, il poursuivrait une « politique de marché libre élargie ». Il a comparé les réformes religieuses à la décision de la Cour suprême qui a permis aux prestataires de services chrétiens de refuser de travailler avec des couples LGBTQ.

« À titre d’exemple, l’aménagement d’un nombre infime de plages non mixtes, comme nous le proposons, ne limite guère les choix de la majorité des Israéliens qui préfèrent les plages mixtes », écrit M. Smotrich. « Cela offre simplement une option aux autres. »

En ce qui concerne la Cisjordanie, Smotrich a déclaré que son ministère des Finances encouragerait la construction d’infrastructures et d’emplois qui profiteraient aussi bien aux habitants juifs israéliens qu’aux Palestiniens. « Cela n’implique pas de modifications du statut politique ou juridique de la région. »

Des travaux de construction dans l’implantation de Givat Zeev, en Cisjordanie, près de Jérusalem, le 10 mai 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Selon Anshel Pfeffer, biographe et analyste de Netanyahu pour le quotidien Haaretz, de tels propos acidulés contredisent les objectifs déclarés du nouvel accord de coalition du gouvernement, ainsi qu’il l’explique dans un fil de discussion sur Twitter décortiquant l’édito de Smotrich.

« Smotrich affirme que sa politique n’implique pas la modification du statut politique ou juridique des territoires occupés, alors que l’annexion figure en fait dans l’accord de coalition et que ses projets modifieront certainement le statut juridique des implantations », a déclaré Pfeffer.

Danielle Pletka, chargée de recherche à l’American Enterprise Institute, considère, elle, que l’inquiétude des médias étrangers concernant la composition du nouveau gouvernement serait prématurée.

« J’imagine que la majorité des gens vont continuer à soutenir Israël parce que cela ne dépend pas des différents gouvernements, mais plutôt du principe qu’Israël est une démocratie pro-américaine dans une région très importante », a-t-elle déclaré.

Cela dit, selon Pletka, les changements promus par Smotrich et sa cohorte pourraient aliéner les Américains s’ils devenaient une politique.

« Je pense que beaucoup de choses peuvent changer si la rhétorique du gouvernement de Netanyahu devient une politique, mais pour l’instant, ce n’est que pure rhétorique », a-t-elle déclaré. « Ce que l’on peut observer au sein de tout gouvernement normal, c’est la nécessité de faire une série de compromis entre une rhétorique qui s’adresse à sa base et la gouvernance. »

Le président américain de l’époque, Donald Trump, au centre, avec, de gauche à droite, le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Khalid bin Ahmed Al Khalifa, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Trump et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdallah bin Zayed al-Nahyan, lors de la cérémonie de signature des accords d’Abraham sur la pelouse sud de la Maison Blanche, le 15 septembre 2020, à Washington. (Crédit : Alex Brandon/AP)

Pletka a ajouté que l’ambition affichée de Netanyahu d’élargir les accords d’Abraham de 2020 pour y ajouter un accord de paix avec l’Arabie saoudite freinerait sans doute les plans de Smotrich d’annexer la Cisjordanie. Au cours de l’été 2020, soit la dernière fois que Netanyahu a planifié une telle annexion, les Émirats arabes unis, l’une des quatre parties arabes signataires des accords d’Abraham, avaient menacé de se retirer à moins que Netanyahu ne revienne sur sa décision, ce qu’il a fait.

« Il ne s’agit pas seulement des relations avec les États-Unis », a-t-elle ajouté. « Ils risquent de s’aliéner leurs nouveaux amis du Golfe, ce qui, en fin de compte, pourrait avoir des conséquences plus graves. »

Netanyahu tient à relayer l’impression qu’il maintiendra un contrôle serré sur ses partenaires de coalition.

« Ils me rejoignent, je ne les rejoins pas », avait-il déclaré au début du mois. « J’aurai deux mains fermement posées sur le volant. Je ne laisserai personne faire quoi que ce soit contre les LGBT [personnes] ou refuser à nos citoyens arabes leurs droits ou quoi que ce soit de ce genre. »

Pour Zakheim, Netanyahu, qui est le Premier ministre israélien le plus pérenne, de 1996 à 1999 puis de 2009 à 2021, a prouvé qu’il savait diriger des coalitions difficiles. Mais il y a maintenant deux différences essentielles.

La cérémonie de prestation de serment du nouveau gouvernement israélien, à la Knesset, le 29 décembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Netanyahu attend de ses partenaires de coalition qu’ils adoptent une loi qui mettrait effectivement fin à son procès pour fraude criminelle, ce qui leur donne un pouvoir sans précédent sur lui.

De surcroît, si Netanyahu a déjà été confronté dans le passé à de fortes pressions de la part des partis ultra-orthodoxes, il n’avait pas trop de mal à convaincre ces derniers en leur promettant des subventions pour leur secteur appauvri. Ce n’est plus le cas avec ses nouveaux partenaires à vocation idéologique.

« Si vous regardez ses gouvernements précédents, il n’a vraiment jamais été contraint à de véritables décisions politiques par ceux qui se trouvent à sa droite », a déclaré Zekheim. « Maintenant, il a un problème parce que cette quinzaine de sièges à sa droite ont des intérêts politiques aussi, pas seulement financiers. »

Makovsky a déclaré que Netanyahu semblait laisser derrière lui un conservatisme que son homologue américain voyait d’un bon œil.

« Sa réussite a été due au fait qu’il faisait figure de stabilisateur. Il a une aversion pour le risque. Il est axé sur la prospérité du pays, avec les succès dans le domaine de la high-tech. Il est considéré comme un défenseur tenace contre l’influence nucléaire iranienne », a-t-il déclaré. « Et ce sont des choses auxquelles les gens pouvaient s’identifier. Aujourd’hui, c’est comme s’il avait balancé le manuel de jeu par la fenêtre. »

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