Pourquoi Netanyahu et Gantz s’écharpent-ils sur une politique qu’ils partagent ?
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Analyse

Pourquoi Netanyahu et Gantz s’écharpent-ils sur une politique qu’ils partagent ?

Les deux hommes ont élaboré ensemble la prudente stratégie à l'égard de la bande de Gaza, mais difficile à expliquer à ceux visés par des roquettes, alors ils s'accusent

Haviv Rettig Gur

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), rencontre le chef d'état-major de Tsahal de l'époque Benny Gantz, (au centre), et le ministre de la Défense de l'époque Moshe Yaalon, (à droite), dans le sud d'Israël, pendant la guerre contre le Hamas, le 21 juillet 2014. (Kobi Gideon/GPO/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), rencontre le chef d'état-major de Tsahal de l'époque Benny Gantz, (au centre), et le ministre de la Défense de l'époque Moshe Yaalon, (à droite), dans le sud d'Israël, pendant la guerre contre le Hamas, le 21 juillet 2014. (Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Une vidéo de campagne du Likud diffusée au début du mois prévenait – pour la énième fois – que le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, était un « gauchiste faible ». Tandis qu’une autre avertissait qu’il s’associerait à ceux qui « remettraient la périphérie de Gaza au Hamas » et « siégeraient avec [le député arabe Ahmad] Tibi dans une coalition [électorale] » s’il gagnait les élections du 9 avril.

L’équipe de campagne de Gantz a répondu par des accusations non moins surprenantes par leur véhémence – et non moins vides de substance. « Netanyahu », dit une vidéo de campagne de Gantz, « verse aux assassins du Hamas 15 millions de dollars. Tous les mois. En liquide. En échange, les habitants du sud ont reçu des centaines de roquettes, des dizaines de milliers d’hectares ont été brûlés, nous recevons des centaines de cerfs-volants et de ballons incendiaires et des dizaines de milliers d’enfants se cachent dans des abris anti-bombes. Nous ne verserons pas d’argent pour protéger le Hamas », y est-il affirmé.

Gantz avait également placé il y a 15 ans la question du retrait de la bande de Gaza en 2005 au centre de la campagne de Netanyahu. « Il a voté à trois reprises pour le désengagement ! » lance une vidéo de la campagne Gantz, tandis qu’une autre accuse : « Netanyahu expulse les Juifs par la force ».

Selon la campagne de Gantz, Netanyahu est un homme méfiant, enclin au retrait territorial et intimidé par le Hamas, et sa faiblesse met en danger les enfants d’Israël. Selon la campagne de Netanyahu, Gantz est un gauchiste incorrigible qui « formera un gouvernement de gauche faible avec la gauche » (le mot « gauche » revient comme une incantation dans la campagne du Likud) ; et, en fait, confiera les rênes de la direction nationale aux Arabes anti-sionistes.

Capture d’écran d’une vidéo de la campagne du Likud diffusée le 18 février 2019, montrant Benny Gantz avec l’avertissement : « Benny Gantz soutient la création d’un État palestinien ». Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait affirmé à plusieurs reprises qu’il soutenait lui aussi un État palestinien. (Capture d’écran YouTube)

Ce qui rend toute cette frénésie de fabrication d’images si étrange, c’est le fait qu’elle est déployée à la demande de deux hommes qui, ensemble, ont élaboré le dispositif de défense actuel d’Israël contre la bande de Gaza et sont presque entièrement d’accord sur la politique menée.

Encore plus étonnant quand on sait qu’il y a d’autres points sur lesquels les deux hommes sont en désaccord, ne serait-ce qu’un peu. En ce qui concerne l’Iran, par exemple, l’ancien général a estimé que l’accord nucléaire conclu par l’administration Obama en 2015 était un fait accompli, tandis que d’après le Premier ministre, une confrontation directe et persistante permettrait de le faire échouer. Ou en Cisjordanie, où l’on pense que le mutique Gantz est plus enclin à envisager des moyens de réduire les implantations, mais met en garde contre le fait que cela ne sera peut-être pas possible, alors que Netanyahu a affirmé à la fois soutenir un État palestinien et s’y opposer farouchement. Sur l’Iran, les antécédents des deux hommes sont clairs ; sur la Cisjordanie, leur point de vue reste très flou.

Malgré cela, c’est leur politique dans la bande de Gaza qui a jusqu’à présent capté toute l’attention de leurs campagnes mutuelles. Et ce n’est pas un hasard.

Un nouveau type d’ennemi

Le 25 août 2014, avant-dernier jour de l’opération « Bordure protectrice », un sondage réalisé par la Deuxième chaîne révélait que seuls 38 % des Israéliens disaient « soutenir » la gestion du conflit par Netanyahu. Un résultat catastrophique, en baisse de 44 points par rapport au pic de 82 % atteint le 23 juillet, un mois plus tôt, soit à la deuxième semaine de la guerre et juste après le début de l’incursion terrestre israélienne dans la bande.

A titre d’illustration. Des soldats de Tsahal se précipitent vers une cible pendant la guerre de Gaza de 2014, connue en Israël sous le nom d’opération Bordure protectrice, le 4 août 2014. (Unité du porte-parole de Tsahal)

Le chiffre du 25 août marque le point le plus bas d’un long déclin – le 5 août, la cote de popularité du chef du Likud était de 63 %, le 21 août, de 55 %.

Le lent effondrement de la popularité de Netanyahu en temps de guerre avait à voir avec la façon dont les Israéliens comprenaient l’issue de la guerre. Les Israéliens, comme la plupart des Occidentaux, estiment que la guerre doit être menée avec détermination par des formations militaires. Les opposants du monde arabe à Israël, quant à eux, ont renoncé à vaincre l’État juif sur de tels champs de bataille conventionnels dans les années 1970. Au début des années 2000, après que le déclin politique arabe continu a renforcé le sentiment que le nationalisme arabe et l’État arabe en tant qu’institution n’avaient pas tenu leurs promesses, une nouvelle stratégie s’est progressivement imposée parmi de nombreux mouvements islamistes de la région, qui a défini la guerre contre Israël depuis.

Au cours de la Seconde Guerre du Liban en 2006, l’analyste israélien influent Ehud Yaari avait suggéré d’appeler la nouvelle stratégie, défendue par le Hezbollah puis par l’organisation terroriste palestinienne du Hamas, la « Doctrine Muqawama ».

La traduction littérale du mot arabe muqawama est « résistance », mais cela ne reflète pas le sens complet du terme. Une traduction plus correcte serait « la doctrine du combat constant », ou « la guerre d’usure », écrivait-il en novembre 2006.

Des combattants du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah pendant les funérailles d’un membre du groupe mort aux combats en Syrie, dans le sud du Liban, à Kfar Hatta, le 18 mars 2017. (Crédit : Mahmoud Zayyat/AFP)

Après que les États arabes ont échoué à déloger Israël par des moyens militaires, la nouvelle stratégie consiste à remplacer la confrontation militaire directe par « l’érosion méthodique de la détermination de l’ennemi » par des moyens non conventionnels de type guérilla. Ainsi, « il n’est pas nécessaire de défendre le territoire contre l’occupation israélienne, ni d’essayer de conquérir des terres », explique Yaari. La guerre est en fin de compte une guerre psychologique : « L’essentiel est de faire couler le sang, et puisque tel est le cas, il vaut mieux privilégier la population civile comme cible principale. La devise est le sang, pas la terre, et l’effort vise à nier la victoire à l’ennemi, pas à obtenir un résultat rapide ».

Cette logique, une sorte d’inflexion islamiste des stratégies classiques de guérilla anti-coloniale du 20e siècle, a conduit des groupes terroristes palestiniens comme le Hamas et le Jihad islamique, ainsi que le Hezbollah libanais, à déployer des kamikazes en série pour commettre des attentats terroristes contre des civils israéliens, de cacher leurs combattants et leurs lance-roquettes au plus profond de leur propre population civile afin d’augmenter le coût politique d’une riposte conventionnelle d’Israël, et de livrer des flots sans fin, et parfois involontairement burlesques, d’invectives et de railleries visant à miner la capacité de résistance psychologique des Israéliens.

Une partie de cette stratégie de confrontation permanente inclut une redéfinition de la victoire. Alors que les Israéliens, comme la plupart des Occidentaux, sont culturellement prêts à rechercher un affrontement décisif, le Hamas et le Hezbollah voient dans la simple survie une victoire, puisqu’elle permet la continuation de la muqawama. Tant que l’ennemi ne gagne pas, il perd. Alors même que le Liban était en flammes pendant la guerre de 2006, le Hezbollah a insisté sur le fait qu’il avait « gagné » parce qu’Israël ne l’avait pas détruit. Le Hamas, lui aussi, après la guerre de 2014 à Gaza, a célébré sa « victoire », malgré les destructions massives et l’aggravation du blocus de l’enclave.

Yaari est le porte-parole le plus clair d’un point de vue qui représente aujourd’hui plus ou moins la réflexion stratégique acceptée par les élites israéliennes de planification au sujet du défi posé par ce nouveau mode de guerre.

Des roquettes sur un camion pendant une parade du Hamas dans la ville de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 décembre 2018. (Crédit : alqassam.net)

Celui qui était Premier ministre en 2014 et Gantz, alors chef d’état-major de Tsahal, font partie des principaux architectes de la réponse d’Israël à cette nouvelle menace.

La guerre d’usure

Cette réponse repose sur un postulat : dans cette guerre d’usure, le temps joue en faveur d’Israël. Déduction logique : entre-temps, Israël peut faire beaucoup pour que cette longue guerre s’achève en sa faveur.

Israël a donc entrepris de réduire les capacités de ses ennemis en termes de guérilla et de développer ses propres capacités non conventionnelles, de la défense antimissile à la cyberdéfense, à l’espionnage, à la puissance aérienne de précision et à l’arène psychologique destinée à miner le soutien des groupes terroristes dans son pays. D’où le blocus imposé dans la bande de Gaza et la campagne aérienne israélienne persistante et de plus en plus ouvertement assumée contre la chaîne d’approvisionnement du Hezbollah en Syrie.

Et Israël jouit de certains avantages structurels dans cet effort que ses opposants, en grande partie pour des raisons idéologiques, ne sont pas en mesure de voir.

Des hommes armés masqués lors des funérailles de Mahmoud al-Nabahin, membre de la branche militaire du groupe terroriste du Hamas dans le camp de réfugiés de Buriej, dans le centre de la bande de Gaza, le 23 janvier 2019. (Crédit : AP Photo/ Khalil Hamra)

Par exemple, la doctrine du muqawama, au moins aussi avancée par le Hezbollah, considère la démocratie israélienne comme un talon d’Achille, qui rend les dirigeants du pays trop sensibles aux effets psychologiques du terrorisme et le public israélien trop enclin à l’auto-flagellation et au désespoir. Pour preuve, ils soulignent les débats internes féroces et les luttes partisanes internes d’Israël, y compris en temps de guerre.

Mais le Hezbollah n’a pas encore établi le lien entre les libertés politiques et économiques d’Israël, d’une part, et les prouesses économiques et technologiques qui font sa puissance militaire d’autre part. Le Hezbollah est un fardeau pour le Liban, sa gouvernance et son économie, et a pour effet de lier le destin du pays aux besoins de guerre des ayatollahs de Téhéran. Israël, quant à lui, a connu, au cours des deux dernières décennies marquées par des conflits, une prospérité et une croissance presque ininterrompues. Le point ici n’est pas moral, mais stratégique. Ce que les porte-parole du Hezbollah et du Hamas ont souvent décrit comme étant la source de la faiblesse d’Israël – par exemple, l’inquiétude de l’opinion publique quant au bien-être des soldats, la vulnérabilité politique des dirigeants israéliens élus – est la source même de son endurance. L’État démocratique d’Israël peut se permettre cette impasse, et elle devient de plus en plus abordable à chaque année de croissance économique qui passe. Le Liban et la bande de Gaza ne le peuvent pas.

Ce n’est donc pas un hasard si ni Netanyahu ni Gantz ne pensent qu’il est dans l’intérêt d’Israël de chasser le Hamas du territoire gazaoui. Malgré toutes ses fanfaronnades et ses pieuses proclamations de guerre sainte permanente, le Hamas a mal géré l’enclave, entraînant le territoire appauvri dans son conflit permanent non seulement avec Israël, mais depuis 2014, avec l’Égypte également. Il maintient la bande de Gaza dans une situation de faiblesse, alors même que sa belligérance renforce la position de Netanyahu sur la scène internationale, partisan d’un régime de sécurité plus strict dans tout accord futur en Cisjordanie, et il a passé la majeure partie des 12 dernières années depuis sa prise du pouvoir dans la bande de Gaza à supprimer des groupes plus radicaux, notamment le Jihad islamique soutenu par l’Iran, dans ce territoire. Cela ne vaut tout simplement pas le lourd tribut payé en vies humaines et en ressources, tant israéliennes que palestiniennes, qu’une invasion complète et une pacification militaire de l’enclave exigerait, le genre d’opération qui à elle seule pourrait permettre le démantèlement immédiat du Hamas.

Avec le Hezbollah également, Israël a découvert un agresseur qui, bien que beaucoup plus dangereux que le Hamas, est néanmoins plus vulnérable avec le temps que la stratégie de la muqawama ne semble le reconnaître. Alors même qu’il construit son État au sein d’un État au Liban, le Hezbollah fait face à la pression d’autres Libanais qui ne veulent pas que la guerre destructrice de 2006 se reproduise, ainsi que celle de son patron, l’Iran, et de son allié de Damas, dont les intérêts sont résolument politiques et influençables par les moyens traditionnels du système étatique : sanctions, actions militaires et ainsi de suite.

Le général de brigade Ofek Buchris, (deuxième à droite), en train d’expliquer la situation sur le terrain à Benny Gantz, alors chef d’état-major de Tsahal, pendant une tournée dans le nord d’Israël, où Buchris était responsable de la Division Bashan de l’armée israélienne, en 2014. (Unité du porte-parole de Tsahal)

Il s’agit en fin de compte d’une stratégie d’endiguement, qui consiste à démontrer aux adeptes et partisans de la région de la tactique de la muqawama, notamment le régime de Téhéran, qu’Israël est capable de vaincre non seulement un conflit conventionnel, mais également cette nouvelle guerre psychologique.

Pendant la guerre de 2006, le Premier ministre de l’époque, Ehud Olmert, un néophyte en stratégie militaire, avait proclamé au début de la guerre que le but du conflit était « d’annihiler le Hezbollah » – faisant ainsi pleinement écho au discours du Hezbollah selon lequel la survie est la victoire. Depuis, Netanyahu a dirigé Israël dans trois guerres avec la bande de Gaza, et son approche, que Gantz a contribué à façonner et mis en œuvre avec succès sur le terrain en 2014, révèle le nouveau concept stratégique israélien en vigueur : chaque guerre était limitée, orientée vers le reniement des succès du Hamas sans payer les coûts élevés qui seraient requis pour apporter des gains significatifs à Israël. Dans chaque cas, Israël a refusé de se laisser entraîner dans des escalades par le Hamas, mais a, au contraire, choisi d’intensifier les combats à son propre rythme lent et mesuré, laissant au Hamas le soin d’expliquer aux Palestiniens pourquoi leur souffrance semblait croître alors que le Hamas avait promis que l’ennemi prendrait peur et que la victoire serait inévitable. En outre, chose cruciale, Israël a refusé un cessez-le-feu selon des conditions qui auraient modifié de manière significative les conditions en place au début des combats.

Dans chaque cas, il s’agissait de démontrer au Hamas qu’aucun de ses « multiplicateurs de force » – pression internationale sur Israël en raison de la mort de civils, pression politique intérieure de civils israéliens frappés par des roquettes – ne pouvait protéger l’organisation. Israël aurait pu intervenir dans la bande de Gaza, mais Netanyahu et Gantz ont voulu montrer, sans aucune contrainte nationale ou internationale significative, qu’ils pouvaient infliger de sévères coups au Hamas à son gré et à sa guise. A chaque round de combat, ils ont voulu montrer que l’État juif était mieux loti, et ses adversaires moins bien. Le muqawama permanent a nui à la Palestine, pas à Israël.

En ce qui concerne l’enclave côtière, la politique de sécurité israélienne n’est pas divisée entre « droite » et « gauche » telles qu’elles sont décrites par les campagnes politiques actuelles, mais entre ceux qui comprennent cette stratégie et ceux qui, pour diverses raisons, s’y opposent.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le chef de l’armée israélienne, le le lieutenant général en chef Benny Gantz (debout juste derrière lui) et le ministre de la Défense Moshe Yaalon (assis à droite), surveillant les opérations terrestres de Tsahal à Gaza pendant une réunion au quartier général militaire Kirya à Tel Aviv, le 18 juillet 2014. (Haim Zach/GPO/Flash90)

A droite, ce dernier groupe comprend Naftali Bennett, aujourd’hui à la tête du parti HaYamin HaHadash, qui a longtemps accusé cet évitement systématique des combats décisifs de nuire au moral et à la dissuasion israéliens. A gauche, certains membres du parti Meretz, par exemple, considèrent que l’impasse permanente engendrée par cette stratégie fait payer un prix insoutenable aux populations civiles des deux côtés – comme en témoignent la crise humanitaire dans la bande de Gaza et les symptômes post-traumatiques généralisés chez les résidents israéliens des localités ouvrières frontalières comme Sdérot.

Mais le résultat de cette période électorale concerne la façon dont les campagnes de Netanyahu et de Gantz ont essayé de se distinguer l’une de l’autre, et ont souvent fait appel à ce conflit pour le faire.

Attribuer le mérite à celui à qui il revient

Gantz s’attribue le mérite des forces du Hamas détruites sous son commandement, tout en attaquant Netanyahu pour avoir fait en sorte que le régime du Hamas ne tombe pas, en lui permettant de recevoir chaque mois de nouvelles injections de fonds – bien que ce soit le Premier ministre qui a ordonné les escalades de 2014 ayant porté au Hamas les coups dont son adversaire se vante, et Gantz lui-même qui a cherché à éviter un effondrement du Hamas tout en envoyant des frappes aériennes et des troupes terrestres pour détruire ses installations et tunnels.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le chef d’état-major de Tsahal Benny Gantz observent un exercice militaire de la Brigade Golani de l’armée sur le plateau du Golan, le 11 septembre 2012. (Avi Ohayon/GPO/Flash90)

Les tirs de roquettes n’ont pas pris fin sous Netanyahu. En novembre dernier, plus de 400 ont frappé Israël en 24 heures. C’est le Premier ministre qui a pris la décision de ne pas se laisser entraîner dans de nouveaux combats dans la bande de Gaza, pas Gantz. C’est Netanyahu qui a libéré 1 100 terroristes pour Gilad Shalit en 2011. L’absurdité a atteint une sorte d’apothéose avec une vidéo de campagne de Netanyahu montrant des images d’attaques terroristes imputées à la « gauche » qui reprendraient si un Gantz « de gauche » gagnait les élections – mais les attaques se sont produites alors que Netanyahu était Premier ministre.

Pendant ce temps, alors que la campagne du dirigeant de Kakhol lavan dénonce les valises d’argent livrées au Hamas et les voix de Netanyahu, il y a 15 ans, en faveur du désengagement, très peu de gens en Israël pensent que Gantz aurait voté contre ce désengagement ou, s’il portait toujours l’uniforme, aurait mené une lutte pour arrêter les paiements en liquide qui sont soutenus par les cadres de l’armée.

Ce n’est pas que de l’hypocrisie. C’est une sorte de malhonnêteté plus active et plus fervente. Il s’agit essentiellement d’une tentative de dissimuler le fait même que les deux candidats au poste de Premier ministre partagent en fait la même politique dans le territoire gazaoui. Et plus l’écart qui les sépare est petit, plus la rhétorique semble se durcir, et plus elle est malhonnête.

Le chef d’état-major Benny Gantz (à gauche) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie de la Marine, le 11 septembre 2013. (Crédit : AP Photo/Dan Balilty)

Les deux hommes sont des stratèges prudents qui poursuivent une stratégie précautionneuse dans l’enclave, mais c’est une stratégie difficile à expliquer à une population qui reçoit des roquettes.

C’est peut-être une politique sage et, d’ici là, sans doute couronnée de succès, mais comme l’a montré la chute dans les sondages du Premier ministre pendant la guerre de 2014, elle ne sera jamais vraiment populaire.

Ainsi, ironiquement, c’est sur la question où les deux candidats se ressemblent le plus que leurs campagnes ont investi l’essentiel de leurs efforts de diffamation, soumettant les Israéliens à un déferlement de faux-semblants et de postures où, sans honte ni hésitation, chaque partie accuse l’autre d’avoir ses propres opinions.

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