Pourquoi Obama est le président le plus juif de l’histoire, selon David Litt
Rechercher

Pourquoi Obama est le président le plus juif de l’histoire, selon David Litt

L'ancienne plume de l'ancien président pense que son attitude - "qui pose toujours des questions", avec une "réelle capacité au doute" - fait de lui un "membre de la communauté"

David Litt, au centre, avec le président Obama et l'acteur  Keegan-Michael Key à la Maison Blanche (Autorisation de  Litt/via JTA)
David Litt, au centre, avec le président Obama et l'acteur Keegan-Michael Key à la Maison Blanche (Autorisation de Litt/via JTA)

JTA — A seulement 24 ans, le rédacteur David Litt était devenu l’homme indispensable du président Obama lorsqu’il s’agissait de « kishke ». Dans le langage de Kitt, cela signifie qu’il écrivait les discours du président avec pour objectif, de créer le lien avec les Juifs américains au niveau des sentiments – des fêtes religieuses et des commémorations d’anniversaire, mais pas, il faut le dire, lorsqu’il s’agissait d’évoquer Israël ou la politique étrangère.

Ce qui explique la présence de Litt un vendredi soir dans la bibliothèque de la Maison Blanche, en avril 2012. Un président Obama exténué par le décalage horaire venait tout juste d’arriver d’un voyage en Asie. La dernière chose prévue sur son agenda était l’enregistrement d’une vidéo pour saluer la communauté juive à l’occasion de Pessah.

« Bien », avait dit un Obama un peu bougon lorsqu’il était entré dans la pièce avec un retard de plus de deux heures. « Une seule prise ».

Le président avait lu une partie du texte de Litt, puis il s’était arrêté à une ligne qui rappelait comment certains, dans le passé, avaient tenté de « détruire le peuple juif » à chaque génération.

« Cette phrase n’est-elle pas un peu déprimante ? », avait interrogé le président. « C’est quoi le problème ? Ça fait un peu : tout le monde est dehors à essayer de nous attraper mais vous reprendrez bien un peu de matzot ? », a-t-il dit.

Litt se souvient avoir pensé exactement la même chose. Ce souvenir – et de nombreux autres – sont racontés dans son nouvel ouvrage divertissant paru en anglais et intitulé Thanks, Obama: My Hopey, Changey White House Years.

« POTUS venait de résumer 5 000 années d’histoire juive en seulement quelques mots », écrit Litt.

‘Thanks Obama,’ l'ouvrage de David Litt. (Autorisation)
‘Thanks Obama,’ l’ouvrage de David Litt. (Autorisation)

L’histoire continue donc. Obama avait réécrit le texte – une initiative qui avait simultanément inspiré une crainte mêlée de respect puis embarrassé le jeune auteur, l’affront étant d’autant plus sévère que le président – en environ cinq minutes a « exprimé la même idée, mais avec un ton bien plus mesuré ».

« Et c’est pour ça, ai-je pensé, qu’il en est arrivé là où il est », écrit Litt.

Ce n’est que l’un des nombreux moments stressants que Litt a vécu lorsqu’il travaillait à la Maison Blanche. A son entrée, il avait commencé par rédiger les discours de la conseillère Valerie Jarrett puis du chef de cabinet Bill Daley. Grimpant les échelons petit à petit, vers la fin du premier mandat d’Obama, il est devenu un assistant particulier du président.

Le jeune âge de Litt combiné à sa sensibilité juive extrêmement inquiète – probablement un héritage de son éducation dans l’Upper West Side à New York – font de Thanks, Obama une lecture amusante.

Le lecteur a un aperçu de certaines des personnalités les plus puissantes du pays à travers le regard d’un « bleu » – une nouvelle recrue dont l’une des plus grandes inquiétudes est de bousculer le président au cours de ses déplacements dans les couloirs de la Maison Blanche, ou de provoquer sans en avoir l’intention une crise internationale à travers l’utilisation d’un terme inadéquat (Ce qui a presque failli arriver : Dans un discours, il a amené par erreur Obama à comparer la situation difficile en Syrie à celle, bien moins dure, du Kenya. En revanche, il ne lui est jamais arrivé de se disputer avec Obama à la Maison Blanche).

Le livre tient tout autant de Woody Allen, du journal intime d’un intello de la génération des millennials et d’Aaron Sorkin (créateur et scénariste de « The West Wing », une émission vénérée par Litt). Le président surgit comme le parfait complément du jeune auteur – le Dean Martin d’un Jerry Lewis qui aurait les traits de Litt — en partie parce qu’il est, au sens littéral du terme, la personne la plus puissante du monde et aussi en raison de son calme et de sa décontraction légendaires.

Au début de l’ouvrage, Litt est un tout jeune diplômé de Yale et un admirateur d’Obama qui va dans l’Ohio travailler pour le parti Démocrate durant la campagne présidentielle de 2008. Le livre suit le temps passé par Litt à la Maison Blanche, avec les hauts et les bas qui ont marqué les années les plus difficiles de la présidence d’Obama – depuis les chiffres médiocres dans les sondages jusqu’à l’arrêt du gouvernement en passant par l’adoption d’Obamacare.

Comme ses suggestions de plaisanteries (écrites pour les événements tels que le dîner des correspondants de la Maison Blanche) avaient impressionné les meilleurs rédacteurs de discours du président, Litt était parvenu à s’inscrire avec le temps comme l’un des meilleurs auteurs de discours comiques de l’équipe.

Litt rencontre un grand nombre de ses idoles et vit assez régulièrement des moments de triomphe « bouleversants » mais le travail n’est pas toujours aussi glamour. Litt devient tellement angoissé qu’il commence à porter pendant la nuit un appareil pour empêcher ses dents de grincer en permanence. Il quittera son emploi au début de l’année 2016, dans un état proche du burn-out, un peu lassé de ses obligations et frustré face aux vérificateurs qui traquaient la vulgarité dans toutes les phrases qu’il était amené à écrire.

Les années de la Maison Blanche derrière lui, Litt est bien moins stressé. Il est maintenant auteur et producteur du site comique Funny Or Die, qui a été co-fondé avec Will Ferrell en 2007.

« Je suis passé du port quotidien du costume à être agréablement surpris si, à midi, je constate que j’ai effectivement pensé à enfiler un pantalon », dit Litt à JTA.

Le contenu de Funny Or Die est fréquemment politique par nature – comme l’épisode avec Obama de « Between Two Ferns », une émission d’entretien satirique qui a été regardée presque 22 millions de fois.

L’émission a permis à Litt de rester investi dans la politique tout en continuant à faire travailler ses muscles aguerris aux écrits comiques. ‘Funny Or Die’ s’est récemment associé avec des groupes comme l’ACLU, le planning familial et la LCV (League of Conservation Voters) pour des vidéos.

« La frontière entre la culture et la politique s’efface très vite », explique Litt. « Nous mesurons la réussite de notre comédie à la manière dont de nombreuses personnes vont agir en faveur d’une cause et ce ne serait pas arrivé… il y a seulement dix ans ».

« La frontière entre la culture et la politique s’efface très vite »

La première chance importante de Litt a été de rédiger le discours prononcé par Obama lors de la conférence biannuelle de l’Union pour le judaïsme réformé en 2011, une allocution considérée comme une réussite. (Haaretz avait choisi comme gros titre « Obama parle Juif, les Républicains non »). Et si la culture juive a été l’atout incontesté de Litt pendant la période passée à la Maison Blanche, il y a également eu des défis uniques à relever – comme devoir écrire plusieurs discours pour Hanoukka.

La réception officielle mise en place par Obama à l’occasion de Hanoukka était devenue si populaire que, lors de son second mandat, la Maison Blanche s’était décidée à en organiser deux par an. Dans la mesure où tous les discours d’Obama étaient retranscrits pour le public, Litt ne pouvait assurément pas utiliser deux fois la même allocution.

L'ancien président Barack Obama aide Kylie Schmitter, 4 ans, à allumer la ménorah tandis que sa soeur, Lainey, les observe durant une réception organisée pour Hanoukka à la Maison Blanche, le 5 décembre 2013 (Crédit : Alex Wong/Getty Images/via JTA)
L’ancien président Barack Obama aide Kylie Schmitter, 4 ans, à allumer la ménorah tandis que sa soeur, Lainey, les observe durant une réception organisée pour Hanoukka à la Maison Blanche, le 5 décembre 2013 (Crédit : Alex Wong/Getty Images/via JTA)

« On n’apprend pas ce genre de choses en regardant ‘West Wing’ ou ‘House of Cards », dit Litt, se référant à deux programmes consacrés au processus politique. « J’ai tout mis dans le discours de Hanoukka numéro un, et maintenant, je fais quoi pour le discours de Hanoukka numéro 2 ? »

Si Litt — qui a grandi en respectant la nourriture casher et qui a régulièrement fréquenté la synagogue Bnai Jeshurun de Manhattan – n’a jamais perdu son sens de l’humour, l’agenda culturel juif du président n’était pas toujours léger, dit-il. Il est convaincu qu’Obama s’intéresse profondément à l’histoire et à la culture juive et que la vision du monde d’Obama (« toujours en train de se poser des questions », avec une « réelle capacité au doute ») s’aligne avec la tradition juive.

Litt indique avoir souvent trouvé de l’inspiration pour ses discours dans ses propres ancêtres juifs, dont un grand nombre ont courageusement (et, note-t-il, « illégalement ») échappé aux pogroms en Russie pour venir en Amérique. Il a écrit le discours prononcé par Obama à la synagogue Adas Israël de Washington en 2015 alors que le débat sur le nucléaire iranien venait aigrir ses relations avec des dirigeants Juifs déjà méfiants face à ses politiques israéliennes. Litt indique qu’Obama a fait plus de révisions de dernière minute sur ce discours que sur les autres, tentant de créer un lien sincère avec son public à la synagogue.

« Il a envisagé l’histoire du judaïsme américain comme faisant partie d’une histoire plus large de combat universel en faveur des droits de l’Homme et de la dignité humaine, en plus de tous ses détails spécifiques », dit Litt. « Il avait fait ce lien, et il a voulu l’établir publiquement ».

Comme l’avait rapporté à ce moment-là JTA, « la majorité du public de la congrégation conservatrice a applaudi et l’a acclamé, mais une minorité significative a conservé le silence ».

‘Obama a envisagé l’histoire du Judaïsme américain comme faisant partie d’une histoire plus large de combat universel en faveur des droits de l’Homme et de la dignité humaine’

Au vu de ce dont il a été témoin, Litt oserait-il qualifier Obama de président le plus Juif de l’histoire des Etats-Unis ?

« Dans ce contexte », répond Litt, « je pense que c’est absolument le cas ».

Même si l’environnement politique actuel est « dangereux », ajoute Litt – qui précise que c’est la première fois, avec la campagne de Trump, qu’il a « eu peur » en tant que Juif en Amérique – il a écrit le livre en partie pour donner envie aux gens de s’impliquer dans des campagnes politiques.

« Si vous voulez voir une Amérique qui reflète les valeurs avec lesquelles vous avez grandi et qui vous sont chères, alors vous devez vous impliquer en politique et dans le service public de la même façon », explique-t-il. « Je ne pense que pas que je referais un jour quelque chose de semblable comme travail ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...