Pourquoi les employés de l’UNRWA ont dû fuir Gaza
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Pourquoi les employés de l’UNRWA ont dû fuir Gaza

Des individus en colère empêchent les employés de se rendre à leur travail depuis des jours, a dit le chef de l'UNRWA de Gaza

Des employés palestiniens de l'UNRWA participent à une manifestation contre les licenciements survenus à l'agence chargée d'aider les réfugiés palestiniens à Gaza City, le 19 septembre 2018 (Crédit :AFP / SAID KHATIB)
Des employés palestiniens de l'UNRWA participent à une manifestation contre les licenciements survenus à l'agence chargée d'aider les réfugiés palestiniens à Gaza City, le 19 septembre 2018 (Crédit :AFP / SAID KHATIB)

L’évacuation en urgence de neuf employés étrangers de l’UNRWA depuis Gaza vers Israël, lundi, a été rendue nécessaire après que des manifestants palestiniens ont entouré et bloqué une voiture transportant des responsables de l’UNRWA pendant une heure au cours d’une confrontation qui s’est avérée « menaçante » et « dangereuse », a indiqué le chef des opérations de l’agence au sein de l’enclave côtière au Times of Israel.

De plus, a-t-il raconté, cela fait huit à dix jours que des Gazaouis mobilisés par le syndicat des employés de l’UNRWA empêchent environ 300 salariés d’accéder à leurs bureaux au siège de l’organisation, proférant de « graves » menaces à l’encontre de ses dirigeants.

Matthias Schmale a décrit ce qui est devenu une situation intenable pour de nombreux employés de l’Office de Secours et de travaux des Nations-unies, l’instance de l’ONU chargée d’aider les réfugiés palestiniens, au cours d’un entretien par téléphone qui a eu lieu mardi en fin de journée depuis Gaza, où lui et une équipe étrangère réduite restent encore pour le moment.

« Le syndicat des employés de l’UNRWA proteste contre les licenciements et autres changements auxquels nous avons dû nous résoudre le mois dernier en bloquant l’accès à nos bureaux. Nous n’avons pu entrer que deux fois dans les locaux en dix jours », s’est-il exclamé.

« Je comprends la frustration de gens qui ont perdu leur travail ou dont l’emploi est passé de plein-temps à mi-temps mais nous devons pouvoir être en mesure de fonctionner et de faire notre travail ».

Schmale a précisé que les employés n’étaient parvenus à rejoindre leurs bureaux pendant ces deux jours que parce que « le syndicat a voulu nous donner un moment de répit pour voir s’il y avait une possibilité d’ouvrir le dialogue » avec les responsables de l’agence.

Les employés palestiniens de l’UNRWA, l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens, participent à un sit-in devant le siège de l’agence à Gaza City pour protester contre la réduction du nombre d’emplois, le 2 octobre 2018 (Crédit :
/ AFP PHOTO / SAID KHATIB

Au mois de juillet, l’UNRWA avait fait savoir qu’elle licenciait 113 employés à Gaza et que 584 employés qui travaillaient jusqu’alors à plein-temps passaient à mi-temps.

L’UNRWA doit faire face à une pénurie majeure de financement en raison, en grande partie, des versements réduits de l’administration Trump au regard des administrations américaines précédentes. Depuis le début de l’année 2018, le gouvernement américain n’a envoyé que 60 millions de dollars à l’agence, contre 364 millions de dollars en 2017. Le mois dernier, l’administration américaine a annoncé qu’elle cesserait tout financement de l’instance de l’ONU, la qualifiant « d’irrémédiablement biaisée ».

Le syndicat des employés de l’UNRWA à Gaza s’est fermement opposé aux décisions de l’agence de licencier certains salariés et de revoir à la baisse le temps de travail des autres. Elle a organisé un certain nombre de rassemblements et elle a appelé à la grève dans les institutions de l’UNRWA au sein de l’enclave côtière dirigée par le Hamas.

Amir al-Mishal, chef du syndicat des employés de l’UNRWA, a déclaré mercredi à Al-Ghad TV, une chaîne de télévision arabe basée à Londres, que des « initiatives d’escalade » supplémentaires seraient annoncées contre la direction de l’organisation à Gaza jeudi, lors d’une conférence de presse. Il n’a donné aucune indication supplémentaire sur ce que ces initiatives pourraient inclure.

Schmale a indiqué que tandis que le blocage de l’entrée du siège de l’agence par les manifestants lui semblait inacceptable, c’était un incident « dangereux » survenu à l’hôtel Al Deira, lundi, sur la côte de Gaza, qui avait mené à l’évacuation des neufs employés étrangers. Israël a ouvert le poste-frontière d’Erez, fermé pour la fête juive de Souccot, spécialement pour eux.

Matthias Schmale, chef des opérations de l’UNRWA à Gaza (Capture d’écran : Twitter )

« J’étais en réunion avec certains de mes managers, des femmes, dans un hôtel de Gaza City quand mes gardiens de sécurité m’ont informé qu’un groupe de manifestants s’était rassemblé à l’extérieur », a-t-il dit.

« Nous avons immédiatement pris nos affaires et quitté l’hôtel. Toutes les voitures sont parvenues à sortir sauf une, avec cinq de nos employés. Elle s’est trouvée entourée par les manifestants ».

« La police du Hamas est arrivée et après une heure, elle a dégagé la voie pour que la voiture puisse s’en aller », a-t-il ajouté.

« C’était une situation lourde de menace, grave. Et cela nous a mené à faire ce que nous avions déjà pensé faire, à savoir envoyer les personnels non-essentiels dans un lieu plus sûr et de transmettre aux autorités ici – si je puis dire – le message clair qu’il faut protéger une organisation de l’ONU, s’assurer que nous pouvons accéder à notre espace de bureau et que nous ne serons pas pourchassés à travers Gaza ».

Les personnels non-essentiels sont les employés de l’UNRWA qui n’ont pas nécessairement besoin de se trouver à Gaza pour travailler, comme les personnes chargées de missions en liaison avec les finances ou des relations avec les donateurs.

Les jours où les employés de l’UNRWA n’ont pu accéder à leurs bureaux au siège de l’agence de Gaza, ils ont travaillé à distance et organisé leurs réunions à des endroits variés de la bande, comme, par exemple, à l’hôtel Al Deira.

Schmale a expliqué qu’après l’incident de lundi, il avait appelé le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires – la branche du ministère de la Défense chargée de la liaison avec les Palestiniens et les organisations internationales à Gaza – et qu’il avait demandé une autorisation spéciale pour permettre l’évacuation de ses neuf employés.

« Nous avons en fait de bonnes relations de travail, des relations pragmatiques, avec le COGAT et il a rapidement approuvé notre requête de sortir les employés de Gaza », a-t-il noté.

Lundi, le poste-frontière d’Erez, d’où les employés de l’UNRWA ont quitté Gaza, était fermé – sauf ce que le COGAT appelle les « cas humanitaires » – en raison de la fête de Souccot.

La majorité des employés évacués ont recommencé à travailler depuis les bureaux de l’UNRWA à Jérusalem, a précisé Schmale.

Dans une déclaration envoyée par courriel, le COGAT a confirmé que des employés étrangers de l’UNRWA avaient été évacués vers Israël. Il a expliqué que les travailleurs avaient quitté Gaza en urgence au vu « des tensions dans la bande entraînées par la crise financière au sein de l’UNRWA et par souci de la sécurité des employés internationaux ».

Interrogé sur d’éventuelles menaces de mort proférées à l’attention des employés de l’agence à Gaza, Schmale a répondu que les membres du syndicat n’avaient pas explicitement menacé de le tuer, lui ou d’autres membres de l’agence, mais que certains d’entre eux « ont tenu des propos impliquant de manière très claire des menaces de passage à l’action dans cette direction ».

Des Palestiniens quittent Gaza pour se rendre en Israël via le point de passage Erez, le 3 septembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Tous les employés étrangers à Gaza résident dans des habitations considérées comme sûres par les équipes de sécurité de l’ONU.

L’UNRWA emploie environ 13 000 Palestiniens à Gaza qui fournissent des services de santé, d’éducation et autres à environ 1,3 million de Palestiniens inscrits comme réfugiés. Avant lundi, il y avait approximativement 19 employés internationaux de l’UNRWA basés dans la bande.

Schmale a également indiqué qu’il ne savait pas quand les neuf salariés évacués pourraient revenir à Gaza.

« Je ne sais pas quand ce sera possible, mais notre condition pour leur retour est qu’ils aient accès à nos bureaux et qu’ils puissent travailler », a-t-il dit. « Il faut juger sur pièce. Même aujourd’hui, après l’évacuation des travailleurs, nous n’avons pas pu entrer dans nos bureaux. Les autorités locales n’ont encore rien fait pour garantir que nous puissions y entrer ».

Un responsable des services de sécurité du Hamas n’a pas répondu à une demande de commentaires.

Interrogé sur une éventuelle réembauche des salariés renvoyés et d’une révision à la hausse des horaires des employés passés à mi-temps, Schmale a répondu qu’il fallait tout d’abord que l’organisation collecte suffisamment d’argent pour combler les manques, puis qu’elle trouve des fonds supplémentaires pour payer de nouveaux personnels.

Il a poursuivi en disant que si l’agence y parvenait, alors l’UNRWA serait en mesure de réembaucher des employés et de réinstaurer des emplois à plein-temps, sous réserve des qualifications des postulants pour les emplois recherchés.

Lors d’une réunion organisée en marge de la rencontre de l’Assemblée générale annuelle de l’ONU, jeudi dernier, plusieurs parties internationales se sont collectivement engagées à envoyer la somme supplémentaire de 118 millions de dollars à l’UNRWA.

Le budget 2018 de l’UNRWA présente encore un manque à gagner de 68 millions de dollars, selon Pierre Krahenbuhl, commissaire général de l’agence.

Pour de nombreux Palestiniens, trouver un travail à Gaza est une tâche ardue. Le taux de chômage actuel s’élève à environ 43 %, selon le bureau central des statistiques de l’Autorité palestinienne.

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