Poutine passe en ‘mode politique’ et retire le gros de son contingent de Syrie
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Poutine passe en ‘mode politique’ et retire le gros de son contingent de Syrie

Moscou continuera à soutenir Damas, selon le régime syrien ; des négociations indirectes entre régime et opposition ont débuté à Genève

Vladimir Poutine le 24 septembre 2015. (Crédit : AFP/ RIA NOVOSTI / ALEXEI NIKOLSKY)
Vladimir Poutine le 24 septembre 2015. (Crédit : AFP/ RIA NOVOSTI / ALEXEI NIKOLSKY)

Le régime syrien a affirmé lundi que la Russie continuerait à le soutenir dans sa lutte contre le « terrorisme », après l’annonce par Moscou du retrait de la majeure partie de son contingent militaire déployé en Syrie depuis le 30 septembre.

« Les parties syrienne et russe ont convenu lors d’un entretien téléphonique entre les présidents Bachar al-Assad et Vladimir Poutine de réduire le nombre des forces aériennes russes en Syrie avec la poursuite de la cessation des hostilités (…) », a indiqué la présidence syrienne dans un communiqué sur sa page Facebook.

« La partie russe a affirmé qu’elle continuerait à soutenir la Syrie dans sa lutte contre le terrorisme », a-t-elle ajouté, alors que le régime Assad qualifie de « terroristes » rebelles et jihadistes qu’il combat.

Selon la présidence syrienne, l’annonce du retrait russe intervient après « les succès enregistrés par l’armée syrienne avec la coopération de l’armée de l’air russe et le rétablissement de la sécurité dans plusieurs régions de Syrie (…) ».

Depuis le 30 septembre, les milliers de raids aériens russes ont permis à l’armée syrienne de reprendre l’avantage sur le terrain face aux rebelles.

La force de frappe russe a permis à l’armée syrienne d’engranger des victoires alors qu’elle se trouvait en mauvaise posture l’été dernier. Les Occidentaux ont toutefois accusé la Russie de privilégier, notamment pendant les premiers mois, les frappes sur les rebelles plutôt que sur l’organisation jihadiste Etat islamique.

Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou en 2013. (Crédit : WikiCommons/Kremlin.ru / CC BY 4.0)
Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou en 2013. (Crédit : WikiCommons/Kremlin.ru / CC BY 4.0)

Le Kremlin indique que la décision du président russe fait l’objet d’un accord avec son homologue syrien : « Les dirigeants ont souligné que l’intervention des forces aériennes russes avait permis de radicalement changer la situation dans la lutte contre le terrorisme, de désorganiser les infrastructures des combattants (ennemis) et de leur porter un coup important ».

Lundi, M. Poutine a créé la surprise en ordonnant le retrait à partir de mardi de la majeure partie du contingent militaire déployé en Syrie.

Le président russe Vladimir Poutine a annoncé lundi soir à la surprise générale le retrait de Syrie de la majeure partie de son contingent militaire au moment où s’ouvraient à Genève les négociations inter-syriennes sur l’avenir du pays.

Le chef de l’Etat russe, qui a toujours la main sur l’échiquier syrien depuis l’irruption des bombardiers et des avions d’attaque au sol russes dans le ciel syrien le 30 septembre, a annoncé son nouveau coup de poker après avoir appelé le président syrien Bachar al-Assad.

« La tâche qui avait été demandée à notre ministère de la Défense et aux forces armées a été globalement accomplie et j’ordonne donc au ministère de la Défense d’entamer à partir de demain (NDLR: mardi), le retrait de la majeure partie de nos contingents militaires de la République arabe syrienne », a dit à la télévision M. Poutine au ministre de la Défense Sergueï Choïgou.

« Néanmoins, pour permettre la surveillance de la trêve dans les combats, la partie russe conserve sur le territoire syrien un site de maintenance de vols », selon le communiqué du Kremlin.

La présidence russe ne précise pas quels types d’aéronefs assurent cette surveillance mais depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 27 février, les militaires russes ont eu recours à des drones déployés sur la base aérienne de Hmeïmim, dans la province de Lattaquié (nord-ouest de la Syrie). Elle ne dit pas non plus si des avions de combat resteront basés en Syrie.

L’annonce est intervenue le jour où ont débuté à Genève des négociations indirectes entre régime et opposition, à la faveur d’une trêve entre armée et rebelles globalement respectée sur le terrain depuis le 27 février.

Dans un nouveau communiqué, la présidence syrienne a nié des « informations de presse » selon lesquelles l’annonce de retrait russe résultait d’un « désaccord russo-syrien ».

« Cette question a été traitée en concertation totale avec la Syrie. Cette mesure était examinée minutieusement depuis un certain temps par les deux parties, après les derniers développements sur le terrain, dont la cessation des hostilités ».

Depuis septembre, plus de cinquante avions de combat russes ont visé des milliers de « cibles terroristes » en cinq mois de raids aériens intenses.

A New York, l’ambassadeur russe à l’ONU Vitali Tchourkine a souligné que la Russie était désormais passée en « mode politique, en mode de cessation des hostilités » et que la diplomatie russe avait reçu l’ordre « d’intensifier (ses) efforts pour aboutir à un règlement politique en Syrie ».

Vitali Tchourkine (Crédit : Capture d’écran YouTube)
Vitali Tchourkine (Crédit : Capture d’écran YouTube)

L’annonce du Kremlin a de toute évidence pris de court les Etats-Unis comme l’opposition syrienne.

« Il faudra voir exactement quelles sont les intentions de la Russie », a prudemment déclaré Josh Earnest, porte-parole de Barack Obama, soulignant qu’il était pour l’heure « difficile » de mesurer l’impact sur les négociations en cours et sur la « dynamique » de la guerre.

A Genève, l’opposition syrienne a accueilli avec prudence lundi l’annonce du retrait du gros des forces russes de Syrie, en déclarant attendre de le vérifier sur le terrain et redouter une « ruse » du Kremlin.

Le sort d’Assad

L’ordre de désengagement militaire du président russe est intervenue quelques heures après le début à Genève d’un nouveau cycle de négociations entre des représentants du régime syrien et de la très hétéroclite opposition syrienne.

Mais dès le premier jour, le sort réservé au président Bachar al-Assad faisait déjà débat et menaçait de faire capoter le processus de paix.

L’orchestrateur de ces discussions, Staffan de Mistura, envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, a déclaré que « la mère de toutes les questions » était de trouver un accord sur une transition politique.

« Nous sommes à un moment de vérité », a-t-il ajouté, au cours d’une conférence de presse en préambule de sa rencontre avec le négociateur en chef du régime de Damas, Bachar al-Jaafari.

A l’issue de ce premier entretien au Palais des Nations, M. De Mistura a expliqué qu’il avait « permis de clarifier un certain nombre de questions, notamment de procédure ».

« La prochaine rencontre (avec le régime), mercredi matin, sera centrée sur l’ordre du jour, qui est comme vous le savez celui fixé par la résolution 2254 », a-t-il ajouté.

Ce document, adopté en décembre par le Conseil de Sécurité de l’ONU, prévoit la formation d’un organe de transition en Syrie dans les six mois et des élections dans les 12 mois suivants.

Staffan de Mistura (à gauche) (Crédit : Heinrich-Böll-Stiftung/Wikimedia)
Staffan de Mistura (à gauche) (Crédit : Heinrich-Böll-Stiftung/Wikimedia)

« Nous voulons un dialogue entre Syriens, mais sans conditions préalables », a rétorqué M. Jaafari, ambassadeur de la Syrie à l’ONU, en réponse aux exigences de l’opposition qui réclame le départ du président Assad, vivant ou mort, avant toute solution politique.

L’opposition syrienne veut la mise en place dans les six mois qui viennent d’un « organe de transition » doté de tous les pouvoirs.

Mais pour Damas, il est hors de question de parler du sort du président Assad, et la transition ne doit être qu’un simple remaniement ministériel avec un « gouvernement d’union » élargi à des opposants.

La guerre en Syrie, qui a débuté en mars 2011 après la répression sanglante par le régime de manifestations prodémocratiques, s’est transformée en un conflit complexe impliquant une multitude d’acteurs locaux et internationaux. Elle a fait plus de 270.000 morts, poussé plus de la moitié des habitants à quitter leur foyer et ainsi provoqué une importante crise migratoire.

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