Pourquoi une université britannique « censure » l’allocution d’une rescapée de la Shoah
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Pourquoi une université britannique « censure » l’allocution d’une rescapée de la Shoah

Selon le Guardian, Manchester demande que le titre de la conférence, "vous faites aux Palestiniens ce que les nazis m'ont fait" soit changé après l'intervention de diplomates israéliens

Photo d'illustration des bâtiments du collège de l'université de Manchester. (Crédit : iStock/Getty Images)
Photo d'illustration des bâtiments du collège de l'université de Manchester. (Crédit : iStock/Getty Images)

L’université de Manchester aurait censuré le titre d’une conférence donnée sur un campus par une survivante de l’Holocauste lors de la semaine de l’Apartheid israélien cette année après l’intervention de diplomates israéliens qui ont affirmé que ce titre – « Vous faites aux Palestiniens ce que les nazis m’ont fait » – s’apparentait à un discours de haine antisémite.

Selon un article paru ce week-end dans le Guardian, une survivante du ghetto de Budapest, Marika Sherwood, devait s’adresser aux étudiants de l’université au mois de mars sur Israël et le traitement par l’Etat juif des Palestiniens en tant qu’intervenante invitée pour cet événement d’une semaine qui est soutenu par le mouvement BDS (Boycott, Divestment and Sanctions). La semaine de l’apartheid israélien est organisée sur les camps universitaires du monde entier.

Le journal a indiqué qu’en amont de la conférence, l’ambassadeur israélien au Royaume-Uni, Mark Regev, et l’attaché aux Affaires civiles, Michael Freeman se sont rendus à l’université.

A la suite de cette visite, les responsables de l’établissement d’enseignement supérieur ont interdit le titre « inutilement provocateur » de la conférence et ils ont imposé un certain nombre de conditions préalables à la tenue de l’intervention.

L'ambassadeur d'Israël au Royaume-Uni, Mark Regev, sur la BBC, le 1er mai 2016. (Crédit : capture d'écran BBC)
L’ambassadeur d’Israël au Royaume-Uni, Mark Regev, sur la BBC, le 1er mai 2016. (Crédit : capture d’écran BBC)

La rencontre du 22 février entre les diplomates israéliens et le chef de la vie étudiante, Tim Westlake, avait donné lieu à un échange de courriels qui ont depuis été rendus publics par le bureau du commissaire à l’information qui avait demandé que « toute la correspondance entre l’université de Manchester et le lobby israélien » entre le 1er février et le 3 mars soit dévoilée.

Freeman avait ainsi écrit à Westlake suite à leur rencontre, le remerciant pour leur entretien et affirmant que le titre de l’allocution de Sherwood contrevenait à la définition de l’Alliance internationale de commémoration de l’Holocauste (IHRA) de l’antisémitisme, définition que le Royaume-Uni a adoptée l’année dernière.

Freeman avait indiqué que la conférence de Sherwood et les discours attendus de deux autres intervenants lors d’un autre événement « pourraient causer un malaise chez les étudiants juifs sur les campus et les faire se sentir ciblés et harcelés pour leur identité en tant que peuple et pour leur lien avec l’état juif d’Israël ».

« Je serais reconnaissant si vous pouviez vous pencher sur ces événements et prendre les mesures appropriées », avait dit Freeman à Westlake.

« Nous accueillons avec satisfaction les débats et les discussions et nous les considérons comme une part essentielle d’une démocratie saine et d’une société ouverte. Dans le cas de ces deux événements particuliers, nous avons le sentiment qu’il ne s’agit pas d’une critique légitime mais d’un franchissement de la ligne qui mène au discours de haine », avait poursuivi Freeman.

Vingt-quatre heures après ce courriel, selon l’article, une organisatrice de la semaine contre l’apartheid israélien, Houda Ammori, avait reçu un message électronique provenant d’un responsable de l’université disant que le titre choisi par Sherwood pour la conférence « n’est pas permis en raison de sa nature indûment provocatrice ».

L’allocution aura lieu avec un autre titre.

Ammori a expliqué au Guardian qu’ « au sein des institutions d’éducation, il ne devrait pas y avoir de lobbying de la part des gouvernements étrangers. On ne peut pas imaginer [les responsables universitaires] s’asseoir aux côtés de l’ambassade saoudienne pour un événement qui serait consacré à ce qu’il se passe au Yémen ».

Un porte-parole de l’ambassade israélienne a nié que la rencontre entre les responsables de l’ambassade et de l’université se soit apparentée à du lobbying et a déclaré, concernant l’allocution de Sherwood, que « comparer Israël au régime nazi peut être raisonnablement considéré comme antisémite au vu du contexte, conformément à la définition sur l’antisémitisme de travail adoptée par l’IHRA, qui a été acceptée par le gouvernement britannique, le parti du Labour, le syndicat étudiant NUS et la majorité des universités britanniques ».

Sherwood a indiqué au journal qu’elle rejetait l’idée que ce titre soit l’expression d’un discours de haine.

« Je parlais juste de mon expérience de ce que m’ont fait subir les nazis en tant qu’enfant juive », a-t-elle dit. « J’ai dû quitter le lieu où j’habitais parce que les Juifs ne pouvaient pas y vivre. Je n’ai pas pu aller à l’école. Je serais morte s’il n’y avait eu les chrétiens qui m’ont baptisée et qui nous ont donné des papiers pour nous sauver ».

« Je ne peux pas dire que je suis Palestinienne mais mon expérience en tant que petite fille n’est pas vraiment différente de ce que vivent aujourd’hui les enfants palestiniens », a-t-elle dit.

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